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Indochine n'a pas souvent été représenté sur le blog. Enfin, si, plusieurs de leurs albums, quasiment tous mis à part Un Jour Dans Notre Vie, Wax, Black City Parade et Danceteria (Le Baiser et Alice Et June aussi, je crois, autrement dit, vraiment pas quasiment tous, contrairement à ce que je disais, mea culpa), et je parle uniquement des albums studio, ont été abordés ici. Mais je dois dire que mis à part une chanson (Le Grand Secret), je déteste ce groupe. Ce n'est pas la première fois que je le dis, d'ailleurs ; mais ça faisait longtemps quand même que le groupe n'avait pas été abordé ici, et je ne pensais pas que je reparlerai encore de ce groupe certes cultes, mais que, vraiment, je hais. Je ne sais pas pourquoi : la voix de Nicola Sirkis, qui en fait bien souvent trop dans le registre un peu lyrique ; le fait, surtout, que Sirkis n'a jamais été un bon parolier, les paroles des chansons du groupe, notamment au début de carrière (lisez les paroles de 3 Nuits Par Semaine ou de Tes Yeux Noirs, histoire de vous marrer un coup), sont des plus désespérantes de crétinerie crasse, genre des mots assemblés à la hâte, des phrases qui ne semblent pas avoir de lien entre elles (3 Nuits Par Semaine : C'est dans la nuit de Rebecca que la légende partira/et aujourd'hui pour une troisième fois elle décidait de sa première fois/c'est avec lui qu'elle le voulait qu'elle désirait à ce qu'il l'aimait/et puis avec cet homme qui rit celui pour qui elle a choisi...non, mais sincèrement, il connaît sa langue natale - le français -, ce mec ?), et comme en plus c'est chanté en frouze, ça saute tout de suite aux oreilles et agaçe vraiment, pour ne pas dire horripile franchement. Musicalement, c'est de la new-wave tout sauf honteuse (les débuts du groupe) qui a ensuite viré, dès la fin des années 90, à du rock électro/gothico/dream/emo totalement opportuniste (Alice Et June, qui en plus était double), sorte de version groupe et masculine de Mylène Farmer. Pas ma came. Pas ma came du tout.

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Mais Le grand Secret, sur Paradize en 2002 (l'album du retour en force et en grâce d'un groupe que l'on pensait aussi mort que Stéphane, le jumeau de Nicolas ; Stéphane, le guitariste initial, est mort en 1999), chanson interprétée en duo avec Melissa Auf Der Maur, est une sublime chanson, vraiment, qui m'a scotché au mur et continue de le faire. Le reste de Paradize ? Un disque trop long (plus de 70 minutes), qui cherche trop à faire du très neuf avec du vieux, un disque contenant certes quelques très bonnes chansons (Un Singe En Hiver aux paroles signées Jean-Louis Murat, Electrastar dédié à Stéphane, Le tube J'Ai Demandé A La Lune, Mao Boy !, La Nuit Des Fées écrit par Manset, et donc Le Grand Secret), mais surtout beaucoup trop de chansons moyennes (Punker, Comateen 1, Popstitute, des chansons aux titres qui font assez djeunz gothiques/emo, mais ne trompent personne). Je ne vais pas m'épancher sur la suite de  la discographie du groupe jusqu'à Black City Parade en 2013. En revanche, je suis là pour parler de 13, leur album le plus récent, sorti en 2017. Pourquoi ce titre ? C'est le treizième album studio (en incluant l'EP L'Aventurier de 1982) du groupe. Il y à 13 titres. Il y à 13 jeunes filles habillées comme sur un tableau de Henry Darger sur la pochette extérieure et intérieure. Voilà pourquoi. 13 est un disque long, il dure 77 minutes, toutes les chansons, sauf 2033 (qui dure 4 minutes seulement), atteignent et même dépassent (la plus longue dure 7 minutes : Gloria) les 5 minutes de durée. L'album est sorti début septembre et sera, et est toujours, un immense succès commercial, sans doute leur plus fort depuis Paradize. C'est aussi, selon la majeure partie de la presse spécialisée, leur meilleur album. A ce jour, deux singles ont été tirés : La Vie Est Belle et, récemment, Un Eté Français. Comme je l'ai dit, je n'aime pas le groupe. Si j'avais su que j'achèterai 13 un jour, en CD et en vinyle, j'aurais éclaté en sanglots. Surtout si on m'avait dit que j'adorerai ce disque, car c'est le cas !

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13 est un disque long, et deux chansons (Suffragettes BB et Kimono Dans L'Ambulance) me semblent vraiment en trop, mais bon, il fallait bien qu'avec un titre d'album pareil, on trouve 13 titres, car sinon, on aurai entendu d'ici les mauvaises langues dire ah oui, Indo sort son treizième album, il l'appelle 13, on a 13 gamines sur la pochette, mais seulement 11 titres, ah les cons. Et puis, quelques titres auraient sans doute été meilleurs avec une durée moins généreuse. Mais dans l'ensemble, c'est effectivement un grand disque de rock électro/new-wave, qui ramène Indochine au son des débuts, quelque part, mais en version mature. Sirkis ne sait toujours pas écrire de bonnes paroles, mais il semble avoir quand même encaissé quelques progrès. J'ai acheté ce disque car les deux singles sont si puissants, si réussis, et les retours presse, depuis la sortie de l'album, si excellents, que je me suis laissé avoir. Enfin, je le pensais, je pensais que j'allais me faire avoir comme en 2002 avec Paradize. Mais 13 m'a cueilli comme un saisonnier cueille une cerise dans l'arbre. L'album, remarquablement produit, est très cohérent, il est certes long (mais en vinyle, la durée passe mieux, rapport au changement de face qui occasionne une petite pause), mais ça faisait longtemps que je n'avais pas eu en main et dans les oreilles un album aussi long et aussi rempli de bonnes chansons, de celles que l'on prend plaisir à réécouter : Gloria en duo avec Asia Argento, Black Sky (Partiiiiiiiir...vers d'autres galaxiiiiiiies ; morceau inaugural remarquable), Station 13, Song For A Dream (avec cette belle faute de français : Tombera les croix...euh, c'est pas plutôt Tomberont les croix, Nicola ? La licence 'poétique' n'excuse pas tout, retourne en classe !), les singles La Vie Est Belle (à la mélodie qui me fait énormément penser au Golden Hours d'Eno, et aux paroles assez réussies sur le parcours de la vie, ses joies, ses peines, La vie va trop vite, ton cancer est le mien) et Un Eté Français qui torpille à sa manière la montée du FN, plus subtilement que le Un Jour En France de Noir Désir, mais tout de même (Pardonne-moi si tout devient froid national, un pays infernal) ou bien encore Henry Darger qui, comme la belle pochette, rend hommage au peintre et écrivain américain maudit du même nom. 13 est un excellent album qui pourrait bien, en effet, être le meilleur du groupe, leur album de la matûrité. Si le groupe devait s'arrêter là, ça serait en beauté. C'est en tout cas un disque qui m'a réconcilié avec le groupe de Sirkis, et rien que pour ça, chapeau bas, car la tâche était plus que rude : quasiment irréalisable. Je ne vais pas réécouter les précédents opus, mais ce 13 ne va pas quitter ma platine tout de suite, car je l'aime vraiment, mais alors vraiment beaucoup, même si j'aurais préféré qu'il soit plus court !

FACE A

Black Sky

2033

Station 13

Henry Darger

FACE B

La Vie Est Belle

Kimono Dans L'Ambulance

Karma Girls

FACE C

Suffragettes BB

Un Eté Français

TomBoy 1

FACE D

Song For A Dream

Cartagène

Gloria