T4

Vous l'avez donc compris, c'est un cycle Téléphone. Nouvelles chroniques pour les albums déjà abordés (je ne réaborderai pas le live des Insus ?, fait récemment, il y à quelques mois), et première chronique pour deux des albums qui, curieux mais vrai, n'avaient toujours pas été abordés ici. Donc celui-ci, un de mes préférés du groupe en plus, la vraie honte en ce qui me concerne ! Cet album, de plus, date de mon année de naissance, soit 1982. Il a été enregistré au Canada (Toronto), sous la houlette d'un des plus grands producteurs de rock, j'ai nommé Bob Ezrin (de nationalité canadienne, d'ailleurs), le mec qui a produit Berlin de Lou Reed, le premier Peter Gabriel, The Wall de Pink Floyd (et leurs albums à partir de 1987, d'ailleurs), mais aussi les Alice Cooper de la grande époque (Killer, School's Out, Billion Dollar Babies, Welcome To My Nightmare...), l'unique album éponyme de Detroit, le groupe de Mitch Ryder... Bref, du lourd, du butane. Dure Limite, sorti donc en 1982, est le quatrième et avant-dernier (mais ça, personne ne pouvait s'en douter à l'époque) album de Téléphone. L'album est sorti sous une pochette blanche avec, pour le vinyle, un découpage au centre : la photo du groupe, de teinte rouge, est en effet la sous-pochette (de l'autre côté de la sous-pochette, les paroles). En bas à droite, un coin est en jaune, comme soulevé. Au verso de pochette, le dessin d'un mur de briques avec le ciel bleu de la forme d'un homme en découpage par-dessus, et le nom du groupe, à l'envers. Cet album offre 10 titres, pour la bagatelle de 43 minutes, soit la même durée que le précédent opus, Au Coeur De La Nuit, et la durée la plus étendue pour un album studio du groupe. 

T6

Cet album est une authentique tuerie de rock francaouis, serti par une production impeccable, mais moins ezrinienne que les productions habituelles d'Ezrin (sa spécialité ? les arrangements luxurieux, chargés, lyriques ; il n'y en à pas ici). Album à partir duquel Jean-Louis Aubert commence sérieusement à prendre l'ascendant sur le reste du groupe, Dure Limite offre pas moins de quatre gros classiques du groupe. Mais alors, quand je dis que ce sont des classiques, pardon, mais ç'en est vraiment : Juste Un Autre Genre, qui parle probablement des agents artistiques, des magnats de l'industrie du disque, des gros pontes, qui ne pensent qu'au pognon ; Dure Limite, qui parle en partie du Mur de Berlin, du moins qui le cite, mais pas que ; Cendrillon, chantée par Louis Bertignac ; Ca (C'Est Vraiment Toi) ; on ne présente tout simplement plus ces deux dernières chansons. D'autres titres sont moins tubesques, mais pas moins réussis, Dure Limite étant un des albums les plus parfaits du groupe : Ex-Robin Des Bois parle d'un homme, ancien délégué CGT, ancien révolutionnaire, qui s'est rangé et travaille désormais pour le gouvernement, a retourné sa veste et trahi les siens ; Le Temps, chanson méconnue, est une pure merveille ; Le Chat, curiosité de l'album et même du répertoire du groupe, est une chanson swinguante inspirée par le Fever de Peggy Lee, interprétée par Corinne Marienneau, et elle chante plutôt bien cette chanson qui parle d'un...chat. Bah oui, en même temps, avec ce titre... Bassiste au sein du groupe, son instrument est la force motrice de cette chanson.

T5

Jour Contre Jour, avec son refrain hymnique, est une belle chanson méconnue, Ce Soir Est Ce Soir (à moitié écrite par Ivan Kral, crédité Yvan avec un Y, musicien tchécoslovaque ayant fui son pays en proie au communisme, et membre du Patti Smith Group et, à l'époque, du groupe d'Iggy Pop) est le final dantesque, sublime, de l'album, 6 minutes sublimes qui entérinent définitivement le fait que les albums du groupe se sont toujours, sans exception, terminés sur une chanson immense. Au final, des 10 chansons de l'album, il n'y à que Serrez, qui ouvre la face B, que je trouve inférieure au reste, c'est cependant une très bonne chanson bien frénétique, Aubert la chante comme un hystéro par moments, les paroles sont parfois un peu tartignolles (Tout ce que vous voulez, serrez...spirer !), mais ce n'est pas mauvais quand même. Avec le premier opus éponyme, Dure Limite est l'album parfait de Téléphone. Machine à tubes (impossible de parler du groupe sans citer Cendrillon ou Ca (C'Est Vraiment Toi), voire les deux ; ces deux chansons, très différentes, sont en effet de pures réussites dont on ne se lasse pas), réservoir à classiques, écrin de très bonnes et méconnues chansons, cet album de 1982 est une incontestable réussite. L'album suivant, et dernier, deux ans plus tard, sera lui aussi excellent, mais quand même légèrement moins que cet album qui apparaît au final comme le dernier grand disque du groupe, qui semble atteindre ici une sorte de plénitude, aussi bien musicalement que socialement (ils vont commencer à ne plus trop s'entendre vers cette période). 

FACE A

Dure Limite

Ca (C'Est Vraiment Toi)

Jour Contre Jour

Ex-Robin Des Bois

Le Chat

FACE B

Serrez

Le Temps

Cendrillon

Juste Un Autre Genre

Ce Soir Est Ce Soir