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La new-wave pue de la gueule ? Vous le croyez franchement ? Vous en êtes persuadés ? Alors écoutez Tears For Fears. Ce groupe, un duo constitué du guitariste/chanteur/claviériste Roland Orzabal (à moitié d'origine franco-basque, Raoul de son prénom de naissance, renommé Roland deux semaines plus tard pour que ça soit plus anglais) et du chanteur et bassiste Curt Smith, respectivement de gauche à droite sur la photo de pochette plus haut, est un des meilleurs, mais alors meilleurs, groupes de ce courant musical, avec Simple Minds, Talk Talk et Ultravox. Mais là, on est plus dans la new-wave adulte (plus de la pop/rock que de la new-wave synthétique), comme Talk Talk, que dans la synth-pop à la Ultravox ou (Dieu nous pardonne d'avoir un jour laissé ce groupe exister et, oh mon Dieu, remplir des salles et vendre des disques par millions) Duran Duran. Tears For Fears a démarré sa carrière avec The Hurting en 1983, un disque vraiment attachant et aux apparences très matures : la pochette représente un petit enfant tête dans les mains, assis, recroquevillé, en train de pleurer de détresse, le titre de l'album signifie 'la douleur', les titres de certaines chansons sont assez dans le même ton (Suffer The Children, Start Of The Breakdown...). Le nom du groupe vient du psychanalyste Arthur Janov et sa théorie du cri primal expérimentée par le couple LennOno en 1970. Le ton des chansons est globalement sombre, introspectif et sérieux, ce n'est vraiment pas la même came que Duran Duran et son reflex, fle-fle-fle-fle-flex.

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Sorti en 1985 sous une pochette photographique en noir & blanc à des années-lumière des canons graphiques de l'époque, le deuxième opus de Tears For Fears s'appelle Songs From The Big Chair, titre qui serait en allusion à une série TV de l'époque, Sybil, selon le livret de la réédition CD récente. Le dos de pochette est noir, sobre si ce n'est le logo do groupe en bas. 8 titres seulement, pour une durée de 40 minutes, l'album est court mais on ne s'en plaindra pas : tout, en effet, est d'un niveau exceptionnel, faisant de ce deuxième opus un des meilleurs de son époque, de son genre, et du groupe (mais pour ce qui est du groupe, je pense que l'album suivant, The Seeds Of Love, que j'ai abordé récemment, est le sommet). Bien entendu, ce disque a son lot de hits. Pour Tears For Fears, cet album est un peu ce que Born In The U.S.A. est pour Springsteen, Brothers In Arms pour Dire Straits ou ...But Seriously (les points de suspension font partie intégrante du titre) pour Phil Collins : un robinet à hits. Trois chansons sont très connues et cartonneront (surtout deux d'entre elles, en fait ; la dernière citée marchera bien, mais à un degré moindre par rapport aux deux autres) dans les charts : Shout (6,30 minutes inspirées par Janov) qui ouvre l'album en beauté et possède un remarquable et remarquablement peu cité solo de guitare ; Everybody Wants To Rule The World (là aussi, de belles parties de guitare), qui est le versant ensoleillé d'un album généralement assez sombre ; et Head Over Heels, moins mythique mais tout de même un hit, couplée, sur l'album, avec une reprise captée live de Broken, morceau qui, sinon, se trouve juste avant sur l'album et est excellent). On notera d'ailleurs que les trois premières chansons de la face A s'enchaînent sans pause entre elles. 

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Le reste de l'album est d'un incroyable niveau : The Working Hour (aussi longue que Shout) mérite plusieurs écoutes attentives, elle n'est pas immédiate, mais c'est peut-être une des meilleures du projet. Listen, plus longue d'une minute, achève idéalement l'album sur une note de revenez-y. Mothers Talk (qui sortira en single) est très dansante et pop et achève la face A. Elle donne envie de retourner le disque, mission accomplie. Broken est excellente, et I Believe, très étonnante (surtout qu'elle est placée en ouverture de la face B), est dédiée à Robert Wyatt si jamais il écoute la chanson (dixit les notes de pochette), musicien anglais, ancien membre (batterie, chant, claviers) de Soft Machine et Matching Mole, en partie connu pour son dramatique handicap (paraplégique, en fauteuil, depuis 1973, suite à un accident à la con). Là aussi la chanson sortira en single (peu de succès) et sa face B était une reprise de Sea Song, chanson de Wyatt issue de son album Rock Bottom de 1974, que toute personne normalement constituée se doit d'écouter à tout prix (l'album). Songs From The Big Chair, avec sa pochette sobre et ses chansons classe, avec son ambiance adulte et sévère et ses hits, est un des meilleurs albums d'une année globalement moyenne (1985), et un disque à écouter absolument.

FACE A

Shout

The Working Hour

Everybody Wants To Rule The World

Mothers Talk

FACE B

I Believe

Broken

Head Over Heels/Broken (live)

Listen