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En 1970, Ginger Baker, le rouquin et impétueux batteur de la Graham Bond Organization, Cream et Blind Faith, fonde son propre groupe, le Ginger Baker's Air Force. Super-groupe comme l'étaient Cream et Blind Faith, cette formation ne durera que le temps de deux albums, sortis tous deux en 1970, et de quelques concerts, avant de splitter et de sombrer dans l'oubli. Le premier album, je l'ai abordé il y à à peu près un mois, c'était un double album live (enregistré au Royal Albert Hall) proposant 8 titres pour 78 minutes, 5 d'entre eux dépassaient les 10 minutes. Le groupe y était constitué de 11 membres, autour du batteur Baker. On y trouvait deux anciens de Blind Faith (Ric Grech à la basse, Stevie Winwood au chant et basse, claviers aussi), on y trouvait Denny Laine (guitare, chant), un ancien des Moody Blues et bientôt futur membre permanent des Wings de McCartney ; on y trouvait la chanteuse Jeanette Jacobs, le batteur et percussionniste nigérian Remi Kabaka (Baker allait par la suite se poser au Nigéria, et enregistrera notamment avec Fela Kuti), le claviériste, chanteur et saxophoniste Graham Bond, le saxophoniste Chris Wood (de Traffic, groupe dont Winwood a aussi fait partie)... Le premier album, Ginger Baker's Air Force, avec sa pochette à l'envers (le recto est au verso), est un triomphe de jazz-rock à tendance world délurée, ambiances africanisantes à gogo (Aiko Biaye). Il est sorti en mars 1970, sous production de Baker et Jimmy Miller et pochette de Martin Sharp.

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Recto de pochette (il n'y à pas de bordure noire sur le disque)

Le deuxième album, lui, s'appelle Ginger Baker's Air Force 2 (logique). Lui aussi est sorti sous une pochette double avec recto à la place du verso (l'image ci-dessus est le recto, et l'image tout en haut, malgré qu'il y ait le titre, est le verso). Il a été enregistré entre mai et octobre 1970 et sortira en décembre. Contrairement au premier opus, il est simple (et court : 34 minutes dans sa version britannique, car il y à plusieurs versions de l'album, je vais y revenir), et contrairement au premier opus, il est enregistré en studio, pas en concert. Le groupe a aussi été quelque peu remanié : Winwood et Wood sont partis, ils ont retrouvé Traffic. De même que Jeannette Jacobs, Remi Kabaka. Laine est  toujours là, de même que Bond, Graham Bond. Ken Craddock (guitare claviers, chant), Colin Gibson (basse) Aliki Ashman, Catherine James et Diane Stewart (chant) Neemoi Acquaye (batterie, percussion) Rocky Dzidzornu (percussions, congas) sont de l'aventure. Au revoir Jimmy Miller à la production, ici, c'est assuré par Baker, Laine, Bond et Grech. L'album va encore plus loin dans les incursions world et africaines. Comme je l'ai dit, il existe deux versions de l'album : le pressage anglais original (que je possède en vinyle) sorti sur le label ATCO, qui offre 7 titres pour 34 minutes, c'est le premier tracklisting et la version que je vais aborder. Et un pressage sorti en France, Allemagne, Australie et Nouvelle-Zélande, sur le label Polydor, qui contient 8 titres dont 4 ne se trouvent pas sur le pressage anglais (et sur les 4 autres, il y en à un, We Free Kings, qui ne l'est pas dans la même prise). Cette version sorti en France et dans trois autres pays est plus rare que l'autre, qui est déjà pas évidente à trouver en vinyle (et je crois que le CD propose le pressage anglais). Elle dure apparemment dans les 34 minutes aussi. 

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Intérieur de pochette

Je ne sais pas pourquoi ce changement important, sans doute que l'on a estimé que l'album, dans sa version 7 titres (parmi lesquels les 9 minutes de Toady, et le très curieux Do U No Hu Yor Phrenz R ?, tous deux allant très loin), était moins accessible, que les gens allaient se perdre dedans, et dans un sens, je peux le comprendre, mais quand on a sorti, partout dans le monde, les 78 minutes du premier album sans rien y toucher, ça peut sembler étrange de se refuser à sortir tel quel le second (et ultime) album de l'Air Force. Certes, c'est pas super facile d'accès (c'est pas du Captain Beefheart non plus), mais est-ce que le premier opus l'était ? Sincèrement, le Ginger Baker's Air Force 2 est du gâteau à côté du premier opus double. Il est aussi moins réussi, et de pas mal d'ailleurs, mais c'est une autre histoire. En fait, il est frustrant, ce deuxième album, seulement simple (et court, de plus) après le double live inaugural. un peu comme quand Chicago a, avec son cinquième opus, sorti un disque simple après avoir sorti respectivement, et dans cet ordre, trois double albums studio et un quadruple live (bon, là, c'est un cas extrême, aussi). Musicalement, le deuxième opus de l'Air Force est vraiment bien foutu, la reprise du Sweet Wine de Cream est excellente, Toady (plus qu'à moitié inspiré par Toad de Cream) aussi, Let Me Ride (reprise des Staples Singers) est sublime, 12 Gates Of The City est une conclusion efficace et effarante... La production assure, les musiciens aussi, on retrouve le côté joyeusement bordélique (bien qu'ici restreint par le fait que çe ne soit pas un live, et la courte durée des morceaux en général) du premier opus. Certes, c'est quand même vraiment inférieur au premier opus, mais le premier opus était tellement génial, aussi... En fait, c'est juste un disque frustrant en ce qui concerne sa quantité, pas sa qualité, quand on y réfléchit bien. Ginger Baker's Air Force 2 est une curiosité musicale de plus, à ranger à côté de son glorieux aîné, et à (re)découvrir à tout prix si vous avez l'oreille musicale affûtée et, surtout, curieuse !

Version originale britannique : 

FACE A

Let Me Ride

Sweet Wine

Do U No Hu Yor Phrenz R ?

We Free Kings

FACE B

I Don't Want To Go On Without You

Toady

12 Gates Of The City

Version française, allemande, australienne et néo-zélandaise : 

FACE A

We Free Kings

Caribbean Soup

Sunshine Of Your Love

You Wouldn't Believe It

FACE B

You Look LikeYou Could Use A Rest

Sweet Wine

I Dont Want To Go On Without You

Let Me Ride