RG1

C'est reparti pour un petit coup de Rory Gallagher. Comme je l'avais dit ici il y à quelques semaines, j'ai bien l'intention d'aborder l'ensemble des albums studio du regretté bluesman irlandais (avec le cycle U2 achevé récemment, l'Irlande a d'ailleurs bien été à l'honneur sur le blog ces derniers temps). D'autant plus que l'ensemble de son catalogue vient d'être réédité en vinyle (des rééditions au cordeau, entre parenthèses, qualité de pressage excellente), ce qui m'a permis de me procurer un ou deux albums, de lui, qui sont assez compliqués à trouver dans ce format. Fresh Evidence de 1990 (le dernier album sorti de son vivant), et ce Jinx de 1982, par exemple, ne sont pas forcément super évidents à trouver en excellent état et à prix raisonnable, comparés au Live ! In Europe de 1972 ou à Calling Card de 1976. L'album que j'aborde aujourd'hui, donc, date de 1982, et s'appelle Jinx (terme anglais signifiant 'poisse', 'scoumoune'). Il a été enregistré aux Dierks Studio de Cologne, en Allemagne (RFA à l'époque), là même où Gallagher avait enregistré Photo-Finish en 1978. C'est, de mémoire, le seul de ses albums à être sorti sur le label Mercury (ce qui fait qu'en CD, par la suite, il a été réédité sur un autre label que la majorité des albums de Gallagher). Il est sorti sous une pochette bleue illustrée de quelques photos noir & blanc, pochette qui fait assez au rabais, mais quand même moins que celle (dernière photo de l'article) de la première édition CD. La réédition vinyle reprend le visuel d'origine.

RG2

Jinx n'a pas été modifié que dans son contenant ; son contenu a aussi eu droit à quelques changements entre le vinyle et le CD : l'ordre des morceaux a été complètement modifié, et un titre supplémentaire, Hell Cat, a même été rajouté. La seconde édition CD, de 2000, possède aussi un tracklisting différent du vinyle de 1982 (et je précise que la réédition vinyle reprend le tracklisting d'origine de 1982, et pas des CD) : au-revoir le bonus-track Hell Cat, mais bonjour à deux autres rajouts : Lonely Mile et Nothin' But The Blues. Si on y rajoute le fait que certains titres, sur la nouvelle version CD de 2000, sont rallongés par rapport au CD d'époque et au vinyle, on se dit que l'album a vraiment eu son lot de modifications. Durée du vinyle : 38 minutes pour 9 titres. Durée du CD d'époque : 43 minutes et 10 titres. Durée du CD sorti en 2000 : un peu moins de 48 minutes, pour 11 titres ! C'est un peu le bordel, donc, et avec tout ça, alors qu'on approche à grands pas de la ligne d'arrivée du final du second paragraphe (heureusement qu'il en reste un troisième), je n'ai toujours pas parlé du contenu musical de Jinx. Est-ce un grand cru, un album moyen ou une infâme merde ? Si vous avez lu le reste de mes chroniques sur Rory Gallagher, vous vous souvenez sûrement que j'ai souvent dit que la carrière de Gallagher est une des meilleures qui soient : aucun ratage dans ses albums. A la rigueur, Defender en 1987 est un peu secondaire, mais en rien mauvais. Ce Jinx de 1982, mon année de naissance, est la plupart du temps considéré comme un des albums les moins cruciaux de Rory, mais sincèrement, rien que pour la présence de Signals, Double Vision, Loose Talk et de l'immense Big Guns, il vaut à fond l'écoute. 

RG3

C'est un fait, cet album, plus rock que blues en réalité (à partir de 1976, Gallagher a bien durci sa musique, qui est restée très blues dans le fond, mais moins blues puriste que les débuts quand même), et enregistré avec ses musiciens habituels (Gerry McAvoy à la basse en tant que musicien habituel, car Brendan O'Neill, à la batterie, marquait en fait sa première apparition sur un album de Rory), produit par Rory lui-même (et si on met de côté Ride On Red, Ride On, de Louisiana Red, tous les morceaux sont de Rory lui-même), est un excellent petit album de rock bluesy. Les morceaux sont excellents, aucun n'est à jeter, le son est géant (cet album sonne aussi bien que s'il avait été enregistré 10 ans plus tard), on passe vraiment un excellent moment à écouter Jinx, de même qu'on en prend un excellent, de moment, à écouter Blueprint ou Top Priority. S'il est vrai, cependant, que cet album n'est pas le sommet de Gallagher, et a été enregistré à une période au cours de laquelle il commençait peut-être à perdre un peu de sa superbe, il n'en demeure pas moins, donc, que rien, chez le guitariste irlandais, n'est mauvais (tout au plus Defender et le live Stage Struck sont accessoires). Jinx n'est pas forcément l'album le plus recommandé pour découvrir Gallagher, mais si vous aimez son style, tôt ou tard, vous passerez par ce disque, et vous ne le regretterez pas. Ne vous fiez pas à sa pochette hideuse (quelle que soit la version), le contenu est largement supérieur au contenant. 

FACE A

Signals

The Devil Made Me Do It

Double Vision

Easy Come, Easy Go

Big Guns

FACE B

Jinxed

Bourbon

Ride On Red, Ride On

Loose Talk