S4

Revoilà les Etincelles. Ca va chauffer. Après un premier album éponyme sous le nom de Halfnelson en 1971 et un deuxième album (le groupe s'est entre temps rebaptisé) au titre improbable de A Woofer In Tweeter's Clothing en 1972, le groupe, constitué essentiellement des frangins Ron (claviers, allure stricte) et Russell Mael (chant, voix de Castafiore), sort Kimono My House en 1974. Enregistré entre 1973 et 1974, ce disque, produit par Muff Winwood (frangin de Stevie) et dont la pochette représente deux geishas (celle de droite est Michi Hirota, qui chantera la partie nipponne de la chanson It's No Game (Part 1) de Bowie en 1980, pour l'anecdote qui vous fera vous coucher encore un peu moins cons ce soir), est l'écrin d'un des plus gros hits du groupe, This Town Ain't Big Enough For Both Of Us, un bordel sonore génial rempli d'effets sonores, de breaks, de cris, de soli de divers instruments (claviers, guitare), le tout, sur 3 minutes qui, à la première écoute, peuvent sembler épuisantes. L'album cartonne, et est un régal de glam-rock décomplexé et arty, totalement décadent et délirant. L'allure des Sparks aide beaucoup, avec ce claviériste au look rigide, à l'apparence de banquier, à la petite moustache chaplinienne/hitlérienne, au jeu de scène minimaliste et comique. Et avec ce chanteur déguingandé au look improbable et à la voix de castrat. Kimono My House est aussi le premier volet d'une trilogie d'albums britanniques (parce qu'ils sont produits par des Anglais...enfin, non, même pas pour ça, car le troisième de la trilogie, que j'aborderai bientôt, Indiscreet, est produit par Tony Visconti, un Américain).

S5

En fait, on dit de ces trois albums qu'ils sont la trilogie britannique des Sparks parce qu'ils ont été enregistrés en Angleterre. Ouais, je sais, c'est con. Je ne sais pas (ou plus) où a été enregistré Kimono My House et Indiscreet (Londres, mais quel studio ? Abbey Road ? Olympic ? AIR ?), mais pour le deuxième volet de la trilogie (et quatrième opus des Sparks), Propaganda, sorti en fin d'année 1974, il a été enregistré à Londres (AIR Studio). Cet album reprend la formule gagnante du précédent opus, en la renforçant même avec du scotch d'électricien pour que ça fasse plus solide. Court (33 minutes, pour 11 titres), Propaganda est sorti sous une pochette géniale représentant les frangins Mael (des Américains), à l'arrière d'un hors-bord, baillonnés, attachés l'un à l'autre, se faisant kidnapper. Au verso, on les retrouve, tout autant baillonnés et attachés, mais dans une belle voiture garée devant un garage, et avec les trois autres membres du groupe (Dinky Diamond à la batterie, Adrian Fisher à la guitare, Ian Hampton à la basse) devant le magasin (un autre guitariste, Trevor White, est sur le disque). Ambiance générale : un James Bond d'opérette, bien délirant, et correspondant bien au sens de l'humour du groupe. Apparemment, le jour où la photo du recto a été prise (sur la Tamise), il faisait froid, ce n'était pas agréable du tout. Mais bon, c'était pour la plus grande gloire de l'art ! 

S6

Propaganda est un petit régal qu'il faut écouter plusieurs fois (comme les autres albums du groupe), son côté très bordélique et délirant peut au premier abord sembler fatigant. Après une intro d'une vingtaine de secondes donnant son titre à l'album (un a capella incroyable), At Home At Work At Play, qui sortira en single (et Propaganda y sera propose juste avant sur la même face du single), ouvre idéalement les hostilités. La suite ne fait que confirmer : souvent courtes (le morceau le plus long, Bon Voyage, chanté en anglais malgré le titre, dure un peu moins de 5 minutes, mais le deuxième titre le plus long n'atteint pas 4 minutes), les chansons de l'album, telles Never Turn Your Back On Mother Earth, B.C., Reinforcements, Achoo (hilarante chanson où le refrain donne l'impression que Russell Mael éternue) et Don't Leave Me Alone With Her (ces titres...) sont absolument géniales, du glam-rock décomplexé et comique aux paroles totalement dingues et aux arrangements (c'est encore Muff Winwood qui produit, l'album sonne comme Kimono My House) farfelus. Il y avait peu de groupes tels que les Sparks à l'époque, et Propaganda est assurément un des disques de 1974 (avec Kimono My House), un vrai petit chef d'oeuvre dont on ne se lasse pas, car malgré son âge, l'album ne vieillit pas, ou alors, il se bonifie. Juste excellent ! Et le troisième volet de la trilogie (que j'aborde bientôt) va entériner ce fait indéniable : les Sparks sont un des meilleurs groupes de leur époque. Voilà, c'est dit !

FACE A

Propaganda

At Home At Work At Play

Reinforcements

B.C.

Thanks But No Thanks

Don't Leave Me Alone With Her

FACE B

Never Turn Your Back On Mother Earth

Something For The Girl With Everything

Achoo

Who Don't Like Kids

Bon Voyage