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On est bien d'accord, le début des années 90, c'est la pleine époque du grunge. En fait, à partir de 1991. Cette année-là, le public ne me connaissait pas, mais quelle année, cette année-là. Dans la région de Seattle déboule un groupe (qui existait déjà depuis deux-trois ans, mais c'est en 1991 qu'il 'explose' à la face du grand public inconscient) du nom de Nirvana. Avec un fameux album dont la pochette représente un bébé déjà avide de pognon. Nevermind, traumatisme pour une génération de fans de rock (soit-dit en passant, tout en aimant l'album, je n'en ai jamais été dingue, même si je le suis de deux-trois de ses chansons : Lithium, Come As You Are et évidemment, Smells Like Teen Spirit). En cette même année, Ten de Pearl Jam (que j'aime déjà bien mieux : Black, Alive Once, Jeremy, Release, que des grandes chansons) va aussi casser la baraque. D'autres albums sont sortis en 1991 et durant les années suivantes (Screaming Trees, Alice In Chains, Soundgarden), et parmi les groupes de grunge, il y en à un qui, aujourd'hui, me semble un peu oublié, et qui a sorti, en 1991, un album totalement ravageur et ravagé : Mudhoney, avec leur Every Good Boy Deserves Fudge dont le titre est un moyen mnémotechnique de se souvenir d'une suite d'accord en EGBDF. Mudhoney est un groupe dde grunge, un vrai, un solide, un bruyant, un rebelle (contrairement à Nirvana qui a signé sur une major, en l'occurrence Geffen, eux sont restés sur un petit label, Sub Pop. Ce qui ne les empêchera pas de signer par la suite sur Reprise Records, mais ils auront résisté plus longtemps que d'autres tout de même.

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Le groupe est constitué du chanteur Mark Arm (aussi à la guitare rythmique et l'orgue), du guitariste Steve Turner (aussi un peu au chant), du bassiste Matt Lukin (aussi un peu au chant) et du batteur Dan Peters. L'album, qui aligne 14 titres pour un total de 42 minutes (bravo !), est produit par Conrad Uno et a été enregistré sur du matos 8-pistes au studio Egg. Que j'imagine être à Seattle, Etat de Washington, vu que c'est là qu'est domicilié le groupe. L'album est sorti sous une assez criarde pochette orangée dessinée, des dessins enfantins certes, mais très certainement pas faits par des chiards quand même vu le côté un peu sombre et cynique de l'ensemble (des femmes souriantes en train de se noyer, quelques unes sont nues, etc...). L'album fera quelque peu sourciller les professionnels à l'époque, plusieurs maisons de disques importantes, ou majors comme le terme que j'ai utilisé plus haut, tenteront de se payer Mudhoney, mais ils résisteront le plus possible avant de céder. Et encore, ils n'ont pas signé sur Columbia ou Warner (Reprise en fait partie, ceci dit, en sous-label). En tout cas, si Every Good Boy Deserves Fudge interpellera les gens, ça ne sera pas pour sa légion de hits. Sincèrement, il n'y en à pas. C'est un album remarquable, mais saignant, bruitiste, violent et sans compromis, qui aligne des chansons souvent très courtes (la plus longue dure 1,13 minutes, Generation Genocide, et la plus longue, Broken Hands, en dure 6, mais elle est la plus longue de vraiment beaucoup ; pour l'album, c'est un peu comme Echoes, si vous voulez !). Le chant est hargneux, le son est plutôt sale (bien que bien enregistré, il n'y à pas de fioritures).

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Notez la surprenante référence au Degüello de ZZ Top !

Nevermind sonnait très glacial (le son de la batterie, notamment, est inhumain, à la fois métallique et un peu en manque de profondeur), rapport à la production clinique de Butch Vig. Every Good Boy Deserves Fudge sonne crasseux comme si le groupe avait fait le disque tout seul chez eux. Quand je dis 'crasseux', je veux dire que c'est vraiment du brut de décoffrage, mais c'est totalement écoutable à condition d'avoir une oreille grungesque absolue. Les morceaux se suivent sans trop se ressembler, Let It Slide, Into The Drink, Thorn, Who You Drivin' Now ?, Fuzzgun '91, Check-Out Time, Broken Hands...Oui, j'ai cité la moitié de l'album, so what ? Il est, dans son ensemble, aussi peu commercial que franchement génial. Abrasif, violent, sale, hargneux, bref, rock. Le suivant, Piece Of Cake, sorti l'année suivante alors que le groupe avait signé sur Reprise, sera, malgré l'arrivée sur une major, encore plus abrasif, avec 17 morceaux condensés en trois quarts d'heure bien furax. Un peu comme pour signifier que malgré leur arrivée dans la cour des grands, ils n'allaient pas baisser leur froc pour autant... C'est probablement pour ça que le groupe, qui existe toujours (dernier album en 2013, Vanishing Point) au passage, est revenu sur le label indépendant Sub Pop en 2002, comme quoi, s'il y à bien un groupe de grunge à qui la notoriété et les grands moyens ne conviennent pas, c'est Mudhoney !

FACE A

Generation Genocide

Let It Slide

Good Enough

Something So Clear

Thorn

Into The Drink

Broken Hands

FACE B

Who You Drivin' Now ?

Move Out

Shoot The Moon

Fuzzgun '91

Pokin' Around

Don't Fade IV

Check-Out Time