G1

Tu veux un camembert ? Tiens, un camembert...Tu veux un camembert ? Un camembert... Ne cherchez pas, vous êtes en train d'écouter un des plus bizarres albums de rock français. Un groupe français mené par un Australien du nom de Daevid Allen (Christopher David Allen de son vrai nom, décédé en 2015 à l'âge de 77 ans), ancien membre de Soft Machine (il en a été membre fondateur avec Robert Wyatt, Mike Ratledge et Kevin Ayers, mais n'a participé à aucun album du groupe : alors que le groupe jouait en France, Allen s'est vu interdire l'accès à l'Angleterre (le groupe y retournait pour, justement, faire l'album) pour des raisons de visa ! Resté en France, Allen fonde, alors, son propre groupe, Gong. Leur premier album date de 1969, Magick Brother, mais c'est à partir du deuxième album que le groupe va devenir culte. Ce deuxième album a été enregistré en 1971, au Château d'Hérouville, dans le Val d'Oise (non loin de là où j'habite, d'ailleurs, mais c'est un détail sans intérêt), en même temps que le deuxième et dernier album (et son seul sous ce nom, car l'autre, c'était sous le nom de Melmoth) de Dashiell Hedayat, Obsolète (sur lequel jouent les musiciens de Gong). Au passage, il est indiqué au dos que l'album a été enregistré en Normandie, mais Hérouville se trouve en Île-de-France. La mention 'Normandie' est probablement là en allusion au titre de l'album. L'album de Gong est sorti sous une pochette noire illustrée d'un dessin rond en noir & blanc, bien barré, et s'appelle Camembert Electrique. Ca tombe bien, car le dessin symbolise une boîte de camembert. 

G2

Au dos, le groupe posant au Château, bande de hippies allumés sans doute défoncés du matin au soir et du soir au matin, sans parler de l'après-midi. A l'intérieur, 39 minutes (et 11 titres dont trois sont des regroupements de plusieurs titres, en fait) totalement dingues. En tout, en réalité, 15 titres. Le groupe, qui vit en communauté, est constitué de Daevid Allen (alias Bert Camembert) au chant et à la guitare, de Gilli Smyth (Shakti Yoni) aux voix et murmures de l'espace (dixit la pochette), de Didier Malherbe (Bloomdido Bad De Grasse) au saxophone et flûte, Pip Pyle à la batterie et Christian Tritsch (Submarine Captain)à la basse. Sur le neuvième titre, And You Tried So Hard, il joue de la guitare, et Allen de la basse. Eddy Louiss joue de l'orgue Hammond et du piano sur un titre, Konstantin Simonovitch du piano sur un autre, tous deux en invités. Musicalement, l'album est un délire qui se prolonge même sur les run-out grooves des deux faces (les sillons lisses qui achèvent chaque face, juste avant le label, et sur lequel aucune musique n'est, généralement, gravée) et qui, à la première écoute, semble totalement hermétique. De toute façon, un album avec un titre pareil, par une aussi belle bande de cinglés, ça ne peut pas être aussi accessible que du Ringo Starr. Rien que les titres, Squeezing Sponges Over Policemen's Heads (10 secondes !), I've Bin Stone Before, Fohat Digs Holes In Space, ça en dit long.

G3

Après quelques écoutes, ce calendos énergétique semblera moins abscons, mais tout de même, au même titre que les albums de Zappa, Moving Gelatine Plates, Soft Machine (auquel on pense énormément ici, normal, vu que Daevid Allen en a été membre fondateur) ou Red Noise, ce disque de Gong semble trop barré pour n'être autre chose qu'un délire de musiciens camés à l'humour taré. Tout ça serait bien vain, donc, sans l'humour, donc, du groupe (Dynamite, Wet Cheese Delirium) et surtout, sans l'incroyable virtuosité des musiciens : Allen est un guitariste remarquable, les saxophones et flûtes de Malherbe sont parfait(e)s, la batterie de Pip Pyle assure... La production est également remarquable, ce disque est super bien enregistré et semble surtout très cohérent, les morceaux, courts (parfois très courts : quatre d'entre eux ne durent pas 30 secondes) ou longs (les deux plus longs font 6 et 7 minutes), se percutent bien et semblent couler de source, le délire musical du groupe est certes extrême, mais bien construit. Un peu comme le Sarcelles-Lochères de Red Noise (même année), qui offre quelque chose comme 10 titres sur sa face A et seulement 2 (dont un de 19 minutes et un de 20 secondes...) sur la B, on sent que les morceaux ont un sens, pris ensemble, dans cet ordre, ce n'est pas juste un délire enregistré sous influence. Musicalement bizarre, dur d'accès (mais une fois qu'on y est, ce camembert est savoureux), Camembert Electrique, disque culte s'il en est, considéré comme un des meilleurs albums de rock français tous genres confondus, est un essentiel pour toutes les oreilles curieuses, les fans de free-jazz et de rock progressif et expérimental. D'autres albums de Gong valent le coup aussi : You, Angel's Egg... A noter que le groupe existe toujours, dernier album en date en 2014, et que sa discographie est imposante, surtout que le groupe a enregistré sous divers intitulés (Gong, Planet Gong, Pierre Moerlen's Gong, Mother Gong, New York Gong...). Un bordel...

FACE A

Radio Gnome

You Can't Kill Me

I've Bin Stone Before/Mister Long Shanks/O Mother

I Am Your Fantasy

Dynamite/I Am Your Animal

Wet Cheese Delirium

FACE B

Squeezing Sponges OverPolicemen's Heads

Fohat Digs Holes In Space

And You Tried So Hard

Tropical Fish/Selene

Gnome The Second