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Klaus Schulze, vous connaissez ? Oui, oui, bien joué les mecs, bravo, effectivement le mec est un allemand (enfin bon, il aurait pu être autrichien, en même temps). Mais à part ça ? Ben les mecs, Tangerine Dream, ça ne vous dit rien ? Mais revenez, quoi, reveneeeeeeez ! Tangerine Dream, groupe de musique électronique allemand fondé en 1967. Leur premier album date de 1970, et Schulze faisait partie des premiers membres du groupe, aux côtés d'Edgar Froese. Il a fondé, en 1970, après avoir quitté Tangerine Dream, un autre groupe de musique électronique, Ash Ra Tempel (qui se fera appeler Ashra par la suite). Il s'est lancé en solo en 1971 et livrera environ un (et parfois plusieurs) album entre 1971 et 2013, son dernier opus studio datant d'il y à 5 ans. En 1979, Klaus Schulze sort cet album, Dune, qui ne contient, comme pas mal de ses albums (et comme un paquet d'albums de ce genre), que deux titres, un par face. L'album dure 56 minutes, le premier titre en dure 30, calculez donc la durée du second, vous avez trois heures. Dune est sorti sous une pochette absolument infâme et totalement home made. Schulze a profité d'une diffusion TV du film Solaris de Tarkovski pour apposer, sur son écran de TV, les lettres de l'album et de son nom et ensuite, de prendre une belle photo au moment qu'il voulait. Ce qui explique que les lettres semblent un peu incurvées (c'est l'écran qui l'est, on n'avait pas d'écran plat pour les TV à l'époque) et surtout, ce qui explique la qualité très médiocre de l'image, avec ces striures verticales et ces teintes innommables. Aussi bien le verso que l'illustration de la sous-pochette sont des variations du recto.

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Klaus Schulze (tous les claviers) est ici entouré du violoncelliste Wolfgang Tiepold et, pour le deuxième titre (qui dure 26 minutes, pour les ceusses qui n'auraient pas trouvé sa durée, et s'ils ne l'ont vraiment pas trouvé, je ne peux rien faire pour eux), du chanteur britannique Arthur Brown (vous vous rappelez ce hit underground 60's, Fire ? Cette voix de dingue ? Cette attitude scénique de dingue (il foutait le feu à un casque qu'il arborait, et souffrait apparemment pas mal durant ses performances, le casque n'étant pas totalement ignifugé) ? Ben, c'est lui !). Il a produit lui-même l'album, dont les deux titres s'appellent Dune et Shadows Of Ignorance. La vesion CD en rajoute un, Le Mans, qui dure 23 minutes. Je ne sais pas ce qu'il vaut, je n'ai que le vinyle, pressé sur le label Brain Records. Schulze est un fan de science-fiction, et un des titres de son album précédent, X (1978, un double album) portait le nom de Frank Herbert, auteur de SF génial mort en 1985, auteur de la saga Dune. Au sujet de l'album, je ne sais pas trop. Sur certains sites Ouèbe, il est dit que l'album a été imaginé comme une bande-son probable pour le film mort-né de Jodorowsky, adaptation du roman de Herbert que le réalisateur/comédien/auteur/artiste touche-à-tout/taromancien chilien voulait faire en 1974/75, avec un casting de malade (Dali, Jagger, Amanda Lear, Orson Welles, son propre fils Brontis Jodorowsky...), des décors et costumes hallucinants signés Druillet, Giger, O'Bannon, et une bande-son signée notamment Pink Floyd et Magma. Jodo aurait-il aussi demandé à Schulze de faire quelques thèmes (il envisageait - Jodo - de demander à divers groupes ou compositeurs de faire la musique, un groupe ou compositeur par planète de l'histoire) ? Je ne me souviens pas que dans le (remarquable) documentaire Jodorowky's Dune, très complet, on parle de Klaus Schulze... Et je l'ai vu assez récemment (le documentaire, pas Klaus Schulze).

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Autre possibilité : Schulze, fan de SF comme je l'ai dit, a conçu ces 30 minutes de musique comme une bande-son pour un film qui n'existe pas, il a imaginé ces thèmes en pensant au roman, sa propre version de la bande-son de Dune, quoi. Peu importe, à la rigueur (Jodorowsky n'est absolument pas cité sur les très minces crédits de la pochette), car musicalement, Dune, ce premier morceau, morceau d'une demi-heure totalement instrumental et baigné, par moments, par un violoncelle sublimissime, est un morceau enivrant, qui vous transporte illico dans l'univers chatoyant et complexe de Frank Herbert. Vous voyagez sans bouger, vous devenez le Kwisatz Haderach, en somme ! Musicalement, ce morceau est absolument grandiose, il est certes long à l'extrême, mais semble vraiment court tellement il est passionnant. Ce qui, pour un morceau de musique électronique, n'est pas si fréquent que ça ; personnellement, je ne vois que le morceau-titre du Phaedra de Tangerine Dream et certains morceaux de Vangelis pour concurrencer ce Dune. L'autre morceau, Shadows Of Ignorance, en grande partie avec la participation d'Arthur Brown qui chante/déclame un long texte (présent sur la sous-pochette, le texte est si long qu'il occupe les deux faces de la sous-pochette, mais n'est pas imprimé en petits caractères, ceci dit), est plus court de 4 minutes, mais semble plus long de 15 minutes. Ce n'est pas mauvais, mais après la maestria du morceau-titre, c'est clairement une déception. Rien de grave, ce Dune est vraiment un excellent album dans son genre, mais c'est quand même dommage. Heureusement, la face A existe, et est d'une beauté, mais d'une beauté...et elle aurait été une bande-son exemplaire pour un film sur Dune, en effet (en 1984, David Lynch fera sa version, qu'il reniera par la suite, et la bande-son, très bonne, sera signée Toto - choix étonnant, mais pas dsagréable -, aidé par endroits de Brian Eno) !

FACE A

Dune

FACE B

Shadows Of Ignorance