BC1

Dr John (sous le nom de Mac Rebennack), David Sanborn, Ben Keith, Billy Mundi, Bob Neuwirth, John Till, et quatre des cinq membre du Band (ne manque que Jaime Robbie Robertson), tels sont les plus connus des musiciens ayant participé à l'enregistrement de ce disque sorti en 1972, le premier album solo, et éponyme, de Bobby Charles, un artiste louisianais (comme Dr John) de folk-country-rock. Bobby Charles, qui pose sympathiquement au bord de l'eau avec un chien (et au dos, en train de mordre à pleines dents dans une part de pastèque ; belle pochette, je trouve, et qui est parfaitement raccord avec le contenu musical), était un artiste qui croyait probablement très fort à ce qu'il faisait, ça s'entend en tout cas dans les 42 minutes (et 10 titres) de ce Bobby Charles sublime sorti sur le label de Todd Rundgren, Bearsville (enfin, quand je dis 'label de Todd  Rundgren', je veux dire que Rundgren est sur ce label, qui a cependant été crée par Albert Grossman). L'album est produit par John Simon, Rick Danko (membre du Band) et Bobby Charles lui-même. Il ne sera pas un triomphe commercial à sa sortie, aucun disque de Charles ne l'a été d'ailleurs. Ce mec est mort en 2010 dans sa maison, située près d'Abbeville, en Louisiane, ville de sa naissance. 2010 est l'année de sortie de son ultime album, au passage, et son huitième en tout. Oui, il n'a pas enregistré des masses, mais gageons que dans son registre (folk-rock, blues-rock made in bayou), il a dû enregistrer de vraies petites merveilles. 

BC2

En 1976, Charles a participé au concert d'adieu du Band, au Winterland Ballroom de San Francisco, concert collectif (Joni Mitchell, Dr John, Neil Young, Dylan, Ronnie Hawkins, Neil Diamond, Van Morrison, Clapton, Muddy Waters, Paul Butterfield, présence instrumentale de Ron Wood et Ringo...) filmé par Scorsese et sorti en triple album et film musical en 1978 : The Last Waltz. Mais si Charles apparaît sur l'album (il y interprète, avec le Band, Down South In New Orleans), il est absent du film, on le verrait assez rapidement au cours du final I Shall Be Released, interprété collectivement autour de Dylan, mais sa prestation n'a en dehors de ça pas été mise dans le film. Apparemment pour des histoires de contrat, de droits, il se serait fait enfumer et aurait longuement ruminé cette humiliation, et le fait est qu'entre 1974 et 1987, il ne fera rien du tout. Ca, c'était de l'anecdote qui n'a rien à voir avec le contenu musical de ce premier opus remarquable, sublime collection de chansons, sorti sous une pochette permettant de constater la blancheur de la peau de Charles. Personnellement, ayant découvert l'existence de ce mec via le triple live du Band, et compte tenu qu'aucune photo de lui n'est dans le livret du vinyle (en plus...), je pensais, à entendre sa voix, qu'il était noir ! Bah non ! L'album est une merveille, apaisante (Tennessee Blues, Save Me Jesus) la plupart du temps, un disque jamais lassant, jamais caricatural, enregistré avec de grands musiciens qui ont donné de leur temps pour leur pote.

BC3

Un disque fait avec le Band, au complet ou pas (comme je l'ai dit, il en manque un, le guitariste), ne peut pas être raté. De même, un disque avec Dr John en participation ne peut pas, lui aussi, être raté. Bobby Charles est à la fois un disque avec le Band et avec Dr John, il est donc doublement intéressant, de Street People à Tennessee Blues en passant par I'm That Way et Small Town Talk. Rien à jeter ici, même s'il n'y à aucun tube, aucun classique du rock. La production sent bon la campagne louisianaise et le chèvrefeuille, la voix de Charles est sublime, parfaite, les musiciens sont talentueux et ont tout donné, la durée de l'album est parfaite, ni trop courte, ni trop longue. Evidemment, ce disque est aujourd'hui très méconnu, quasiment oublié, jamais cité ou presque, et il convient donc, vraiment, de rattraper cette erreur. Ce premier opus de Bobby Charles, artiste qui n'a pas eu de bol dans sa vie (insuccès commercial, problèmes juridiques ayant entraîné un shunt dans le film de Scorsese qui aurait sinon très certainement aidé à augmenter sa popularité), est sans doute un des meilleurs premiers albums qui soient. Une petite merveille bien agréable que l'on prend toujours énormément de plaisir à écouter. En tout cas, c'est le cas pour moi !

 FACE A

Street People

Long Face

I Must Be In A Good Place Now

Save Me Jesus

He's Got All The Whiskey

FACE B

Small Town Talk

Let Yourself Go

Grow Too Old

I'm That Way

Tennessee Blues