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Il fallait bien que ça arrive un jour : les Kinks se sont intéressés au cinéma. Plus précisément, on leur a proposé de faire la bande originale d'un film, réalisé en 1971 par Ralph Thomas et interprété par Hywel Bennett, Britt Ekland, Denholm Elliott et Elke Sommer : Percy. Une comédie adaptée d'un roman portant le même nom, un film loufoque et osé, un vrai bide au box-office, mais aussi et surtout un vrai navet, sur un homme très simple et timide qui, après un accident complètement abracadabrantesque (un homme nu, tombant d'un gratte-ciel avec un chandelier, lui sectionne, en lui tombant dessus, la bite), se voit cobaye pour une première médicale : une transplantation de pénis. Son nouveau sexe, il va le surnommer Percy. Le donneur, décédé, était un vrai séducteur, et Edwin (le nom du héros) va suivre ses traces, presque malgré lui... Comme on le voit, l'idée est totalement dingue, surtout pour la prude Angleterre, et surtout pour 1971 (année d'Orange Mécanique, tout de même). J'ai limite envie de dire que c'était tellement dingue et osé que  le film ne risquait vraiment pas de marcher, un peu comme Myra Breckinridge. L'album de la bande originale, Percy, est sorti parallèlement, et ne sera jamais publié aux USA. En revanche, il est probablement l'album des Kinks ayant été le plus vendu en import aux USA, compte tenu que là-bas, c'était la seule manière de se le procurer. Un disque court (33 minutes, mais tout de même avec 13 titres) et en partie instrumental, avec en plus une chanson interprétée ni par Ray Davies, ni même pas son frangin Dave, mais par John Dalton, le bassiste, cas unique dans l'histoire des Kinks. La pochette est, on le voit, d'un goût douteux (les couleurs).

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Je n'hésite pas une seconde à classer cette bande originale non pas dans la catégorie des musiques de film, mais dans celle des ratages musicaux. Je ne connais pas trop les tout premiers albums des Kinks (ce n'est qu'à partir de Face To Face que je connais bien le groupe), mais je ne pense pas me tromper en disant que Percy est le premier mauvais album du groupe. Les Kinks se ressaisiront en beauté pour l'album suivant, Muswell Hillbillies (qui sera leur premier album sur leur nouvelle maison de disques, RCA ; ce qui explique que Percy soit le dernier Kinks a être, en CD, édité sur Sanctuary Midline, les suivants seront, eux, édités sur Koch Records), assurément un de leurs meilleurs, et ensuite, progressivement, durant une décennie 70 maudite (pour eux), s'enfonceront dans de la merde musicale (seul album à vraiment, totalement sauver, le sublime Sleepwalker, 1977, comme je l'ai déjà dit récemment, ayant abordé quasiment tous les albums que le groupe a sorti dans les 70's). Bien que renfermant deux-trois bons trucs (God's Children, Willesden Green chanté par Dalton), Percy est dans l'ensemble un disque très très mineur dans la discrogaphie kinksienne, l'écoute d'un morceau tel que cette version instrumentale et big band de Lola (leur tube sorti en 1970) a de quoi interloquer. Heureusement vendu (en CD) à un prix des plus compétitifs (moins de 7 € la plupart du temps, en état neuf je le précise), Percy ne tient pas vraiment le nombre d'écoutes, contrairement aux trois précédents albums du groupe, et au suivant. Si vous voulez vous procurer cet album, c'est pour deux raisons : vous adorez ce groupe et tenez à tout avoir d'eux ; ou alors, vous êtes curieux de nature. Quelle que soit la raison (en voici une troisième : vous aimez les albums de bandes originales de films faits par des groupes ou artistes rock, tels que Flash Gordon par Queen ou More par Pink Floyd), vous serez probablement déçu du résultat de cette petite demi-heure à l'image du film qu'elle illustre : un nanar filmique et un nanar musical. Pas le pire du groupe (attendez 1975 et Soap Opera), mais vraiment pas honorable.

FACE A

God's Children

Lola

The Way Love Used To Be

Completely

Running Round Town

Moments

FACE B

Animals In The Zoo

Just Friends

Whip Lady

Dreams

Helga

Willesden Green

God's Children - End