RC1

Robert Calvert était un écrivain et poète britannique, né en Afrique du Sud, qui faisait aussi, accessoirement, de la musique (il chantait). Il est mort en 1988, il n'avait que 43 ans, d'une attaque cardiaque. Il est notoirement connu pour deux choses : avoir fait partie du groupe de space-rock Hawkwind (il a participé aux concerts ayant donné le double live Space Ritual en 1973, puis a intégré le groupe de 1976 à 1979, les transformant par ailleurs, le temps de deux albums en 1978 et 1979 (25 Years On et PXR5), en Hawklords. L'autre chose pour laquelle Calvert était connu, c'est son problème de santé mentale : il était bipolaire, fut même un temps interné d'office, et ses problèmes entraîneront, on s'en doute, moult problèmes avec les autres membres de Hawkwind , tensions, engueulades, crises diverses, etc... En 1974, Robert Calvert se lance en solo (il fera cinq albums en tout, jusqu'en 1986) avec un disque totalement dingue (celui que j'aborde) sur lequel il a fait venir la quasi-totalité de Hawkwind : le bassiste Lemmy Kilmister (futur leader de Motörhead), le batteur Simon King, le saxophoniste Nik Turner, le claviériste (synthés) Del Dettmar, le guitariste Dave Brock (qui ne joue que sur un titre, cependant). On a aussi Paul Rudolph (guitare, basse) qui faisait partie des Pink Fairies ; Twink Adler (tambour funéraire sur un titre), qui a fait partie des Pretty Things, Pink Fairies, et du groupe mort-né de Syd Barrett, Stars (en 1974, justement) ; Arthur Brown (chant sur deux titres), et un certain Brian Peter George St John Le Baptiste De La Salle aux synthétiseurs, lequel n'est autre que Brian Eno. 

RC2

L'album, Captain Lockheed And The Starfighters, est un concept album totalement dingue de 17 titres (il ne dure cependant que 42 minutes à tout péter !), qui alterne entre chansons et passages narratifs (un livret agrafé dans l'intérieur de pochette propose les textes de tous les morceaux, même les passages narratifs). Les voix des passages narratifs sont de Robert Calvert, Vivian Stanshall (membre du groupe de comedy-rock Bonzo Dog Doo-Dah Band), Jim Capaldi (qui fut membre de Traffic), Tom Mittledorf et Richard Elen. Calvert chante aussi sur certains titres musicaux. L'album est produit par Roy Thomas Baker (Queen, The Cars) et a été enregistré à Londres, les passages narratifs l'ont été dans un studio de Radio Luxembourg. Tout l'album, qui ne marchera pas fort à sa sortie et est vraiment très étrange, raconte une histoire inspirée par un authentique fait d'histoire contemporaine : le ministre de l'Air de l'Allemagne de l'Ouest (RFA, donc), Franz Josef Strauss, acheta pour son pays, en 1961, 900 F-104G Starfighters (des avions de chasse de la marque Lockheed), malgré leur très mauvaise réputation. De fait, sur les 900 avions achetés, plus de 200 eurent des accidents durant leur service. Cet avion était surnommé (c'est d'ailleurs le titre d'un des morceaux) le Faiseur de Veuves, The Widow Maker. Cette série d'accidents et d'incidents (sur une vingtaine d'années) causera un grand scandale, dès les premières années. De là à en faire un album, c'était quand même loin d'être gagné, mais Robert Calvert ne semblait pas de cet avis. Sur scène, pendant les concerts de promotion, il se déguisera en aviateur, voir photo ci-dessous. Par la suite, au sein d'Hawkwind, Ejection, un des meilleurs morceaux de l'album, sera régulièrement joué. Plusieurs morceaux, en fait : The Right Stuff, Ejection, les deux parties (chantées par Arthur Brown sur l'album) de The Song Of The Gremlin et The Widow Maker.

RC3

Captain Lockheed And The Starfighters, sous sa belle pochette (recto comme verso, les avions sont en relief, gaufrés, et le lettrage gothique est en argenté et laqué), est un projet totalement dingue. Je l'ai découvert, comme plusieurs autres albums abordés ici récemment (le Terje Rypdal, le Buddy Miles, le live Maximum Darkness de Man...), via le bouquin de Manoeuvre, mais en grand fan d'Hawkwind que je suis, j'en avais déjà entendu parler (ainsi que de l'album suivant de Calvert, un autre concept album sur, celui-là, une hypothétique invasion Viking sur le continent américain et ses tout aussi hypothétiques conséquences, Lucky Leif And The Longships, de 1975), et tôt ou tard, je l'aurais découvert, avec ou sans le bouquin. Mais le bouqun fut le catalyseur, qui m'a vraiment donné envie de me jeter dessus. Le résultat ? Des chansons efficaces (Ejection, The Right Stuff) au milieu d'un fatras narratif amusant mais qui pourra sembler un peu fatigant à certains (si vous ne pigez pas du tout l'anglais, une grande partie, voire tout, du concept vous passera par-dessus, et dans ce cas, difficile d'accrocher au délire de Calvert), et qui laisse un peu trop souvent la place à un délire satirique. En gros, cet album, c'est du rock comique, du comedy-rock, un opéra-rock délirant et totalement abacdabrantesque, tellement dingue qu'il en devient touchant, on se demande vraiment ce qui a pu pousser Calvert a faire pareille chose, le bide commercial était, hélas, quasi assuré. Mais au final, malgré des passages parfois lourds, Captain Lockheed And The Starfighters est très intéressant et vraiment bon. Et on se rend vraiment compte, en l'écoutant, que la basse de Lemmy était une des meilleures au monde.

FACE A

Franz Josef Strauss, Defense Minister, Reviews The Luftwaffe In 1958. Finding It Somewhat Lacking In Image Potential

The Aerospaceage Inferno

Aircraft Salesman (A Door In The Foot)

The Widow Maker

Two Test Pilots Discuss The Starfighter's Performance

The Right Stuff

Board Meeting (Seen Through A Contract Lens)

The Song Of The Gremlin (Part 1) 

FACE B

Ground Crew (Last Minute Reassembly Before Take Off)

Hero With A Wing

Ground Control To Pilot

Ejection

Interview

I Resign

The Song Of The Gremlin (Part 2)

Bier Garten

Catch A Falling Starfighter