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Les Them étaient un groupe de rock irlandais, fondé en 1964. Pendant les deux premières années de son existence, le groupe a tenu en son sein le chanteur (aussi saxophoniste à la base) George Ivan Morrison, plus connu sous le nom de Van Morrison (et que ses fans appellent Van The Man). Un rouquin au caractère bien trempé, à la voix ahurissante, au talent de dingue (faut voir, et surtout écouter, les albums qu'il livrera par la suite en solo, Astral Weeks, Moondance, Hard Nose The Highway, Veedon Fleece, le double live It's Too Late To Stop Now...). Avec lui, les Them ('eux') vont vivre, durant deux ans, un rêve éveillé, avec des tubes comme Here Comes The Night, Baby Please Don't Go (une reprise de Big Joe Williams) et bien entendu, Gloria, que toute personne normalement constituée a déjà entendu des caisses de fois, aussi bien dans sa version d'origine (1965) que dans une de ses innombrables reprises (la plus connue, probablement : Patti Smith sur son premier album Horses, où elle la couplait avec une déclamation poétique de son cru). Van The Man se barre des Them en 1966 pour se lancer en solo l'année suivante. Les Them seront dès lors considérés par la presse rock alors naissante comme une cause perdue, un groupe fini. Un peu comme si l'autre Morrison, Jim, avait quitté les Doors en 1968. Mais les Them vont continuer, l'air de dire que les Them n'étaient pas le groupe de Van Morrison, ah mais. Entre 1968 et 1971, le groupe va sortir quatre albums (plus un en 1967, pour le marché scandinave), qui se vendront aussi bien que Mein Kampf dans un kibboutz. Ils stopperont les frais en 1971, pour revenir en 1979 le temps d'un live de réunion (sans Van Morrison) et un ultime album, puis absolutely curtains. 

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Verso de pochette et un label

L'album que j'aborde aujourd'hui est le dernier pendant 8 ans, il date de 1971 et a été, comme le précédent (Them, en 1970), édité sur un petit label du nom de Happy Tiger, qui fermera ses portes peu après la sortie de l'album (de ce fait, l'album est difficile à trouver en vinyle, jamais à bon prix - et je ne le possède pas sous ce format, mais j'aimerais bien -, et en CD, a été réédité sur un petit label, sans fioritures, sans bonus-tracks, sans livret digne de ce nom, bref, au rabais ; il y à même une grosse coquille, le titre N°7, Rayn, n'est pas indiqué, alors qu'il s'y trouve bel et bien). Sorti en 1971 donc, l'album s'appelle In Reality. Ou Them In Reality ('eux, en réalité', autrement dit, les vrais Them). L'album est court, 31 minutes et 9 titres, dont deux sont déjà connus des fans : Gloria et la reprise de Baby Please Don't Go, qui totalisent 10 minutes sur l'album et ouvrent le bal, sans pause entre elles. Deux nouvelles versions des classiques des Them, repris donc sans Van The Man, avec une patate d'enfer (surtout Gloria), manière de rappeler que les Them, c'était ça, avant de passer au reste de l'album, loin d'être négligeable au passage. In Reality, abordé dans le bouquin Collector de Phil (The) Man(oeuvre), et que j'ai découvert ainsi, n'est pas un grand disque, il est vraiment peu connu et marchera très mal, il y à d'ailleurs ici peu de choses qui auraient pu justifier un triomphe dans les charts, mais ce n'est pas mauvais du tout. Je précise que la photo ci-dessous est avec Van Morrison, car trouver une photo du groupe datant de la période de In Reality est impossible, sur le Net. Pour tout le monde, les Them, c'est avec Van The Man, après tout.

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Ce disque court et sorti sous une pochette vraiment atroce prouve que, non, les Them ne se sont pas arrêtés avec le départ de leur charismatique, impétueux, roux et talentueux chanteur. Si rien, ici, dans les 7 titres qui suivent les deux nouvelles versions, n'est du niveau de, justement, ces nouvelles versions, on trouvera tout de même du bon rock, assez teigneux parfois, assez mélodiques dans d'autres (Rayn, Can You Believe, Let My Song Through). Tout n'est pas génial (Lessons Of The Sea, Laugh), mais rien n'est mauvais, et la production est ma foi très bonne. Le CD, datant de 2013, propose de plus une version remastérisée de l'album, ce qui est assez luxueux quand on sait à quel point l'album est sorti sans artifices, sur un petit label, et réédité sur un autre label, sans vraie autorisation (il est indiqué textuellement que les ayant-droit des copyrights n'étant pas connus, le label d'origine ayant cessé son existence depuis belle lurette, l'album a été édité dans l'espoir que les ayant-droit se fasse connaître). Musicalement pas grandiose mais totalement acceptable, ce petit album de rock, dernier baroud d'honneur d'un groupe quasiment mort et qui, pour à peu près tout le monde, l'était en fait depuis un certain temps (dans le genre souffler contre le vent, les Them se sont posés là, ayant persévéré dans l'indifférence générale, espérant, mais ça n'arriva hélas jamais, que le déclic se fasse) est un disque très agréable, secondaire certes, très très méconnu et risquant de le rester encore un peu quand on sait à quel point il est difficile de se le procurer en vinyle (le CD est facile à trouver, mais vendu à 13/15 €, il faut vouloir dépenser une telle somme). Je ne dirai pas qu'il mérite amplement que tout le monde le découvre, In Reality ne méritant pas de figurer dans un classement du genre meilleurs albums de tous les temps, mais, franchement, c'est pas mal du tout. La nouvelle version de Gloria, en tout cas, dépote à fond, 6 minutes totalement renversantes !

FACE A

Gloria

Baby Please Don't Go

Laugh

Let My Song Through

FACE B

California Man

Lessons Of The Sea

Rayn

Back In The Country

Can You Believe