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Le rock au Canada ? Facile ! Neil Young ! Arcade Fire ! Rush ! The Band (dont un des membre, le batteur Levon Helm, était cependant Américain) ! On peut aussi citer Joni Mitchell dans la catégorie folk/folk-rock (et jazz-rock, aussi), et dans la catégorie folk pure, Leonard Cohen. Mais c'est pas tout. Un groupe aujourd'hui assez peu connu, existant depuis 1970 et continuant toujours son activité à l'heure actuelle, est à citer à tout prix : Mahogany Rush. Ce groupe est mené par un guitariste/chanteur (et ici, aussi claviériste) aussi talentueux que rarement cité, au style très hendrixien, aussi bien guitaristiquement parlant que vocalement parlant (son timbre de voix a des allures hendrixiennes, en effet), un Canadien d'origine italienne, né à Montréal, du nom de Frank Marino (Francesco de son vrai prénom). Le groupe (qui s'appelle désormais Frank Marino & Mahogany Rush) a eu droit à plusieurs changements de personnel, mais Marino en a toujours été le leader. Mahogany Rush était constitué de cinq membres sur son premier opus Maxoom (1972), puis, dès le deuxième Child Of The Novelty (1974), deux d'entre eux sont partis. Ne restaient plus que Paul Harwood (basse), Jimmy Ayoub (batterie, percussions) et, donc, Marino (chant, guitares, claviers, production). C'est cette formation en power-trio qui enregistre aussi, en 1975, cet album, leur troisième, intitulé Strange Universe, considéré souvent comme le sommet du groupe. 

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Verso de pochette vinyle

Le disque est sorti (comme les deux précédents, et surtout Child Of The Novelty) sous une pochette qui sent bon le rock progressif. Un décor à la fois médiéval et fantasy, demeures cossues et châteaux, créatures fantastiques et étranges, dragons, murailles, et des êtres chelous, sortes de bulles à visages, en train de pleurer, qui défilent sur une route damée en rouge et noir, sous un beau ciel bleu sans nuages. Le verso est plus sobre, c'est tout noir avec les crédits et une photo de Marino (et seulement de lui, comme pour insister sur le fait que c'est lui, Mahogany Rush, en fait) en action, guitare en pogne. Si le mec, fortement influencé par Jimi Hendrix, lui doit pas mal de choses sur le plan de la voix et du son de sa guitare, il possède, en revanche, un look qui n'aurait pas dépareillé dans Hawkwind. On dirait Lemmy, quelque part ! Ou alors Ulrich 'Uli Jon' Roth, à l'époque guitariste lead des Scorpions. Un look de hard-rocker. Musicalement, on peut associer Mahogany Rush au hard-rock, mais pas que : blues-rock, rock psychédélique, rock progressif (rock tout court me semble donc une bonne définition). Strange Universe, pour 10 titres (dont aucun tube : le groupe n'a jamais été super connu, n'a jamais eu de succès médiatique), dure la bagatelle de 43 minutes bien tassées. Sans rien à jeter dessus, au passage. On en prend plein les oreilles, guitares fuzzy en fusion, chant habité, textes assez réussis (l'intérieur de pochette propose les paroles), rythmiques efficaces, tout du long. 

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Harwood, Ayoub, Marino

Les meilleurs morceaux ? Difficile. Tales Of The Spanish Warrior, dont le titre fait très progressif, envoie le bois encore plus fort qu'une scierie industrielle des Vosges en ouverture, Strange Universe (quasiment 7 minutes, le titre le plus long ici) achève à la fois le disque et l'auditeur avec la même force, Dancin' Lady, Land Of 1000 Nights et Moonlight Lady auraient pu être interprétées par Hendrix lui-même s'il n'était pas mort depuis 5 ans au moment de la sortie de Strange Universe... L'album plaire totalement aux fans de rock un peu nerveux, de guitares en furie et d'ambiances heavy et progressives (les claviers sont présents, mais pas envahissants). Je sais que je me répête, mais c'est vraiment un des albums de rock les plus hendrixiens faits par un autre artiste que le regrette Jimi Hendrix, il aurait très bien pu avoir fait ce disque, tant la musique et le chant transpirent Hendrix (Marino joue sans doute un peu de la ressemblance entre sa voix et celle du Voodoo Chile, en même temps), sans que cela fasse caricature ou pastiche. Peu connu, quasiment oublié même, cet album a été abordé dans le bouquin de Manoeuvre, vous vous en doutiez, hein. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai découvert son existence, ainsi que celle du groupe, je pense que j'avais du en entendre parler un jour ou l'autre, sur le Net ou dans Rock'n'Folk, mais si c'est le cas, j'en avais, jusqu'à la lecture de Collector, oublié l'existence ! Encore une découverte des plus intéressantes, en ce qui me concerne, même si je n'ai pas l'intention, pour le moment, de découvrir d'autres albums de Mahogany Rush ; à voir les notations sur le Net, Strange Universe semble en être, assez largement, le disque le plus réussi, et je n'ai pas l'intention de dépenser du flouze pour m'acheter des albums à réputation médiocre. Par la suite, faut voir (si certains connaissent bien la discographie de ce groupe et veulent me faire des suggestions, allez dans les commentaires, ça sera avec plaisir que je lirai ça), mais pour le moment, je m'en tiens à ce disque, vraiment bluffant au demeurant. 

FACE A

Tales Of The Spanish Warrior

The King Who Stole (...The Universe)

Satisfy Your Soul

Land Of 1000 Nights

Moonlight Lady

FACE B

Dancin' Lady

Once Again

Tryin' Anyway

Dear Music

Strange Universe