BOA1

Ce groupe, je l'ai découvert en lisant un recueil de chroniques de Lester Bangs (rock-critic américain de la fin des années 60 à 1982, année de sa mort), le recueil Psychotic Reactions & Autres Carburateurs Flingués. Dans ce remarquable recueil de ses chroniques et critiques, on en trouvait une sur ce groupe, Black Oak Arkansas, plus précisément sur leur deuxième album, Keep The Faith, de 1972. Bangs n'y était d'ailleurs pas particulièrement tendre, mais c'est une autre histoire. Le début de la chronique disait, grosso merdo, qu'il se sentait un peu idiot d'avoir bêtement encensé, au moment d'en rédiger un compte-rendu, le premier album du groupe, éponyme (celui que j'aborde, donc). Il l'avait trouvé apparemment bien meilleur que ce qu'il n'était, et ne s'en était pas rendu compte, jusqu'à ce qu'un lecteur ou ami (je ne sais plus) lui dise hé mec, j'ai acheté le premier BOA sur tes conseils, après avoir lu ton texte dessus, et désolé de te le dire, mais c'est de la merde. Et Bangs de reviser son jugement et de faire, quelque part, mea culpa en abordant le deuxième album (il ne le défonce pas, mais insiste cependant pas mal sur les tares de l'album et du groupe). Après lecture de ce recueil, j'ai écouté les deux premiers albums du groupe (j'en suis resté à ça, concernant Black Oak Arkansas, pour le moment), et je les ai trouvé, tous deux, très bons. J'ai cependant été très surpris de constater que le premier album avait été placé dans le Collector de Manoeuvre. Même lui s'y met ? Bon, en même temps, Black Oak Arkansas, c'est du rock sudiste, genre musical que, je crois, Manoeuvre aime beaucoup (Lynyrd Skynyrd, Black Crowes et, évidemment, Allman Brothers). Mais tout de même ?

BOA2

Le groupe, fondé en 1965, sortira un disque en 1969 sous son premier nom, The Knowbody Else, avant de se renommer Black Oak Arkansas et de sortir, en 1971, leur premier album, éponyme, sous ce nouveau nom. Le groupe, originaire de Black Oak, dans l'Arkansas (d'où le nom, bravo), est constitué alors du chanteur Jim Dandy Mangrum, des guitaristes Harvey Jett (aussi banjo et choeurs), Stanley Knight (aussi steel guitar, orgue et choeurs) et Rickie Reynolds (rythmique, choeurs), du bassiste Pat Daugherty et du batteur Wayne Evans. Leur premier opus est produit par Lee Dorman et Mike Pinera, deux membres d'Iron Butterfly (Dorman était membre fondateur, Pinera, membre du groupe uniquement sur l'album Metamorphosis de 1970). Court (32 minutes, pour 8 titres), Black Oak Arkansas est un disque assez étrange, sorte de croisement entre hard-rock et folk gospelisante, le tout imprégné d'une très forte atmosphère deep south. Un chanteur aux cheveux longs et blonds, à la Gregg Allman, et au timbre de voix parfois assez proche de celui de...Captain Beefheart (et au jeu de scène proche de celui de Ronnie Van Zant, le chanteur de Lynyrd Skynyrd). Trois guitaristes dont deux solistes, mais pas de déferlement de guitares en fusion ici, enfin, si peu. Lord Have Mercy On My Soul, qui dure 6,15 mnutes, est un gospel-rock, une prière chantée, assez sombre, lente, mystique, qui détonne avec le reste de l'album. Uncle Lijah, qui ouvre le bal, est très countrysant, très roots. When Electricity Came To Arkansas est un final étonnant, très rock et assez décousu, qui, en live, durera plus du double la plupart du temps, mais ne dure ici que 4 minutes et des poussières. Hot & Nasty, morceau très court (moins de 3 minutes), est probablement le plus connu de l'album, et un des plus connus du groupe, et un des morceaux les plus nerveux de l'album. Celui-là sent bon son Lynyrd Skynyrd avec trois ans d'avance sur l'Alabama. 

BOA3

Un peu court, un peu décousu (Uncle Lijah est une ouverture un peu moyenne, I Could Love You est un peu longuet), ce premier opus de Black Oak Arkansas, groupe qui ne parviendra jamais à décoller comme le feront les Allman Brothers et les futurs Lynyrd Skynyrd (qui eux aussi auront trois guitaristes, mais sauront mieux exploiter ce line-up de six membres que BOA), est une assez bonne surprise. Pas un chef d'oeuvre, c'est clair, mais pas une merde, cet album bien produit et sorti sous une très belle pochette se laisse vraiment écouter. Je suis cependant un peu sceptique sur le nombre de guitaristes ici : en live, ça sera sans doute une évidence (à mon avis, en live, le groupe envoyait tout, se lâchait par rapport aux albums studio), mais en studio, en tout cas sur celui-là et le suivant, c'est un peu trop par rapport à ce qu'ils enregistrent. Une manière de se distinguer, l'air de dire on est six, vous vous rendez compte ? mais ils ne font pas suffisamment de boucan pour justifier ce nombre. Reste que je suis très content de posséder ce disque, en pressage ATCO français d'époque, et je me l'écoute de temps en temps, depuis une bonne paire d'années, pas trop souvent pour ne pas m'en lasser, mais c'est à chaque fois une écoute agréable. Pas immense, mais à écouter !

FACE A

Uncle Lijah

Memories At The Windows

The Hills Of Arkansas

I Could Love You

FACE B

Hot & Nasty

Singing The Blues

Lord Have Mercy On My Soul

When Electricity Came To Arkansas