FM4

Ce disque, c'est un peu la fin d'une époque. Quatorzième album studio de Fleetwood Mac, Tango In The Night, sous sa sublime pochette signée Brett Livingstone-Strong, un artiste australien s'étant évidemment fortement inspiré du Douanier Rousseau (son tableau, qui appartient au guitariste Lindsey Buckingham, en tout cas qui lui appartenait à l'époque, est un hommage au peintre français), est le dernier album du groupe avec Lindsey Buckingham, justement, jusqu'au live The Dance de 1997 et l'album studio Say You Will de 2003 (qui, à l'heure actuelle, est le dernier album du groupe). Le dernier album studio avec la formation de Rumours et Tusk au grand complet jusqu'au live de 1997 et seulement ce live (sur Say You Will, Christine McVie manquera à l'appel). Sorti en 1987, Tango In The Night (12 titres, 44 minutes, la moitié des titres sortira en single) fait suite au plutôt décevant et frustrant Mirage de 1982, un disque qui ne tenait vraiment pas ses promesses (un vrai mirage, quoi !) et qui, s'il marchera bien, ne cassera cependant pas la baraque, malgré deux-trois tubes comme Gypsy et sa mangifique ligne de claviers. Durant les 5 ans qui ont séparé les deux albums, les différents membres du Mac sont en solo, certains (Buckingham, Nicks) ont même démarré leur carrière solo en 1981. En 1985, Buckingham livre une chanson (le très très bon Time Bomb Town) sur la bande originale de Retour Vers Le Futur. L'album, qui sortira en avril 1987 (je reparle de Tango In The Night là, hein) a mis 18 mois à se faire, entre fin 1985 et début 1987, vu que les différents membres étaient occupés un peu partout, sauf le bassiste John McVie, qui s'était, pendant la période 1982/1985, quelque peu retiré de la musique pour faire de la voile. 

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Sur les 18 mois du sporadique enregistrement, Stevie Nicks (chant) ne passera que deux ou trois semaines en studio (elle était en pleine promotion de son album solo Rock A Little) et elle ne livre, ici, que trois chansons. Enfin, deux et demi : les deux très correctes chansons Welcome To The Room...Sara et When I See You Again sont signées d'elle, mais le plus réussi Seven Wonders est co-écit par Nicks et son amie Sandy Stewart. On entend sa voix dans les choeurs de quasiment tous les autres titres, cependant, mais il est vrai que sa participation à l'album est minimale par rapport aux précédents. Elle finira par quitter (provisoirement : elle revient en 1997) le groupe en 1990 après l'album suivant, le très bon Behind The Mask. Les deux forces motrices de Tango In The Night sont assurément Lindsey Buckingham, qui partira cependant juste après l'enregistrement de l'album (il signe ici 7 titres dont 4 tout seul) et la claviériste et chanteuse Christine McVie (3 titres avec Buckingham, 2 titres toute seule). Comme je l'ai dit, Buckingham partira juste après la fin de l'enregistrement, et sera remplacé, pour la tournée, par deux guitaristes/chanteurs qui resteront dans le groupe jusqu'à 1995 : Rick Vito et Billy Burnette (neveu du fameux Johnny). Tango In The Night, à sa sortie, cartonnera, la meilleure vente d'albums du groupe derrière Rumours sorti 10 ans plus tôt, et auquel on ne peut que fortement penser à l'écoute du disque. C'est incontestablement un des sommets de la carrière du groupe, un chef d'oeuvre de pop magnifiquement ouvragée qui fut, comme son glorieux prédécesseur de 1977, enregistré dans des conditions délicates (tensions, crises) et en sort totalement grandi. L'album aligne les merveilles.

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Rien que les six premières chansons, soit toute la face A, sont grandioses : un Big Love génial et irrésistible en intro signé Buckingham, le sublime Seven Wonders de Nicks, le tubissime Everywhere de Christine McVie (une des deux chansons de l'album que le groupe jouera au cours du live The Dance, avec Big Love) avec ses inoubliables choeurs de Nicks et Buckingham, le très vibrant Caroline de Buckingham, et le morceau-titre, de Buckingham aussi, doté d'un solo de guitare final aussi expressif que court, mais parfois, less is more. Mystified, de McVie et Buckingham, achève idéalement, en douceur, la face A. Une face A qui compte selon moi parmi les plus grandioses qui soient avec celle du Band On The Run des Wings, celle du premier New York Dolls, et celle du Rumours de Fleetwood Mac (justement). La B démarre sur une autre chanson de McVie solo, Little Lies, excellente manière de reprendre les hostilités après une conclusion de face A apaisante. Family Man de Buckingham dépote, jouissif. Puis Welcome To The Room...Sara de Nicks et Isn't It Midnight de McVie semblent un peu en-deça du reste, c'est le cas, mais ce sont de très bonnes chansons. When I See You Again de Nicks remonte le niveau, et la conclusion, You And I, Part II, de Buckingham et McVie, est excellente. On notera le titre de cette dernière chanson, qui pourra interpeller. Il existe un You And I, Part I, qui sortira en face B du single Big Love, mais sera inexplicablement rejetée du mixage de l'album, et remplacée par sa suite. Ca fait un peu con d'avoir la précision Part II quand aucune Part I n'apparaît sur l'album (ni sur aucun des précédents, c'est pas comme si le groupe avait, sur un précédent opus, fait une autre chanson du même nom), mais bon, c'est ainsi, et ça ne gâche en rien la qualité, bluffante, quasi totale (les deux chansons les moins réussies sont cependant supérieures à plus de la moitié des chansons de Mirage), de cet ultime album de l'Âge d'Or 1975/1987. Il faudra attendre 10 ans pour que le groupe, sous cette formation, ne se reforme, le temps d'un album live. Et ensuite, ils ne seront plus jamais ensemble sur un même album. Tango In The Night, pour moi, est un des meilleurs, vraiment meilleurs, albums du groupe, un de mes préférés aussi avec Rumours, Tusk et deux albums de la précédente période, Bare Trees et Heroes Are Hard To Find. Absolument essentiel à tout fan de pop-rock de qualité !

FACE A

Big Love

Seven Wonders

Everywhere

Caroline

Tango In The Night

Mystified

FACE B

Little Lies

Family Man

Welcome To The Room...Sara

In't It Midnight

When I See You Again

You And I, Part II