JD1

Mais qui est ce James Luther Dickinson qui, sur la pochette de son album, son premier album solo (celui-ci, donc), pose fièrement, debout sur un socle de statue gravé à son nom, bien fringué mais pieds nus, lunettes noires et canne droite en pogne, dans un glorieux noir & blanc ? Cette photo de pochette sent bon son fin de race. James Luther Dickinson est plus connu sous son diminutif de Jim. Jim Dickinson, pianiste au style éminemment boogie/country/blues, qui a produit (dans la douleur) le troisième opus de Big Star, ainsi que le Like Flies On Sherbert de son leader Alex Chilton. Jim Dickinson, que l'on retrouve aux claviers sur certains albums des Rolling Stones (Sticky Fingers, Exile On Main St.). Un personnage qui, comme Gram Parsons, respire à fond les USA d'en-dessous de la Mason-Dixon line (ligne de séparation entre les Etats du Nord et les Etats du Sud des USA, du nom des deux explorateurs l'ayant, virtuellement, tracée). Pas la peine de dire que cet album, qui s'appelle Dixie Fried, a été enregistré dans le Sud : Floride (studios Criteria de Miami), Tennessee (Ardent Studios de Memphis et Sun Studios dans la même ville). Les 37 minutes de ce disque méconnu, rare mais ayant tout de même été réédité en vinyle chez Bear Family Productions sonnent totalement southern. On s'en doute, mais je le dis quand même : Dr John (encore crédité sous son ronflant nom de scène Dr John, The Night Tripper), fameux artiste soul/blues/vaudou de la Nouvelle-Orléans, alias de son vrai nom Malcolm 'Mac' Rebennack, joue sur ce disque de 1972. Il était toujours dans les bons coups, ce mec. 

JD2

J'ai découvert ce disque par le plus grand des hasards, en farfouillant récemment dans un magasin culturel que j'adore (Le Grand Cercle, centre commercial Art De Vivre, Eragny, dans le 95), car super bien achalandé en vinyles réédités (par rapport à la FNAC, qui généralement commence quand même à en avoir pas mal, Le Grand Cercle en propose un peu plus, et les choix sont plus étendus). A la lettre D, rangé grosso merdo entre du Doors et du Dylan (oui, il était pas forcément super bien rangé, mais au moins, il était dans les D), ce disque. Lettrage gothique, pochette classe et un peu gothique aussi dans un sens. Ca m'a interpellé. Direct, j'ai senti que l'album datait des années 70, et en effet. Le nom, James Luther Dickinson (il a sorti le disque sous son vrai patronyme, un peu prétentieux quand on sait qu'il était connu sous son diminutif à l'époque, mais très classe aussi), me disait quelque chose. Mon smartphone en poche, je tape son nom sur le Net. OK, je connais ce mec. J'ai même pas réfléchi, j'ai empoigné le disque vinyle de peur que quelqu'un d'autre ne le prenne, ce qui était du plus improbable car : a) j'étais le seul devant le bac vinyles à ce moment, et b) qui connaît ce disque en 2018 ? A noter que je l'ai acheté un peu moins de 20 € ; sur Amazon, il est en ce moment à plus de 40 €, la même réédition sous le même format. Le CD est parfois vendu 35 €, et quant au vinyle d'époque, je n'ose même pas imaginer. Bref, j'ai fait une petite affaire. Enfin, j'imagine. 

JD3

Musicalement, ce disque sur lequel on trouve Dr John mais aussi Terry Manning, et sur lequel Dickinson chante et joue du piano est un régal de blues-rock, de rhythm'n'blues soul au doux parfum de chèvrefeuille et de vent du sud. On écoute ce disque, direct on est face à Tara (si vous ignorez ce qu'est Tara, c'est la demeure coloniale dans Autant En Emporte Le Vent), à rouler une galette monstrueuse à Scarlett O'Hara avant de lui dire que, frankly my dear, I don't give a damn. Morceaux originaux ou reprises (dont une sensationnelle, immense, glaçante, hors de ce monde et au final totalement indescriptible, du John Brown de Bob Dylan, qui achève la face A sur 6,30 minutes de tuerie que ne n'hésite pas à qualifier de sommet de l'entier album), les 9 titres de Dixie Fried sont géniaux, Casey Jones (On The Road Again), The Judgement, Louise, Wine ou cet O How She Dances quasi tribal. Disque méconnu mais sans doute important, ce premier opus de Jim Dickinson (pardon ! de James Luther Dickinson) n'a sûrement pas dû se vendre à des tonnes d'exemplaires à sa sortie, c'est un album totalement oublié (non, il ne fait pas partie des 111 albums oubliés abordés par Manoeuvre dans son bouquin, albums que j'aborde, pour certains, depuis quelques semaines, mais il aurait cependant très bien pu en faire partie, je suis même étonné que ça ne soit pas le cas) et qu'il faut à tout prix découvrir. Rien que pour John Brown, mamma mia, ce titre, ce titre... Mais tout est excellent ici, de la pochette aux morceaux en passant par la production.

FACE A

Wine

The Strength Of Love

Louise

John Brown

FACE B

Dixie Fried

The Judgement

O How She Dances

Wild Bill Jones

Casey Jones (On The Road Again)