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Putain de merde ! Nom de Dieu ! La vache ! Hé, les mecs, lâchez tout ce que vous êtes en train de faire, décoller du papier peint, la cuisine, promener le chien, lire votre courrier, faire le petit pissou matinal, les courses ou une grille de Loto et filez sur le site de vente en ligne le plus proche de chez vous pour vous procurer un exemplaire de ça. Et ça, les mecs, c'est un disque datant de 1972 (il existe aussi en vinyle, mais le prix ne sera pas le même qu'en CD), sorti à l'époque chez RCA, édité en CD en 2010 par un petit éditeur suédois (Flawed Gems), et c'est le premier album (sur les deux qu'ils feront) d'un petit groupe de rock américain (originaire de Syracuse, Etat de New York) du nom de Jukin' Bone : Whiskey Woman. Un groupe qui, à la base, s'appelait Free Will, mais sa maison de disques décidera de leur faire changer de nom (pas glop). L'album en question devait s'appeler Jungle Fever, du nom de la première chanson, mais la maison de disques décidera de le renommer en Whiskey Woman (aussi le titre d'une des chansons), moyennement glop. L'album, enfin, sorti sous une sublime pochette urbaine qui n'est pas vraiment représentative de ce qu'est le groupe (on croirait affaire à un disque de jazz ou de pop, pas de hard-rock), se vendra à peu près aussi bien que le livre des mémoires de Le Pen à la Fête de l'Huma. Sans doute moins bien encore, d'ailleurs. Jukin' Bone est si peu connu qu'il n'y à pas de fiche Wikipedia ne serait-ce que sur eux, pas sur l'album, non, sur le groupe même. Et quand je dis Wikipedia, c'est pas du Wikipedia français, mais du Wikipedia anglais, plus fourni. C'est dire !

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Le groupe est constitué de Joe Whiting (chant), Mark Doyle (guitare lead, piano), George Egosarian (guitare rythmique, slide), John DeMaso (basse) et Tom Glaister (batterie, percussions), il a été produit par Lewis Merenstein et les 9 morceaux ont été enregistrés en live, devant une petite audience (pas en concert, donc, enfin, une sorte de concert privé), un live en studio quoi. Les 37 minutes et 30 secondes de Whiskey Woman sont à écouter, comme le disait fièrement la pochette, à 75% de la puissance maximale de votre ampli. Le genre d'indication qui nous dit directement que ce que l'on va écouter n'est définitivement pas du genre des berceuses. Whiskey Woman de Jukin' Bone, album que j'ai découvert via le bouquin de Philippe Manoeuvre dont j'ai déjà pas mal parlé ici et croyez-moi, c'est pas fini, est, contrairement à d'autres albums découverts dans Collector, un album que je n'aurais probablement jamais découvert autrement. Je ne vois pas comment, vu le côté vraiment oublié, inconnu, du bouzin. Oh, si vous tapez le nom de l'album et du groupe, vous avez des réponses, on peut entendre le disque sur YouTube, il y à des pages Discogs, AllMusic (mais sans chronique dessus !) et Amazon (je l'ai eu à 11 € sur Amazon.fr au passage, mais à l'heure où j'écris ces lignes, il n'y à plus qu'un seul exemplaire, vendu à presque 60 balles), mais c'est pas le même résultat qu'en tapant Physical Graffiti ou Highway To Hell. Pourtant, musicalement, cet album est du très, très, très grand hard-rock d'époque. Un disque zeppelinien, stonien, qui bute ses voisins en slip et vous nettoie les écoutilles par la simple force du son. 

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Aussi bien Whiskey Woman, Candy Man, Can't Judge What You Miss, Let Loose ou Jungle Fever sont des tueries heavy interprétées par un chanteur des plus charismatiques et talentueux et des musiciens qui savent vraiment comment faire cracher des notes sur leurs instruments (il avait été dit, apparemment, dans une critique d'époque - aux USA - que le guitariste sonnait come un dinosaure bouffant des bagnoles ! Imagé à l'extrême, mais c'est vrai que les guitares sont très nerveuses, ici). Whiskey Woman, c'est du Led Zeppelin (à ce titre, The Hunter est ici une reprise d'un vieux standard du blues, que Led Zep avait un peu repris via leur How Many More Times) en plus féroce encore, un truc bourrin et efficace au possible qui prouve que le hard-rock américain à l'époque, c'était pas seulement Blue Öyster Cult (1972 est l'année de sortie de leur mémorable premier album, qui, il faut bien le dire, ne sonne pas aussi furieux que Jukin' Bone). Au final, c'est vraiment extrêmement dommage que cet album n'ait pas obtenu de succès à l'époque, car c'est incontestablement un des sommet du hard-rock à l'ancienne, un disque qui dépote de la première à la dernière seconde, qui ne contient certes aucun tube (aucun single ne sera tiré de l'album, qui ira mourir lentement dans les bacs à solde et tombera rapidement dans l'oubli), mais qui, franchement, ravira tous les fans de ce genre de musique - et de rock bien couillu et velu en général. Sensationnel, et je remercie à la fois ce petit éditeur suédois, Flawed Gems, pour avoir, il y à 8 ans, édité ce disque en CD (il n'existait pas sous ce format auparavant) et Manoeuvre pour avoir parlé du disque dans son bouquin !

FACE A

Jungle Fever

Candy Man

Spirit In The Dark

Can't Judge What You Miss

FACE B

Whskey Woman

Going Down

The Hunter

Got The Need

Let Loose