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Voici venu le temps d'aborder le cas du dernier vrai album studio des Clash. Il est assez particulier (certains diront que tous les albums des Clash sont particuliers, mis à part leur premier, qui est un des meilleurs albums de punk, mais juste du punk engagé), s'appelle Combat Rock, et devait, à la base, être un double. Il se serait d'ailleurs, sous cette forme, appelé autrement : Rat Patrol From Fort Bragg. Il existe des éditions bootleg de l'album en tant que double, avec 18 titres en tout, dont bien évidemment les 12 qui se trouvent sur l'album définitif, plus d'autres titres n'ayant pas passé la rampe d'essai (mais que l'on retrouve, pour certains, dans divers coffrets anthologiques du groupe), comme The Beautiful People Are Ugly Too et Walk Evil Talk. Long de 46 minutes dans sa version définitive, Combat Rock est sorti en 1982, à une époque où le punk-rock n'est plus trop un genre musical porteur, on est déjà passé à la new-wave, le ska 2-Tone est aussi passé par là, la NWOBHM (New Wave Of British Heavy Metal) aussi, bref, les Clash ont encore bien de la chance d'exister en cette année qui est celle de ma naissance. Enfin, je dis ça, mais cet album sera le dernier disque studio du groupe mythique, qui se séparera peu après de deux de ses membres : le batteur Topper Headon (viré pour addiction juste après la fin de l'enregistrement) et surtout, le guitariste (et chanteur, enfin, un des chanteurs) Mick Jones. Il y aura bien encore Cut The Crap en 1985, mais ce dernier opus est si pourri, si indigne des Clash, qu'il ne compte pas, en fait. Et après Cut The Crap, pour le coup, plus rien et pour ceux qui attendaient une reformation des Clash, elle n'aura définitivement plus lieu depuis le 22 décembre 2002, date de la mort de Joe Strummer (chant, guitare rythmique).

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Sous sa pochette montrant le groupe en plein soleil ur une voie ferrée, Combat Rock est l'écrin de deux des plus gros tubes du groupe : Should I Stay Or Should I Go, écrite et interprétée par Mick Jones, qui passe encore très fréquemment à la radio (c'est la seule chanson du groupe qui est encore diffusée en France sur des stations radio mainstream, je pense), une chanson mythique, au riff imparable, un tube aussi bien punk que pop et dont on ne se lasse pas, ou si peu. Et Rock The Casbah qui lui succède dans le tracklisting, chanson dont la mélodie a été écrite par Topper Headon, et qui marchera aussi très fort, malgré un petit parfum de scandale, vu le sujet et les paroles. Une chanson que je préfère à la précédente, au passage. D'autres chansons sont sorties en singles (Know Your Rights, Straight To Hell), mais ne marcheront pas aussi fort. L'album marchera très bien dans les charts, j'imagine que les fans ont du se sentir baisés en constatant que l'album n'était que simple, après le double London Calling (1979) et le triple Sandinista ! (1980), qui étaient tous deux vendus au prix d'un simple. Avec Combat Rock, même si la durée est généreuse, les Clash rentrent dans le rang, quelque part. Sandinista ! était de toute façon trop long, rempli de morceaux inutiles ou moyens. Ils ne rentrent pas dans le rang pour ce qui est des textes, au moins aussi engagés qu'avant. Plusieurs chansons parlent des séquelles de la guerre du Vietnam : Straight To Hell parle des enfants nés d'une mère vietnamienne et d'un père américain et soldat ; Sean Flynn aborde le cas du fils de l'acteur Erroll Flynn, qui fut reporter de guerre au Vietnam et n'en est pas revenu. 

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Red Angel Dragnet, elle (chanson chantée par le bassiste Paul Simonon et un invité, Kosmo Vinyl ; notons que Simonon a nettement mieux chanté par le passé mais n'a jamais été un grand chanteur quand même), avec ses citation du Taxi Driver de Scorsese, parle de l'assassinat à New York d'un Guardian Angel (milice prônant la non-violence, reconnaissable à sa tenue rouge et noir), Ghetto Defendant bénéficie de la participation du poète beat Allen Ginsberg, récitant notamment un mantra bouddhiste (il participera à des concerts du groupe durant la tournée)... Même le numéro de série de l'album est politisé : FMLN2, que le groupe a voulu car les lettres sont un raccourci pour Frente Farabundo Marti para la Liberacion Nacional, parti politique révolutionnaire du Salvador (alors en guerre civile) ! L'album est donc assez engagé, encore une fois, mais on n'aurait probablement pas accepté des Clash qu'ils se contentent de faire des chansons rock aux paroles débiles, il fallait des messages. Combat Rock ne déçoit pas de ce côté. Après, certaines chansons ne sont pas géniales (Inoculated City, Atomic Tan), mais dans l'ensemble, c'est un très bon petit album. J'adore Overpowered By Funk (avec son passage rap signé Futura 2000) et Straight To Hell. Il est évident que l'album est une frustration après London Calling (définitivement le sommet du groupe) d'un point de vue qualitatif, et après Sandinista ! d'un point de vue quantitatif. Mais l'album est plus digeste que ce dernier, et, je pense, meilleur aussi. C'est le dernier coup d'éclat des Clash, qui vont bientôt se séparer de deux de leurs membres et, pour pas mal de monde, livrent donc ici leur dernier opus, Cut The Crap étant tellement pourri qu'il ne compte pas...

FACE A

Know Your Rights

Car Jamming

Shoud I Stay Or Should I Go

Rock The Casbah

Red Angel Dragnet

Straight To Hell

FACE B

Overpowered By Funk

Atom Tan

Sean Flynn

Ghetto Defendant

Inoculated City

Death Is A Star