K1

Tout, dans ce groupe, et dans ce premier album, confine au mystère. Sorti en 1976 sur le label Daffodil (un label de la même nationalité que le groupe, c'est à dire, canadien) et, aux USA, sur Capitol Records, cet album est le premier de Klaatu, un groupe canadien (donc) de rock progressif. Il s'appellera, à sa sortie aux USA, du même nom que le groupe, un simple Klaatu, mais son titre originel est plus compliqué : 3:47 EST. Les fans de science-fiction savent bien qu'il existe un film (un vrai classique du genre), sorti en 1951, un film de Robert Wise intitulé Le Jour Où La Terre S'Arrêta, qui parle d'un extra-terrestre pacifique arrivant sur Terre afin d'aider ses habitants à s'en sortir. L'extra-terrestre du film, joué par Michael Rennie, s'appelle Klaatu. Voilà pour le nom du groupe. Quant au titre de l'album, il faut avoir vu le film et l'avoir suivi attentivement pour le piger : la soucoupe volante de Klaatu se pose à washington à 3h47 de l'après-midi. Autant de références qui, pour Capitol, sembleront totalement compliquées et il changeront le titre de l'album. Peu importe son titre, la pochette reste la même, belle et étrange, ce gigantesque soleil souriant paisiblement, ces champignons, ces rongeurs et papillons... Ambiance rock progressif à donf. Ca tombe bien, Klaatu est un disque de rock progressif. Un des rares groupes de rock progressif à ne pas être britanniques (enfin, un des rares, j'exagère...mais disons que ce courant musical est quand même essentiellement anglo-anglais). 

K2

Si je parle de ce groupe aujourd'hui assez oublié, ayant sorti quand même cinq albums entre 1976 et 1981, c'est parce que la sortie de ce premier opus de Klaatu (un groupe fondé en 1973 par John Woloschuck - chant, claviers, guitare basse - , Dee Long - chant, guitare un peu de claviers - et Terry Draper - batterie, percussions), c'est en grande partie à cauqe d'une rumeur totalement dingue qui s'est rapidement formée, à grands coups d'articles interrogatifs (le fait aussi que j'ai appris l'existence de cet album via le bouquin de Manoeuvre que j'ai déjà cité plein de fois récemment compte aussi). Comme aucune mention du nom des musiciens n'apparaissait sur la pochette de l'album (une constante sur leurs trois premiers albums), ainsi qu'aucune photo d'eux, et comme le son de l'album était très Beatle-esque, on a commencé, je ne sais pas vraiment comment, à dire que Klaatu n'était, en fait, qu'une réunion secrète des Beatles, qui avaient refait un disque ensemble mais l'avaient sorti sous un faux nom afin de créer le buzz...ou au contraire, de ne pas se faire harceler par une presse rock qui aurait été en rut d'apprendre le retour des Fabs. Après tout, en 1974, Ringo se représentait bien en Klaatu sur la pochette de son Goodnight Vienna, non ? Et puis, ces voix, on dirait du Lennon, du McCartney...Sans oublier aussi que le disque est sorti sur Capitol, label qui a publié les albums des Beatles aux USA (ainsi qu'un des albums les plus récents - 1975 - de Macca et ses Wings, Venus And Mars). Cette rumeur insistante a beaucoup fait pour l'album, qui s'est assez bien vendu.

K3

Putain, ils ont changé, les Beatles...

Sans cette rumeur de dingue (et totalement infondée, Klaatu n'étant évidemment pas une réunion secrète des Beatles, mais un vrai groupe canadien, qui ne saurait cependant nier ses influences), 3:47 EST ne se serait probablement pas aussi bien vendu, et compte tenu que c'est un très très bon album, ça aurait été sacrément dommage. L'album, bien dans l'esprit de son temps, est une petite merveille de rock progressif, assez space-rock et psyché parfois, et la majeure partie des morceaux (Sub-Rosa Subway, Little Neutrino qui dépasse les 8 minutes, Calling Occupants Of Interplanetary Craft qui en dure 7, California Jam, et ce morceau au titre rigolo, Anus Of Uranus) sont d'une qualité vraiment remarquable. Et il est vrai que vocalement, Woloschuck et Long possèdent des côtés un peu beatlesiens, mais ce ne sont pas les seuls (Adrian Belew, un vrai imitateur de ce point de vue-là, a réussi une excellente imitation du timbre lennonien sur Dinosaur, au sein de King Crimson, mais là, aucune rumeur ne fut lancée : le morceau date en effet de 1995 !), et puis je pense que c'est surtout la rumeur, totalement loufoque mais très belle au final (oui, c'est une belle histoire, qui aurait pu être encore plus belle si seulement ça avait été vraiment les Beatles), qui a influencé les gens. Klaatu sonne un peu comme les Beatles de leur grande époque psychédélique (1967), mais c'est surtout du rock progressif influencé par Genesis, Yes et ELP, avec des accents très théâtraux, moult synthés, mellotrons et paroles influencées par la SF (le nom du groupe et de l'album en sont une preuve), mais certains titres (True Life Hero, Doctor Marvello), vocalement, ne sonnent absolument pas beatlesiens, et rien que ça aurait du faire taire la rumeur à l'époque. Et puis, vous imaginez les Beatles se reformant en secret, sous un faux nom, pour faire du rock progressif ? Bref, ce premier Klaatu est un très très bon album à écouter, mais qui reste aujourd'hui surtout connu pour cette rumeur infondée. Le fait que jusqu'au quatrième album, le groupe (qui ne fera donc apparemment pas de concerts, sinon ça se serait effondré à la première seconde du groupe sur scène) ne se montrera pas en photo ni ne mettra le nom de ses musiciens sur les pochettes ne fera rien pour faire taire les rumeurs !

FACE A

Calling Occupants Of Interplanetary Craft

California Jam

Anus Of Uranus

Sub-Rosa Subway

FACE B

True Life Hero

Doctor Marvello

Sir Bodsworth Rugglesby III

Little Neutrino