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Je l'ai dit ici récemment (en réabordant les albums d'AC/DC), mais j'avais déjà eu l'occasion, avant ça, de le dire, l'Australie est une terre de rock. Ce qui, en anglais, est un sympathique jeu de mots, car l'Australie est un pays assez rocailleux (le Mont Kosciusko, Ayers Rock, Hanging Rock, etc). Outre AC/DC, on trouve aussi, parmi les meilleurs (mais pas que : voir le septième groupe que je cite, un groupe de grunge pas spécialement génial) et les plus connus groupes de rock (et hard-rock, punk, etc) originaires de ce pays : The Saints, Rose Tattoo, Men At Work, INXS, Bee Gees, Airbourne, Silverchair, Crowded House, Jet, The Vines, Nick Cave, The Birthday Party dont ce dernier fit partie avant de se lancer en solo, The Easybeats, The John Butler Trio, mais aussi les chanteuses pop Kylie Minogue et Tina Arena. Et puis, il y à Midnight Oil, évidemment, lequel est probablement mon groupe de rock australien préféré, oui, devant AC/DC. Un groupe culte formé en 1972, dont le premier album, éponyme, est sorti en 1978, et dont le leader est le charismatique et imposant (presque deux mètres, chauve, regard pénétrant, attitude scénique complètement débridée) Peter Garrett, un pro-écologie et droits de l'Homme qui, en 2007, deviendra ministre de l'environnement (et en 2010, de l'éducation) dans son pays. Il n'est plus dans la politique depuis 2013. Midnight Oil, qui s'était séparé en 2002 suite à l'annonce de Garrett de faire de la politique, s'est reformé pour des concerts en 2016. Le début de carrière du groupe est très intéressant, même si le premier album est loin d'être une totale réussite. Head Injuries en 1979, l'EP Bird Noises de 1980 assurent totalement, Place Without A Postcard en 1981 déçoit quelque peu, mais aussi bien 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 de 1982, Red Sails In The Sunset de 1984, l'EP Species Deceases de 1985 et Diesel And Dust de 1987 sont d'incontestables réussites de rock engagé. Le dernier album cité, surtout, que le groupe a conçu comme un concept-album dédié aux Aborigènes et dans lequel ils critiquent la façon dont ils sont traités dans leur propre pays, dont ils furent les premiers habitants. L'album fut un vrai triomphe commercial et critique (Beds Are Burning, The Dead Heart). 

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Midnight Oil est un groupe très engagé : si Diesel And Dust parlait du sort des Aborigènes, beaucoup de chansons des précédents albums dénonçaient d'autres choses, proposaient d'autres combats : la domination américaine sur la culture et le commerce dans U.S. Forces ; le nucléaire via Maralinga ; le sort des Aborigènes partis combattre pendant la première guerre mondiale sur Jimmy Sharman's Boxers ; l'armée sur When The General Talks ; la guerre, le risque d'un affrontement nucléaire sur Scream In Blue et Minutes To Midnight, Tin Legs And Tin Mines aussi ; les erreurs du passé sur Short Memory ; et l'inéluctable marche du progrès, pas vraiment synonyme d'égalité, de justice et de douceur dans Progress. Beaucoup de ces chansons (sur celles que je cite, 5 précisément) sont issues de l'album de 1982, qui est probablement le meilleur du groupe. Et un des plus engagés. Mais trouver un album de Midnight Oil moins engagé que les autres, c'est difficile. Après avoir parlé des Aborigènes sur Diesel And Dust (album pour lequel ils ont passé un an dans le bush, à vivre avec les Aborigènes), les Oils sortent, en 1990, Blue Sky Mining, album qui marchera très fort lui aussi. Sans aucun doute un petit peu moins que son grand frangin de 1987, mais ce disque sera tout de même un énorme succès. Et encore une fois, un disque engagé. Cette fois-ci, c'est l'écologie le grand combat (ça a toujours été le grand combat de Peter Garrett, on ne le surnommera pas, affectueusement, le géant vert pour rien), mais aussi, via la quasi-chanson-titre Blue Sky Mine, les conditions très difficiles de ceux qui bossent dans les mines d'amiante bleu en Australie : risque très fort de maladies mortelles, salaire de misère... Le tout avec un harmonica jubilatoire et des hey hey hey hey ! enjoués. But if I work all day on the blue sky mine, there'll be food on the table tonight...

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Long de 47 minutes dans sa version originale de 10 titres (une version sortie en Australie rajoute un onzième titre, You May Not Be Released, qui fait passer le tout à 50 minutes), l'album est nettement plus calme, musicalement, que les précédents opus, c'est toujours du rock, mais quasiment pop-rock formaté FM. Ce qui ne veut pas dire que ce n'est pas bon, loin de là. Blue Sky Mining n'est peut-être pas le sommet du groupe, et je ne sais pas si je le mettrais dans un Top 5 personnel, mais il serait, dans le pire des cas, classé 6ème. Je pense qu'en fait il serait dans un Top 5, en dernière position, mais il y serait, tout bien considéré. L'album est magnifique, on l'écoute sans problème 28 ans après sa sortie (que le temps passe !) grâce à sa production éclatante (signée du groupe et de Warne Livesey, le disque a été enregistré à Sydney courant 1989) et à une série de chansons aussi engagées que belles : Antarctica, Country One (une chanson très R.E.M. dans le ton, le R.E.M. de l'époque Out Of Time/Automatic For The People, bref, deux-trois ans plus tard), Forgotten Years qui sera un beau succès commercial, River Runs Red, Bedlam Bridge... Les thèmes ? La déforestation, les pluies acides qui ravagent l'environnement et le paysage, les marées noires, l'impact vraiment nocif de l'Homme sur la Nature... Des thèmes encore et toujours d'actualité, plus que jamais en ces temps de réchauffement climatique et de catastrophes naturelles de plus en plus violentes et fréquentes, de dérèglements climatiques aussi, quand on pourrait presque manger sa bûche pâtissière dehors pour Noël en Île-de-France mais qu'un mois de mai en PACA est synonyme de pluie et du retour des chandails. On comprend donc pourquoi Midnight Oil s'est reformé : le message n'est toujours pas passé. Avec ce disque touchant, musicalement varié et sublime (Stars Of Warburton, Mountains Of Burma...une seule chanson un peu moyenne : Shakers And Movers), les Oils ont encore une fois frappé un grand coup. Quasiment pour la dernière fois, car si les albums suivants sont globalement très bons (Earth And Sun And Moon en 1993, Breathe en 1996), aucun ne connaîtra le succès commercial de ce Blue Sky Mining qui, pour beaucoup, marque la fin de l'Âge d'Or du groupe de Garrett. Aux ARIA Awards (les Grammy Awards australiens) de 1991, l'album remportera plusieurs prix, dont l'album de l'année, et même la pochette sera récompensée ! L'Âge d'Or, on vous dit...

FACE A

Blue Sky Mine

Stars Of Warburton

Bedlam Bridge

Forgotten Years

Mountains Of Burma

FACE B

King Of The Mountain

River Runs Red

Shakers And Movers

One Country

Antarctica