K4

Sincèrement, j'imagine qu'à l'époque de la sortie de cet album, les gens, la presse, bref, le monde, n'en pouvait plus, des Kinks. Ca faisait depuis Everybody's In Show-Biz, leur double album (à la fois live et studio) de 1972, que le groupe de Ray et Dave Davies nous sortait, régulièrement, de la merde. Conceptuelle, en plus. Preservation Act 1 (1973), Preservation Act 2 (un double !! en 1974), Soap Opera (1975), autant de disque tout simplement minables. A la rigueur, je veux bien sauver leur deuxième album de 1975, Schoolboys In Disgrace, c'est pas un grand cru, mais ça reste acceptable. Pas génial (l'album se fera allumer à sa sortie, sa pochette dessinée représentant un jeune con montrant son cul n'y étant probablement pas pour rien), mais nettement meilleur que les trois précédents opus quand même. Le groupe mettra un an et demi avant de refaire un disque. Entre temps, ils changent de maison de disques, passant sur Arista, qui, à la même époque, avait signé Lou Reed. Avant, les Kinks étaient sur Pye, puis sur RCA depuis 1971. Leur premier album sur Arista, enregistré au cours du deuxième semestre 1976 dans leur studio personnel (Konk Studio, à Londres ; le nom du studio, compte tenu de leur nom à eux, témoigne, s'il le fallait, de leur sens de l'humour déglingos), sort en février 1977. L'Angleterre, pays des Kinks (on trouvera difficilement groupe qui sonne plus british que les Kinks, mis à part les Beatles), succombe alors à la vague punk. Que dire donc d'un nouvel album des anciennes gloires de la pop (Lola, You Really Got Me), en cette année de Sex Pistols, Clash, Saints et autres Damned ?

K5

Sleepwalker, sous sa belle pochette photographique montrant Ray Davies, au visage maquillé comme un Pierrot Lunaire, semblant danser (on ne voit, sur fond noir, que son visage et sa main levée au-dessus de sa tête), est ce nouvel album, le 15ème album studio du groupe. Il offre 9 titres pour 40 minutes, est produit par Ray Davies, et est le premier album du groupe, depuis, on va dire, Something Else (1967 !), à ne pas être conceptuel. Tous les autres, tous, sans exceptions, des plus évidents (...Village Green..., Arthur..., Lola...) aux moins évidents (Muswell Hillbillies, Everybody's In Show-Biz), sans oublier tous ceux que j'ai cités plus haut, de 1973 à 1975, étaient des albums-concepts, centrés autour d'une histoire, ou d'un schéma musical bien défini (Muswell Hillbillies est un disque de country, mais aussi un disque autobiographique). Sleepwalker, qui fut très bien accueilli à sa sortie et a très bien marché aux USA (mais en Angleterre, il fut, comme l'ensemble des précédents albums du groupe depuis 1967, dans l'incapacité de se placer dans les charts), n'est pas un album conceptuel, c'est un disque de rock, tout simplement, du rock bien plus pur que la pop psychédélique des débuts et les incartades opéra-rock ou country qui suivront. Sincèrement, Sleepwalker est un grand album des Kinks, un disque tout simplement prodigieux, qui sonne magnifiquement bien, et est même des plus miraculeux après tant de merdes musicales. Le pire : la suite sera elle aussi assez déplorable (Misfits, Low Budget, Word Of Mouth...). 

K6

On est cependant, ici, dans ce que l'on peut appeler le rock FM, du rock calibré, un peu pop mais tout de même nerveux et rythmé, de l'arena rock comme les anglais le disent. Les Kinks semblent virer leur carrière vers le commercial, façon Rolling Stones, Wings ou Fleetwood Mac. Cela sera, dans l'ensemble, assez mal pris de la part des fans de la première heure (ceci dit, en 1977, les fans de la première heure, concernant les Kinks, ne devaient plus être nombreux, vu l'avalanche de merdes que le groupe de Davies leur avait proposés depuis 1972 ; dejà que pas mal d'entre eux n'avaient pas apprécié Muswell Hillbillies, pourtant immense), mais les Kinks, qui ont commencé à faire des stades (mais oui), ont trouvé une nouvelle génération de spectateurs. Pas les mêmes que ceux qui, en 1977, écoutaient les groupes punks, mais on va dire que les auditeurs de Rumours, Aja ou Wings At The Speed Of Sound pouvaient être séduits. L'album aligne les merveilles : Life On The Road, Sleepwalker, Sleepless Night, Stormy Sky, Life Goes On... Comme je l'ai dit plus haut, la production de l'album, signée Davies, est parfaite, l'album sonne à merveille, les guitares carillonnent, Davies chante bien mieux que sur les cinq précédents opus, et le fait que ça ne soit pas un concept-album est en soi un soulagement pour le cerveau, on se contente d'écouter 9 belles chansons (aucune n'est mauvaise, vraiment) sans se préoccuper d'un éventuel fil conducteur plus ou moins compréhensible (s'il y en à parmi vous qui ont tout saisi, de A à Z, du projet Preservation réparti en deux albums - dont un double - en 1973/74, qu'il ne se gêne pas pour l'expliquer dans les commentaires plus bas), même s'il est vrai que le titre de l'album et de sa chanson-titre ('somnambule') et d'une des autres chansons ('nuit sans sommeil') pourrait laisser penser à un concept, mais c'est trompeur. Voilà pour Sleepwalker, donc, un excellent album, un des meilleurs du groupe, leur meilleur depuis 6 ans au moment de sa sortie, un disque étonnant et courageux de la part d'un groupe qui, en 1977, n'était plus rien, totalement ringardisé et même mis à l'index en raison d'albums pourris et contreproductifs. Encore mieux (et pire, aussi, vu que le groupe alignera encore 8 albums après celui-là) : Sleepwalker est l'ultime grand album du groupe. Le dernier album recommandé, essentiel même, des Kinks-qui-furent. Pour se souvenir du groupe de Stop Your Sobbing, Waterloo Sunset, You Really Got Me et Sunny Afternoon...de celui de Lola, Alcohol et Celluloid Heroes aussi. 

FACE A

Life On The Road

Mr. Big Man

Sleepwalker

Brother

FACE B

Juke Box Music

Sleepless Night

Stormy Sky

Full Moon

Life Goes On