RC1

Il y à un bon mois, voire même un peu plus que ça, j'ai abordé ici un album étonnant, difficile à classifier, sorti en 1974 : Captain Lockheed & The Starfighters, premier album solo de Robert Calvert, un chanteur, musicien et poète sud-africain qui est (était, car il est décédé en 1988) surtout connu pour ses collaboration avec Hawkwind (via le live Space Ritual, notamment, mais aussi toute une période du groupe, période au cours de laquelle le groupe fut renommé Hawklords). L'album étai un vrai délire à moitié chanté et à moitié parlé, du comedy-rock conceptuel basé sur un scandale économique et social authentique survenu en Allemagne de l'Ouest dans les années 60 : l'acquisition, par ce pays, d'avions de marque Lockheed, qui malheureusement avaient un énorme défaut de fabrication ; et les crashes se sont succédés... L'album bénéficiait de la participation d'une bonne partie de Hawkwind (dont le bassiste Lemmy, futur Motörhead), mais aussi de Brian Eno, qui était crédité son son vrai nom complet de Brian Peter George St John Le Baptiste De La Salle (mais sans Eno). Parmi les chanteurs, Calvert, mais aussi Arthur Brown. Un an plus tard, le même Calvert récidive, et cette fois-ci, Brian Eno est non seulement crédité tel quel, mais il produit carrément l'album (avec Calvert et Paul Rudolph). Ce deuxième album, sorti sous une pochette bleue designée par le même mec ayant fait celle du précédent opus, s'appelle Lucky Leif & The Longships, et on sent bien venir, encore une fois, un drôle de concept. Cette pochette représente, on le voit, un drakkar (en réalité, on devrait dire un knorr, oui, comme la marque de soupes espèces de rigolos, c'est le nom réel de ce genre d'embarcations) orné d'un grand drapeau américain (et au dos, une Statue de la Liberté fantaisiste sous la forme d'un viking). 

RC2

L'album aborde un fait tout sauf historique, mais farfelu : que se serait-il passé si les Vikings avaient découvert l'Amérique bien avant que Christophe Colomb n'y accoste (en pensant par erreur arriver aux Indes) ? Un postuat de départ peut-être pas si farfelu que ça car il me semble que des traces d'occupation viking ont été trouvées sur Terre-Neuve, au large du Canada. Mais à l'époque de la sortie de ce disque, je ne pense pas que ces traces avaient été découvertes. Ce disque amusant mais sérieusement enregistré a été fait avec la participation de Paul Rudolph donc (production, guitares, basse choeurs), mais aussi de Simon House (violon ; de Hawkwind), Nik Turner (saxophone : de Hawkwind aussi), Brian Turrington (basse, piano), Mike Nicholls (batterie), Sal Maida (basse), Andy Roberts (claviers, guitares, choeurs), et de l'écrivain de SF/fantasy Michael Moorcock (banjo), lequel avait collaboré avec Hawkwind. Calvert lui-même, en plus du chant, tient le piano, la trompette et l'harmonica. Eno fait son rôle de producteur, sans cependant jouer sur le disque (ou si c'est le cas, il n'est pas crédité comme tel), mais sa si distincte voix est audible tout du long dans les choeurs ; il est indiqué que le boulot a été fait en partie avec l'aide des fameuses Stratégies Obliques, ce jeu de cartes imaginé par Eno et son ami Peter Schmidt, sensées aider en cas de doute, d'impasse, avec des indications diverses et variées du style fais que ton erreur soit en réalité un effet volontaire. On ne compte plus le nombre d'albums (ceux d'Eno solo, la trilogie berlinoise de Bowie, peut-être les albums des Talking Heads produits par Eno...) dont l'enregistrement fut émaillé du tirage de ces cartes !

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Robert Calvert (pas facile de trouver des photos de lui sur le Net)

Musicalement, Lucky Leif & The Longships, album assez court (35 minutes), est une belle curiosité. Comme je l'ai dit, c'est du comedy-rock par moments, rien que le concept de l'album est en soi assez amusant, et selon les morceaux, on a des changements de style qui confinent parfois à la parodie : Ragna Rock (ce titre !) est du pur hard-rock, The Lay Of The Surfers est une hilarante parodie de chansons de surf music à la Beach Boys, Volstead O Vodeo Do est, selon les crédits de pochette, interprétée par l'Anti-Prohibition Jazz Sinfonia de Chicago, le jour de leur assassinat, 7 avril 1928, et le morceau se termine sur un bruit de fusillade et des crissements de pneus, ambiance Les Incorruptibles à mort... Ship Of Fools (rien à voir avec les Doors et John Cale qui ont chacun fait une chanson de ce titre, Robert Plant en fera une aussi bien des années plus tard ; le titre est à chaque fois une allusion à un thème médiéval maritime, la Nef des Fous) est une ouverture remarquable, Brave New World donne furieusement envie de retourner le disque... Après, cet album très bien produit (Eno, évidemment, a toujours fait du sacrément bon boulot de production) et bien interprété n'en demeure pas moins aussi insensé que la santé mentale de Calvert (il était notoirement bipolaire et vivre ou bosser avec lui était souvent difficile, demandez aux membres d'Hawkwind), même si l'album est cependant plus accessible que le précédent album solo du bonhomme, Captain Lockheed & The Starfighters (1974). Les deux albums, différents malgré une même ambiance monthypythonesque et progressivo/psychédélique (et la présence des mêmes musiciens sur les deux albums, du moins, de certains musiciens : Eno, Turner, House...), sont aussi réussis l'un que l'autre, mais je pense préférer Lucky Leif & The Longships, car on y entre plus facilement (il n'y à pas tous ces petits intermèdes parlés). Si vous aimez Hawkwind, si vous aimez les projets un peu dingues, tentez le coup !

FACE A

Ship Of Fools

The Lay Of The Surfers

Voyaging To Vinland

The Making Of Midgard

Brave New World

FACE B

Magical Potion

Moonshine In The Mountains

Storm Chant Of The Skraelings

Volstead O Vodeo Do

Phase Locked Loop

Ragna Rock