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Décidément, Pulp est un groupe remarquable. Enfin, à partir de 1994 (le groupe a sorti son premier opus au début des années 80) et de  His 'n' Hers, album que j'ai abordé récemment ici et qui compte parmi les meilleurs de la britpop. Le groupe de Jarvis Cocker (originaire, comme son homonyme Joe avec lequel il ne partage cependant aucun lien familial, de Sheffield dans le Yorkshire) a cependant frappé un gigantesque coup en 1995 avec Different Class, album majeur de la britpop et du rock en général, que j'ai bien failli réaborder ici, et rien ne dit que je ne le fasse pas prochainement, mais j'ai finalement préféré parler, plutôt, de leur album suivant. Different Class avait été un énorme succès et est un réservoir à hits (Common People, I Spy, Something Changed, Sorted For E's & Wizz qui fut verboten d'antenne radio en raison de son sujet glissant, les drogues). Forcément, on attendra avec impatience (et de plus en plus d'impatience au fil des années) le digne successeur de ce chef d'oeuvre de 1995. Ce successeur ne verra le jour qu'en 1998. Il est sorti sous une très tapageuse pochette représentant une jeune femme blonde nue (en tout cas, seins nus), avachie sur un matelas, regard fixe, comme morte ou en tout cas, littéralement amorphe. La photo (et toutes les photos du livret) a été retouchée pour donner l'impression d'un tableau, procédé qui avait déjà été utilisé, avec moins de succès (le rendu était assez manga-like, du plus mauvais effet), pour His 'n' Hers. L'album s'appelle This Is Hardcore. Les différentes photos montrent les membres du groupe posant, l'air de rien (comme si personne n'avait remarqué qu'ils étaient dans le champ) avec de belles jeunes femmes bien fringuées ou assez dévêtues, on voit aussi un étalon en peignoir d'hôtel, Jarvis avachi devant un verre d'alcool à un comptoir de bar...

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Le titre de l'album et certaines photos (photos qui, utilisées pour la campagne publicitaire britannique, furent accusées, et le groupe aussi, de sexisme) ne semblent laisser aucun doute : This Is Hardcore, sixième album studio de Pulp, serait un album conceptuel sur la pornographie. Ce que réfute Cocker, au passage, dans les interviews, et je pense qu'il a raison. Possédant comme les autres albums de Pulp (du moins, à partir de 1994) la fameuse mention please do not read the lyrics whilst listening to the recordings, cet album, très long (70 minutes pour 12 titres, le dernier dure 15 minutes mais, au bout de 6 minutes, laisse place à du silence, à peine remplacé par de petites interventions vocales de Cocker disant que l'album est fini, mais aucun morceau caché, du vrai gâchis selon moi), est une belle réussite, sans être le sommet de Pulp. Bien accueilli par la presse à l'époque, This Is Hardcore s'est bien vendu, moins que Different Class cependant. La raison est probablement l'absence de tube ici. Pas de morceau de la trempe de Common People, même si, pour être honnête, The Fear, le morceau-titre, Party Hard et A Little Soul soient absolument superbes. Jarvis Cocker (chant, guitare, claviers, selon les morceaux) chante comme à son habitude, de sa si distinctive voix de Britannique du Yorkshire ennuyé et revenu de tout, et les textes, assez verbeux (et disposés en gros blocs qui freinent le lecteur, c'est clair que la mention 'ne pas lire les paroles en écoutant le disque' est compréhensible, on passerait tellement de temps à essayer de suivre les paroles qu'on en oublierait de se concentrer sur la musique), sont remarquables. 

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Une chose aussi que j'ai remarqué avec Jarvis : son élocution est parfaite. On peut comprendre les paroles sans aucun souci rien qu'à l'écouter, et un non-anglophone ayant appris l'anglais au collège et lycée, mais ne le parlant pas quotidiennement (mais, cependant, qui comprend la langue) peut suivre les paroles à l'oreille, nul besoin du livret. Et quand on a affaire à des chansons aussi bien écrites, franchement, c'est un indéniable 'plus'. L'album n'est cependant pas parfait car trop long, certaines chansons comme Sylvia ou TV Movie sont un peu secondaires. Le groupe, qui a énormément bossé sur le disque avant de l'enregistrer, a sans doute, aussi, voulu viser un peu trop haut, faire mieux que Different Class. Un peu comme Oasis quand ils ont essayé (et si ce ne fut pas totalement réussi, si ça reste tout de même hautement écoutable) de dépasser (What's The Story) Morning Glory ? avec Be Here Now en 1997. Ou, et là ce fut selon moi totalement raté, quand Blur a essayé de dépasser Parklife avec The Great Escape. Pour se limiter à la britpop, évidemment. Le syndrôme de l'Everest impossible à dépasser mais que l'on essaie tout de même de dépasser. Le magnum opus sorti, que faire ensuite ? Continuer, ne pas essayer de faire mieux quand ça n'est humainement pas possible. Ce n'était pas possible, aussi bien pour Oasis, Blur et Pulp, tous ont essayé, tous se sont plus ou moins vautrés, Pulp a sans doute mieux réussi que les deux autres, car bien qu'inférieur à leur précédent opus, This Is Hardcore reste un disque, malgré sa longueur fatigante, des plus fréquentables. A noter qu'une édition collector de l'album, à l'époque, proposait un second disque, live à Glastonbury, et proposant 7 titres dont 6 issus de This Is Hardcore. Pour les collectionneurs pulpiens hardcore ! Quant à Pulp, ils sortiront encore un album, en 2001 (avec Richard Hawley, We Love Life), et puis absolutely curtains, comme diraient les Pink Floyd.

The Fear

Dishes

Party Hard

Help The Aged

This Is Hardcore

TV Movie

A Little Soul

I'm A Man

Seductive Barry

Sylvia

Glory Days

The Day After The Revolution