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Waylon Jennings, Jesse Ed Davis, Buffy Sainte-Marie, Karen Dalton, Taboo (membre des Black Eyed Peas), quel est le point commun entre tous ces artistes musicaux (et il y en à évidemment plein d'autres) ? Tous ont des origines indiennes. Par 'indiennes', je ne veux pas dire de l'Inde, mais ils sont plus ou moins originaires d'une des tribus de Native Americans. Karen Dalton est Cherokee, par exemple. Loin de moi l'idée de faire un article sur la musique native aux USA, mais s'il y à un groupe à citer dans ce domaine, ce sont les Redbone, groupe fondé en 1969 par deux frangins, Candido 'Lolly' et Patrick Vegas, respectivement guitariste/chanteur et bassiste/chanteur, groupe constitué aussi du guitariste ryhtmique et chanteur Tony Bellamy et du batteur Pete DePoe. Tous sont des native americans, et le nom du groupe est une allusion à une personne métisse, à moitié native, et à moitié caucasien. Leur premier album, sorti en 1970 et éponyme, est sorti en Europe en tant qu'album simple de 11 titres, mais sa version originelle, américaine, parue sur Epic, est double, de 17 titres (et 73 minutes. Heureusement, c'est cette version longue qui a été utilisée pour le transfert CD (l'inverse aurait été une totale aberration, en même temps). Ce premier album éponyme de Redbone (groupe toujours actif) sera suivi, la même année, d'un deuxième album à peu près aussi réussi, mais simple (Potlatch), et le groupe poursuivra ensuite sa carrière, discrètement mais sûrement, délivrant de la musique, apparemment, de qualité. Mais Redbone est un groupe que pas mal de gens doivent surtout connaître par le biais des sous-pochettes publicitaires des vinyles Epic/CBS d'époque, ces sous-pochettes qui proposaient des visuels d'autres albums issus du catalogue de pressage du label, pour suggérer des acquisitions aux auditeurs. On trouvait souvent le visuel de ce premier album (un os rouge orné d'une plume), en noir & blanc, sur ces sous-pochettes. C'est ainsi que j'ai découvert l'album.

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Redbone est un groupe qui mérite totalement que l'on s'intéresse à lui, et si je ne connais pas tout du groupe (après le troisième album, The Witch Queen Of New Orleans, paru aux USA sous le titre de Message From A Drum, j'ai arrêté, pas parce que çe ne me plaisait plus, mais parce que je me suis dit que je continuerai, un jour, ma découverte du groupe, et puis vous savez ce que c'est, on passe à autre chose, mais promis, un jour, je continuerai, même si, pour le moment, cet article sera le seul sur le groupe, sur le blog), je peux clamer haut et fort que Redbone, leur premier album, du moins dans sa version double, est un des meilleurs premiers albums de l'histoire. Hendrix (qui était en partie Cherokee, pour l'anecdote, et j'aurais pu le citer plus haut) aurait été le catalyseur des frangins Vegas pour créer un groupe entièrement constitué de native americans, afin de promouvoir leurs origines, leur musique, leur culture. Il faut dire que les Vegas Brothers étaient déjà un peu connus avant de fonder leur groupe, en tant que paroliers/compositeurs et/ou musiciens, pour notamment Aretha Franklin (Niki Hokey, présent sur Redbone, a été chanté par la diva en 1968 sur son Lady Soul), Sonny & Cher, Tina Turner, Elvis Presley, Little Richard, James Brown, excusez du peu. Sur ce premier opus, on a un mélange détonnant et chaleureux entre rock, roots rock, soul, rhythm'n'blues et musique traditionnelle cajun. N'attendez pas des chants tribaux, en revanche. C'est bien simple : s'il n'y avait la photo des membres du groupe (qui posent en tenues traditionnelles), on serait souvent bien en peine de dire si les musiciens sont blancs, blacks ou natives

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Il ne serait en revanche pas difficile du tout de les qualifier de grands musiciens (et chanteurs : trois des quatre membres chantent, en alternance, il est précisé qui chante quoi dans le livret CD), car c'est vraiment ce qu'ils sont. Les 17 titres, dont 4 instrumentaux (et parmi eux, les derniers titres des trois dernières faces, de longues jams de 7/8 minutes, assez intenses), sont tous remarquables et sentent bon la Louisiane. Interprétés par Dr John, et avec quelques choristes féminins narquois en arrière-plan, ils n'auraient pas dépareillé sur un de ses albums. L'ambiance du Redbone est nettement moins transe vaudoue, mais tout de même très chaleureuse, boisée, typique du rock de son époque. Les morceaux se suivent, tous remarquables : Crazy Cajun Cakewalk Band (le premier nom du groupe !), Prehistoric Rhythm, Niki Hokey... Des chansons comme Tennessee Girl, Little Girl, Promise I Won't Let It Show assurent. Les instrumentaux aussi (I'm A Man, qui n'a rien à voir avec le Spencer Davis Group). Un album aussi long que celui-ci (73 minutes) et qui soit aussi parfait, sans un morceau en trop, sans un morceau trop long, sans respirer à fond le remplissage, c'est rare. Pas super rare, car c'est le cas du Blonde On Blonde de Dylan, du Goodbye Yellow Brick Road d'Elton John ou du Exile On Main St. des Stones (plus court, ceci dit), sans oublier Hendrix et Led Zeppelin. Mais bien fréquents sont les double albums qui offrent un ou deux titres en trop. Clairement, tout comme pour les albums que je viens de citer, ce n'est pas du tout le cas de ce premier Redbone, réellement remarquable et essentiel. Vous vous en doutez, mais je le dis quand même : oui, il a été abordé dans le Collector de Manoeuvre, ce qui n'a pas manqué de me réjouir en le découvrant au milieu de 110 autres albums.

FACE A

Crazy Cajun Cakewalk Band

Prehistoric Rhythm

Niki Hokey

Promise I Won't Let It Show

Minor Seven Heaven

FACE B

Night Come Down

Tennessee Girl

Rebecca

Jambone

FACE C

Little Girl

Chance To See

Red And Blue

Suite Mode

FACE D

(I Can't) Handle It

I'm A Man

Danse Calinda

Things Go Better...