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Cet article va aborder non pas un, mais deux albums. Voici donc, en premier lieu, le premier, il s'appelle Self Portrait, et non, ce Self Portrait, bien que sorti la même année que l'autre, n'est pas celui de Bob Dylan. Totalement différent (il est simple, il est l'oeuvre d'une femme, déjà, rien que ces deux détails...), celui-ci est bien meilleur. Il date donc de 1970, et il s'agit du premier album (elle n'en fera, en tout et pour tout, que trois, il me semble) de Ruth Copeland, une chanteuse de nationalité britannique qui, en l'espace de deux ans, sortira, sous la houlette de son mari de producteur (ce qui peut aider), deux albums assez incroyables, sur le label Invictus Records, label crée, après le départ de Motown, par la fine équipe de paroliers/compositeurs Holland/Dozier/Holland. Ces deux albums ont été réédités en un pack double CD (un par disque donc) avec quelques bonus-tracks à l'appui et un beau livret assez complet proposant un texte illustré sur la demoiselle, les crédits et les paroles des chansons du premier album (mais pas du second). Ruth Copeland était (elle est toujours de ce monde, mais a définitivement quitté le monde de la musique depuis des années) une chanteuse remarquable, au timbre de voix sublime, entre Linda Ronstadt et Buffy Sainte-Marie. Musicalement, on pourrait croire à de la musique folk, ou à l'équivalent anglophone de la chanson française. Que nenni, il s'agit d'une sorte de rock funkoïde et soul, enregistré avec les musiciens de la P-Funk Army de l'époque, les musiciens des deux groupes (en réalité, une seule entité ayant donné des albums sortis sous deux noms de groupes distincts) de George Clinton, Parliament et Funkadelic.

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Et si vous connaissez Parliament et Funkadelic, ben, c'est du funk teinté de rock psychédélique (Funkadelic) ou du funk pur et dur (Parliament), rien de folk ! Des musikos blacks, aussi, parmi eux le guitariste Eddie Hazel, le claviériste Bernie Worrell, pour accompagner une jeune blanquette britannique au look de hippie (sur la pochette du deuxième album, I Am What I Am de 1971, visuel ci-dessus, elle pose en indienne en mini pagne, sexy en diable sous pochette dépliante) et qui, au milieu de ces musiciens, pourrait sembler aussi paumée qu'une jeune héritière de Neuilly-sur-Seine larguée en pleine cité des 4000, mais qui a finalement bien réussi son coup. Les deux albums sont assez distincts, tous deux plutôt généreux (une quarantaine de minutes par album, et respectivement 10 et 7 titres par album), le deuxième a été abordé dans le fameux livre de Manoeuvre, qui aurait très bien pu mettre le premier à la place, même si le second, avec ses deux reprises stoniennes de 8 minutes par tête de pipe, marque plus les esprits. Le premier album, Self Portrait, contient des morceaux mémorables au possible (Un Bel Di, qui est chanté, curieusement mais magnifiquement, en italien ; Your Love Been So Good To Me, The Silent Boatman, I Got A Thing For You Daddy dont la mélodie me semble fortement inspirée par You Don't Love Me de Willie Cobbs) et possède une ambiance assez étonnante, à la fois funky, rock et très chanson, avec quelques arrangements lyriques à l'appui, une sorte de Tim Buckley féminin de la période Sefronia (c'est à dire, d'une période postérieure aux albums de Copeland). Je ne vois aucune mauvaise chanson, ni sur l'un, ni sur l'autre de ces deux albums.

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Visuel du pack 2 CD

I Am What I Am, avec ses 7 titres dont quelques uns sont assez longs, et avec sa pochette sexy, est probablement meilleur, il est plus rock et funky en tout cas, Ruth y livrant notamment un The Medal fantastique en ouverture, un Crying Has Made Me Stronger excellent juste après, et surtout, sur la face B, deux mémorables reprises des Rolling Stones : Play With Fire (presque 8 minutes) et Gimmie Shelter (8 minutes). La première reprise est efficace comme un coup de boule donné avec un casque de moto renforcé, et la seconde est, je le pense sincèrement, une des plus grandes reprises jamais données, peu importe la chanson reprise, peu importe l'artiste qui la reprend, et peu importe l'artiste de la chanson originale. Funky, sensuelle, très rock, sur le fil, étendue mais jamais longuette, elle achève avec maestria un album tellement dantesque et réussi qu'on se demande comment il a fait son compte pour être, à l'heure actuelle, aussi méconnu (idem pour l'autre album, Self Portrait, mais il est moins immédiatement rentre-dedans). Entourée de musiciens remarquables - il faut écouter les albums de Funkadelic et Parliament de l'époque, Maggot Brain et America Eats Its Young pour l'un, Chocolate City pour l'autre...-, Ruth Copeland livre donc ici deux albums remarquables, rempli de chansons sublimes et efficaces, super bien produits, des mélanges détonnants entre folk, rock et funk/soul qui ne laisseront personne indifférent. Il paraît que sur scène, les prestations de la belle étaient du genre sauvage : vêtue d'une tenue d'indienne, pieds nus, entourée de ses musiciens blacks qui s'étaient teint la peau en bleu, façon Schtroumpfs géants... Pourquoi personne n'a immortalisé ça sur vidéo ou photo ?

Self Portrait : 

FACE A

Prologue : Child Of The North

Thanks For The Birthday Card

Your Love Been So Good To Me

The Music Box

The Silent Boatman

FACE B

To William In The Night

No Commitment

I Got A Thing For You Daddy

A Gift Of Me

Un Bel Di

I Am What I Am : 

FACE A

The Medal

Crying Has Made Me Stronger

Hare Krishna

Suburban Family Lament

FACE B

Play With Fire

Don't Wish You Had (What You Had When You Had It)

Gimmie Shelter