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On va encore une fois parler de Fleetwood Mac, mais pas du même. Enfin, si, le même groupe, mais pas la même formation, et clairement pas le même style musical. Si le Mac, à partir du milieu des années 70 (avec Bob Welch, puis surtout Lindsey Buckingham et Stevie Nicks), s'est totalement orienté dans la pop-rock (avec moult tubes à la clé, et des albums best-sellers du genre Rumours et Tango In The Night), la première mouture, typiquement britannique, de Fleetwood Mac, fondée en 1967, était du blues-rock pur et dur. Reprises d'Elmore James (et autres) ou morceaux originaux, mais du blues; baby, du bluuuuuueees. Des musiciens fabuleux : les guitaristes Peter Green et Jeremy Spencer, le bassiste John McVie, le batteur Mick Fleetwood (le nom du groupe vient d'eux deux : Fleetwood Mac(Vie) , au passage). Deux albums remarqués (Peter Green's Fleetwood Mac et le moins percutant Mr Wonderful, sur la pochette duquel le batteur Mick Fleetwood apparaît déjà, quasi nu, regard ahuri), surtout le premier, mais Mr Wonderful est quand même excellent. Des performances scéniques apparement inoubliables, avec Jeemy Spencer imitant parfois Elvis, Fleetwood arborant un gode géant sur sa batterie, s'agitant à chaque coup de sang... Et des chansons tuantes. En 1969, juste avant leur immense troisième album Then Play On (qui marque l'arrivée dans le groupe du guitariste/chanteur Danny Kirwan, qui y remplace un Jeremy Spencer alors assez étrange, s'isolant volontairement du reste du groupe), le groupe sort une compilation, English Rose (avec Fleetwood en travelo sur la pochette...) pour le marché américain.

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Et parallèlement, pour le marché britannique et donc, européen, une autre compilation, celle-ci, The Pious Bird Of Good Omen (le titre vient du long poème en prose Rime Of The Ancient Mariner de Samuel Coleridge). Sa pochette montre une nonne apparemment enceinte (?!?), tenant dans ses mains un albatros assez imposant. Décalé ? Ben, c'est Fleetwood Mac ! Quand on pense à la malchance de ce groupe, à l'époque... Peter Green, un des plus fantasbuleux guitaristes de blues, quittera le groupe après Then Play On, pour rejoindre une secte, il est devenu complètement cinglé, mettra des années à retrouver une fragile santé mentale (ce qui ne l'empêchera pas de sortir quelques très incroyables albums comme The End Of The Game). Danny Kirwan, qui a quitté le groupe en 1972 après Bare Trees, est lui aussi devenu cinglé, il a un temps vécu dans la rue, aussi, et à l'heure actuelle, personne ne sait au juste ce qu'il est devenu, si ce n'est qu'il a complètement renoncé à toute vie musicale, et probablement même sociale. Enfin, Jeremy Spencer a quitté le groupe en 1970 après Kiln House, pour rejoindre la secte des Enfants De Dieu, secte très très mais alors très douteuse (les femmes y sont conviées à la prostitution afin d'aider l'ascension de leurs époux) dont il fait toujours partie. Il joue toujours, mais son engagement dans cette secte nuit énormément à sa carrière. Oui, le groupe a joué de malchance. Avec cette compilation aussi, car la version CD la plus facilement trouvable de The Pious Bird Of Good Omen ne ressemble que peu (mis à part son artwork) à la version vinyle d'époque. On y trouve autant de morceaux (12), mais certains titres ont été retirés (Comin' Home, The Big Boat, Looking For Somebody, Just The Blues, Stop Messin' Round) et remplacés par quatre versions différentes (des prises ou assemblages de prises) de Need Your Love So Bad qui, toutes réunies, totalisent la moitié (soit une demi-heure) du CD 2004. 

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En haut : McVie, Kirwan, Green

En bas : Spencer, Fleetwood

La raison invoquée dans le livret dépliant du CD est que ces morceaux retirés se trouvent sur diverses rééditions et coffrets. Les morceaux rajoutés sur le CD, bonus-tracks qui, au final, dans cette réédition, totalisent plus de minutage que les quelques morceaux qui se trouvaient sur la compilation d'époque (Albatross, Black Magic Woman, Jigsaw Puzzle Blues, Need Your Love So Bad déjà, mais qui y était à l'époque dans une version plus courte, Rambling Pony...), sont certes excellents, géniaux même (et la qualité audio est exceptionnelle), mais il n'empêche que c'est un réassortiment bâtard que cette version CD de The Pious Bird Of Good Omen. Si vous écoutez la compilation sur ses deux formats, vous n'avez pas l'impression d'écouter la même. Les morceaux n'en demeurent pas moins exceptionnels (Albatross est un des plus magnifiques instrumentaux jamais enregistrés, Black Magic Woman, que Santana reprendra par la suite et popularisera totalement, est déjà, dans cette version originale, le morceau ayant été composé par Green, parfait), mais écouter 30 minutes successives de prises différentes mais au final quand même similaires du même morceau (un très très grand morceau, cependant), ça peut user. Préférer le vinyle, donc, ou la réédition CD 2002 qui propose deux bonus-tracks au tracklisting original de 1969. Deux bonus-tracks qui, d'ailleurs, ici, manquent à l'appel, ce qui est une aberration. Bref, compilation grandiose, mais traitement inégal, en CD !

FACE A

Need Your Love So Bad

Comin' Home

Rambling Pony

The Big Boat

I Believe My Time Ain't Long

The Sun Is Shining

FACE B

Albatross

Black Magic Woman

Just The Blues

Jigsaw Puzzle Blues

Looking For Somebody

Stop Messin' Round

Version CD 2004 (Blue Horizon) : 

Need Your Love So Bad (Version N°2 - Remake - complete, Take 4)

Rambling Pony

I Believe My Time Ain't Long

The Sun Is Shining

Albatross

Black Magic Woman

Jigsaw Puzzle Blues

Like Crying

Need Your Love So Bad (Version N°1 - Takes 1, 2 & 3)

Need Your Love So Bad (Version N°2 - Remake - Takes 1 & 2)

Need Your Love So Bad (Version N°2 - Remake - Take 3)

Need Your Love So Bad (USA Version)