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Tu nous fais chier, Peel ! Et voilà comment on trouve un titre à son album. La légende (enfin, légende...c'est raconté par le principal intéressé au dos de la pochette de l'album, dans les notes) voudrait en effet que John Peel, le fameux animateur radio britannique qui avait signé, sur son label Dandelion Records, le groupe Stack Waddy (qu'il adorait), leur aurait demandé de refaire une prise d'une chanson, histoire de mieux la jouer encore, et le groupe lui aurait répondu, collectivement, Bugger off, Peel ! Il faut savoir que le groupe avait l'habitude, apparemment, d'enregistrer ses morceaux en une seule prise, live en studio, sans rien rajouter, pas d'overdubs, pas de bidouillages techniques, rien ; le morceau couché sur bande et puis c'est marre, on passe à un autre. Ce qui s'entend : le premier album du groupe, Stack Waddy, sorti en 1971, sonnait vraiment brut de décoffrage, limite punk avant l'heure (garage, donc), aucun répit durant 36 minutes de démolition de l'oreille de l'auditeur et des amplis des instruments du groupe. Le deuxième album du groupe (et leur dernier album, aussi, même si, en 2013, sortira un album constitué de prises alternatives, inédits studios et enregistrements live de la BBC, où officiait Peel), qui date de 1972, cet album-ci donc, s'appelle d'un poétique Bugger Off ! et est sorti sous une pochette, disons... moyenne. On y voit le groupe en train de jouer, et le batteur, penché sur ses fûts, regardant vers l'objectif de la photo. Une gigantesque bulle de BD prend toute la partie haute de la pochette, avec le nom de l'album et du groupe dedans, et le phylactère est relié au batteur. 

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Verso de pochette

Long de 44 minutes bien généreuses, pour 12 titres dont plus de la moitié sont des reprises, Bugger Off ! va encore plus loin dans la démolition auditive que le premier opus éponyme, et est, en cela, mille fois plus réussi. Ce disque sépare les hommes des petits garçons, clairement, dès le premier morceau, une reprise totalement destroy (le son est rocailleux sur ce premier titre, plus que sur d'autres de l'album) du Rosalyn des Pretty Things. L'année suivante, David Bowie, sur son Pin Ups (album entièrement constitué de reprises), en fera une version assez dantesque, elle aussi en ouverture d'album. Celle de Stack Waddy est totalement enculeuse de bisons, elle est d'une force et d'une violence telle (pour l'époque) qu'on se demande comment elle a passé le cap au mixage. D'autant plus que le son très sale, sur ce morceau, rend l'ensemble encore plus brutal. Les autres reprises sont d'un niveau ahurissant aussi, Long Tall Shorty (Mainly) de Don Covay,  It's All Over Now de Bobby Womack, I'm Your Hoochie Coochie Man de Willie Dixon (chanté notamment par Muddy Waters), You Really Got Me des Kinks, I'm A Lover Not A Fighter du même groupe... Deux reprises sont des choix étonnants : Willie The Pimp de Zappa (qui fut chanté par Captain Beefheart sur l'album de Zappa, Hot Rats), et le classique absolu de la bossa nova, The Girl From Ipanema d'Antonio Carlos Jobim. Cette dernière est courte (1,30 minute), achève le disque, et est acoustique, guitare sèche et chant calme, un peu de brise après un cyclone force 200. Quant au morceau de Zappa, finalement, ce n'est pas si étonnant que ça : sur le précédent opus, après tout, Stack Waddy reprenait le Sure 'Nuff 'N' Yes I Do de Captain Beefheart...

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Le coffret 3 CD (les deux albums plus le disque de raretés et un livret) édité en 2016 par Cherry Red : essentiel

Les autres chansons sont des originaux du groupe : Several Yards (Foxtrot), Meat Pies 'Ave Come But Band's Not 'Ere Yet (quel titre à la con...), It Ain't Easy et Repossession Boogie. Comme pour le premier album (qui offrait cependant encore moins de morceaux originaux...pour autant de reprises que Bugger Off ! au passage !), ces originaux sont  très bons, dans le style de l'album, je veux dire qu'ils ne dépareillent pas l'ensemble, mais ces morceaux sont, Repossession Boogie excepté, moins percutants. On notera que les morceaux les plus longs de l'album sont, d'ailleurs, ces morceaux originaux : 6 minutes pour Several Yards, 5,30 pour Repossession Boogie, ça tranche avec les 2 minutes expédiées en Chronopost de I'm A Lover Not A Fighter ! Dans l'ensemble, Bugger Off ! est probablement un des meilleurs albums de 1972, une très grande année comme chacun le sait (Lou Reed, Bowie, Mott The Hoople, T-Rex, Captain Beefheart, Blue Öyster Cult, Rolling Stones, J.J. Cale, Santana, Neil Young, Fleetwood Mac, Elton John, Harry Nilsson, Frank Zappa, Deep Purple, Humble Pie et autres Todd Rundgren ont chacun sorti un disque majeur, et parfois même deux, en cette année), mais c'est aussi et surtout un disque vraiment méconnu. Je ne peux que vous le conseiller, ardemment ! Pour ça, le coffret 3 CD, visuel plus haut, qui regroupe l'intégralité de la discographie de Stack Waddy, en remastérisé, est des plus essentiels. 

FACE A

Rosalyn

Willie The Pimp

I'm Your Hoochie Coochie Man

It's All Over Now

Several Yards (Foxtrot)

You Really Got Me

FACE B

I'm A Lover Not A Fighter

Meat Pies 'Ave Come But Band's Not 'Ere Yet

It Ain't Easy

Long Tall Shorty (Mainly)

Repossession Boogie 

The Girl From Ipanema