JL1

A cause d'un sale connard dont je me refuse à citer le nom et au sujet duquel j'espère qu'il crêvera du Sida en prison (et qu'il y crêvera tout court, d'ailleurs), la mission de John Lennon sur Terre s'est brutalement interrompue le 8 décembre 1980, date fatidique, au pied de l'immeuble du Dakota, vers Central Park, là où il vivait, avec femme et enfants, depuis plusieurs années. Il avait 40 ans depuis quelques semaines, son dernier opus, Double Fantasy, fait en duo avec Yoko, venait de sortir trois semaines auparavant et commençait sérieusement à se vendre (suite à sa mort, les ventes allaient, bien entendu, exploser ; parmi les personnes ayant acheté Double Fantasy à l'époque, combien l'ont acheté après la mort de Lennon ?). Deux ans plus tard, le premier best-of posthume de Lennon sort (The John Lennon Collection, seul best-of qui, à l'heure actuelle, propose, sur la version CD du moins, la chanson de 1974 Move Over Ms. L.). Encore deux ans plus tard, en 1984, Milk And Honey, prévu à la base pour être la suite de Double Fantasy et constitué de morceaux de John et de Yoko enregistrés durant les mêmes sessions, sort, agrémenté d'une chanson de Yoko en hommage à John, You're The One, qui est très touchante (à noter qu'en 1981, Yoko sortira un album remarquable et rempli de deuil, enregistré dans les 6 mois de la tragédie, Season Of Glass, sur la pochette duquel les lunettes ensanglantées de John sont tragiquement photographiées).

JL2

Encore deux ans plus tard, en 1986, Yoko, qui gère donc bien évidemment le répertoire de John et la partie lennonienne du répertoire des Beatles, sortira deux albums de Lennon : le Live In New York City (capté en 1972 au Madison Square Garden, assemblage de deux shows plutôt moyens, Lennon n'ayant jamais fait beaucoup de concerts et ne se plaisant pas des masses sur scène ; ce live a une qualité indéniable, outre de faire entendre des versions live de ses chansons de l'époque : celle de ne pas proposer la moindre intervention vocale de Yoko, pas de chanson de Yoko sur le live, elle n'a mis que des titres joués par son mari), et cet album-ci. Cet album-ci, c'est à dire Menlove Ave., compilation assez courte (42 minutes, soit aussi long que le live, entre parenthèses) regroupant des morceaux de la période 1973/1974. Sous une pochette montrant une relecture warholienne d'une fameuse photo (prise à la base par Iain MacMillan) de Lennon de l'époque Imagine/Some Time In New York City. Et un titre en allusion à l'enfance de John, qui a vécu à Menlove Avenue, une artère de Liverpool. S'étant fait quelque peu allumer à sa sortie, et n'ayant pas été vraiment réhabilité par la suite, cet album posthume est, il faut le dire, assez frustrant et inégal. Il est vraiment construit pour le format vinyle (j'ai d'ailleurs, en avril dernier, enfin réussi à me le procurer sous ce format, il n'est pas très évident à trouver en vinyle d'époque), les deux faces étant très différentes. 

JL3

Avec Phil Spector

La face A propose 5 titres (la B aussi, d'ailleurs, offre 5 titres) issus des sessions de Rock'n'Roll, les premières sessions, celle qui étaient menées par le dingue Phil Spector. On le sait, Lennon devait faire ce disque de reprises de vieux rock'n'rolls suite à un embrouillamini juridico-judiciaire  avec Morris Levy, ayant-droit des copyrights des chansons de Chuck Berry (et d'autres artistes) suite à Come Together (1969), qui plagiait éhontément You Can't Catch Me de Berry. Afin d'éviter de payer des amendes conséquentes, Lennon acceptera de faire un disque de reprises de chansons détenues par Levy pour se faire pardonner et, en plein lost weekend à Los Angeles, et plus occupé que de raison à picoler et se défoncer avec ses potes de beuverie (Harry Nilsson, Ringo, Jesse Ed Davis...), Lennon traînera les pieds, et les premières sessions, assurées par un Spector lui aussi dans un état proche de l'Ohio (on parle de flingue sorti, de coups de feu tirés en l'air pour s'assurer une pleine et entière attention...), tourneront court. Sur le disque final qui sortira en 1975, trois chansons, je crois, sont issues des sessions Spector. Le reste date de 1974, quand Lennon reprendra le cours de l'enregistrement et produira lui-même le bouzin. Entre temps, il aura enregistré (sous sa propre houlette de producteur, et avec essentiellement les mêmes musiciens) le génial Walls & Bridges (1974), dont des versions démo acoustique de 5 titres sont sur la face B de ce Menlove Ave. : Scared, Bless You, Old Dirt Road notamment. Des versions de travail, râclées jusqu'à l'os, intéressantes, mais pas immenses. Quant à la face A, ce sont des chutes de studio des sessions Spector 1973, parmi lesquelles un Rock And Roll People que Lennon offrira en 1974 à Johnny Winter, un Here We Go Again co-écrit par Spector et qui est une pure merveille surproduite, et des reprises intéressantes, mais pas géniales, de vieux standards (To Know Her Is To Love Her, Angel Baby). Bref, si on met de côté les deux premiers titres de la face A, pas grand chose à se carrer sous la dent ici, mais un fan devra tôt ou tard passer par cette Menlove Avenue. 

FACE A

Here We Go Again

Rock And Roll People

Angel Baby

Since My Baby Left Me

To Know Her Is To Love Her

FACE B

Steel And Glass

Scared

Old Dirt Road

Nobody Loves You (When You're Down And Out)

Bless You