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Je ne suis pas un fanatique de musique électronique, hormis certains albums de Vangelis, Klaus Schulze, Tangerine Dream, Kraftwerk. Et pour ce qui est de la techno, c'est niet. Les Daft Punk ? Une des fiertés de la musique francaouise, oui, je sais, mais je n'ai jamais accroché, mais alors jamais de chez jamais. On m'avait beaucoup parlé de Discovery, je l'ai écouté, mais je n'ai pas accroché. A la rigueur, le côté hermétique du duo, ces deux zigotos (Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter) cachés derrière de très stylisés casques intégraux et dont personne ne connaissait les visages jusqu'à peu de temps (histoire d'éviter au possible que des arnaqueurs organisent de faux concerts en se faisant passer pour eux, comme c'est, je crois, arrivé autrefois, ils se sont montrés à visage découverts), ce côté hermétique me plaît assez. C'est un gadget, c'est accessoire, ça ne les fait pas faire de la bonne ou de la mauvaise musique, mais c'est intriguant, ça fait le buzz comme on dit, c'est indissociable de leur musique, et c'est selon eux (et je veux bien le croire) une allusion au film Phantom Of The Paradise de Brian De Palma. Et quiconque rendant hommage à ce film ne peut pas être mauvais, selon moi. L'allusion est encore plus forte avec cet album sorti en 2013, leur derner à ce jour, Random Access Memories. Car le duo a fait venir Paul Williams, le Swan du film de De Palma, un chanteur/auteur-compositeur/arrangeur de génie à la voix frêle et inoubliable, pour un morceau, Touch. Le titre de l'album, en plus d'être une allusion à l'informatique (mais si, vous savez bien : CD-ROM, RAM, etc), est aussi, via ses initiales, une allusion probable au Ram de McCartney. Ou pas. Qui sait.

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En tout cas, si je n'aime pas Daft Punk, j'adore ce disque, voilà, c'est dit. Je l'ai acheté en CD peu après sa sortie, intrigué par tout le shebang autour (Get Lucky vampirisait les charts et les ondes radio du mon dentier), et je l'ai racheté en vinyle peu après. C'est le premier album du groupe que j'ai acheté, le seul aussi, les autres, je les ai empruntés, pas con le mecton. Mais je n'ai jamais regretté la double acquisition de Random Access Memories, un album qui, malgré son éreintante durée (13 titres pour 74 minutes ; 74, soit l'année de sortie du film de De Palma, coïncidence), est probablement un des plus parfaits de ces 10 dernières années. Ce n'est pas un disque de techno, ou d'électro. J'ai envie de dire que cet album, c'est un disque de pop, tout simplement. Et avec un aréopage de guests absolument ahurissant : Niles Rodgers (guitare et fondateur de Chic) ; Julian Casablancas (chanteur des Strokes) ; Pharrell Williams ; Paul Williams (aucun lien, évidemment) ; Giorgio Moroder qui fait un caméo vocal, uniquement vocal, sur le plus long - 9 minutes - et un des meilleurs morceaux de l'album, Giorgio By Moroder, sur lequel il parle de sa vie et de son expérience sur fond musical électro/lyrique des plus bandants ; le batteur Omar Hakim ; DJ Falcon : Chilly Gonzales ; le bassiste Nathan East...et les deux Daft Punk, évidemment, qui chantent parfois. Et qui ne chantent pas mal, même si leurs vocaux sont bien souvent retapés aux bidouillages électro (qui a dit Autotune ? Oui, peut-être, c'est pas faux). C'est Pharrell Williams (qui aura son gros tube solo peu après, Happy) qui a les deux plus gros tubes de l'album : Lose Yourself To Dance (répétitif et longuet, ce n'est pas le meilleur de l'album) et le plus efficace Get Lucky. Julian Casablancas chante sur Instant Crush, qui marchera aussi assez fort, et sur lequel sa voix a été repissée aux bidouillages.

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Touch, interprétée par Paul Williams, est touchante et onirique (ce final), malgré un passage central assez cheap avec les trompouet-pouettes. Giorgio By Moroder est une splendeur absolue (cette seconde partie, après le second monologue de Moroder...). Et on a ces beautés musicales totales, The Game Of Love, Within, deux douceurs qui ont failli me faire reviser mon opinion sur le groupe. Contact est un instrumental efficace en final, qui rappelle les précédents albums. Fragments Of Time, Give Life Back To Music, sont de très bons exemples d'électropop qui font remuer son cul sur le dancefloor. Après, il est vrai que la dernière face est moins percutante, tout de même (Doin' It Right, Motherboard), l'album est tout de même une claque musicale du début à la fin, car ces deux petits accrocs ne perturbent en rien la haute teneur de Random Access Memories. Ce disque est un des meilleurs de 2013 (une grande année : Bowie, Black Sabbath, Jacco Gardner, Nick Cave), un des meilleurs de ces 10 dernières années aussi, et son succès commercial et artistique est amplement mérité. Après, je ne sais pas si j'achèterai le prochain futur album des Daft Punk, quand il sortira (ça fait 5 ans, quand même, les gars), mais s'il est du même genre et acabit que celui-ci, pourquoi pas. En attendant, je me réécoute régulièrement ce disque que j'aborde ici très tardivement (ça fait 5 ans, quand même, les gars), mais vieux motard que jamais, comme le disent les conducteurs de deux-roues. Je n'aurais jamais imaginé dire, un jour, sur le blog, du bien, du dithyrambique même, sur Daft Punk, mais le fait est là : cet album tue !

FACE A

Give Life Back To Music

The Game Of Love

Giorgio By Moroder

FACE B

Within

Instant Crush

Lose Yourself To Dance

FACE C

Touch

Get Lucky

Beyond

FACE D

Motherboard

Fragments Of Time

Doin' It Right

Contact