S7

Pour cette troisième (et, je pense, dernière pour le moment) chronique sur les Sparks, place à un disque absolument titanesque. Par ailleurs, c'est leur cinquième opus, et comme les deux précédents disques que j'ai abordés d'eux sont leurs troisième et quatrième, ça tombe plutôt bien, c'est dans la continuité. Sorti en 1975, se tapant la bagatelle de 13 titres (pour 41 minutes, soit nettement plus long que les deux précédents qui faisaient dans les 34 minutes), cet album s'appelle Indiscreet. Encore une fois, sa pochette est géniale : après les Geishas de Kimono My House et le duo (des frangins) Mael saucissonnés à l'arrière d'un hors-bors pour Propaganda, cette fois-ci, on a affaire à un beau bordel : un avion crashé dans une rue pavillonnaire assez classe, Russell à genoux devant la carlingue en miettes, et un Ron étonnamment peu distingué (beau chapeau, pantalon clean, mais en marcel), semblant regarder les débris avec mépris, l'air de dire j'espère que vous allez me nettoyer tout ce merdier dans l'heure. Au dos, le groupe posant dans un country-club, Russell sur un cheval, Ron qui tient les rènes dudit canasson, une belle piscine en arrière-plan. Et à l'intérieur de la pochette ouvrante, les paroles d'un côté, et le duo, sur un parking vide, sacs en papier de commissions en main, et en t-shirts. L'expression de Ron est impayable, et le contraste entre son apparence physique distinguée (petite moustache, cheveux bien coiffés en arrière) et sa tenue négligée est total. Le groupe a toujours adoré la dérision, ceci ne fait donc pas exception à la règle. 

S8

Sorti en octobre 1975, ce disque a été produit par Tony Visconti (T.Rex, Bowie), qui succède à Muff Winwood (frangin de Steve) qui avait produit les deux très cartonneurs précédents opus. Complètement bordélique, bien barré comme il faut, Indiscreet ne sera pas un aussi gros succès commercial et critique (d'ailleurs, c'est à partir de ce disque que le groupe va commencer à décliner dans les charts, et ils ne retrouveront quasiment plus leur popularité d'alors, sauf pour quelques chansons comme When I'm With You en 1980, qui fut un vrai hit mais n'est pas vraiment représentative de leur son). Parallèlement à l'album, le groupe sortira deux singles qui, eux aussi, marcheront moins fort que d'ordinaire : Get In The Swing et Looks, Looks, Looks, deux des meilleures chansons de l'album. Un album qui, bien que moins commercial que les précédents (ce qui en dit long, vu que Kimono My House et Propaganda, remplis de vocaux délirants, de chansons aux paroles ravagées et de mélodies loufoques, n'étaient pas spécialement super commerciaux !), s'ouvre sur une chanson aussi étonnante que totalement réussie, et qui aurait très bien pu cartonner dans les charts, elle : Hospitality On Parade. 4 minutes de pur bonheur qui font de cette chanson une des toutes meilleures du groupe.

S9

Le reste de l'album assure aussi (Get In The Swing, Without Using Hands, Pineapple, How Are You Getting Home qui sera utilisée dans le film Holy Motors de Léos Carax, ou bien encore Miss The Start, Miss The End qui fait achever l'album sur la sempiternelle touche délirante sparksienne habituelle), aucune chanson n'est ratée ou en trop (il y en à pourtant 13, ce qui fait pas mal, surtout que 7 d'entre elles n'atteignent pas 3 minutes), faisant de cet Indiscreet un des plus cohérents du groupe, et probablement leur dernier grand disque pendant plusieurs années (les albums suivants, Big Beat de 1976 excepté, seront en effet des plus décevants, jusqu'à un retour en forme à partir des années 90/2000 via des albums tels que Lil' Beethoven). Mais les critiques ne seront pas vraiment de cet avis à l'époque, il faut dire que l'album est encore plus dingue que les précédents, ce qui, déjà, est assez incroyable (parce que Propaganda, bonjour le bordel !). Mais au bout d'une petite poignée d'écoutes, l'évidence se fait : Indiscreet, dernier maillon d'une trilogie britannique qui est aussi celle de la reconnaissance médiatique, est assurément un des sommets du groupe, peut-être même leur meilleur album, dans le fond. Mon préféré, en tout cas !

FACE A

Hospitality On Parade

Happy Hunting Ground

Without Using Hands

Get In The Swing

Under The Table With Her

How Are You Getting Home

FACE B

Pineapple

Tits

It Ain't 1918

The Lady Is Lingering

In The Future

Looks Looks Looks

Miss The Start, Miss The End