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Cette pochette me tue. Vraiment. Non mais, regardez-la un peu de près, voulez-vous : ce cadre rouge constellé de lunes, étoiles et cercles bleus, et cette expression totalement lunaire de Leon Russell, vêtu de son habituel haut-de-forme constellé d'étoiles...Comme s'il réfléchissait à ce qu'il allait chanter ou dire et n'était pas vraiment encore sûr de lui... Au dos de cette imposante pochette à triple volets (c'est un triple album), une photo de lui, sans son papeau, comme complètement dépenaillé, dans une pénombre bleutée, micro devant lui, regard un peu allumé et perdu en même temps, façon bête fauve qui ne se laisse pas acculer comme ça sans se défendre. Entre ça et la voix d'Elmer Fudge ayant abusé des clopes du bonhomme, on a le droit de rire. Mais ça serait faire preuve d'une belle idiotie, car Leon Russell, qui nous a quitté en fin d'année 2016, était tout sauf un sujet de rigolarderie. Talentueux à l'extrême, doté d'un caractère apparemment bien trempé, le bonhomme s'est fait mondialement connaître en participant activement à la tournée américaine de Joe Cocker, Mad Dogs & Englishmen, en 1970, une des tournées (ayant donné lieu à un film-concert et un double live, qui est essentiel) les plus pharaoniques, dingues, over the top de l'histoire. Il partageait l'affiche avec le Cocker de Sheffield et arborait déjà son chapeau et sa barbe, et ses longs cheveux. La troupe, constituée de musiciens ahurissants (Don Preston, Jim Gordon, Carl Radle...) et de choristes talentueuses (Claudia Lennear, Rita Coolidge...), s'est séparée dans le chaos, après que Russell ait réussi à convaincre les musiciens de partir avec lui, laissant Cocker carbonisé, seul, sans personne pour lui lécher les plaies. Il (Cocker) mettra des années à se remettre de ça, si tant est qu'il s'en est remis. 

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Verso de pochette vinyle

Russell, lui, entre ses albums, participe en 1971 au concert humanitaire de Shankar et Harrison pour le Bangladesh, livrant une prestation aussi impressionnante que totalement mégalomaniaque, durant 10 minutes absolument tétanisantes, du Jumpin' Jack Flash des Stones, couplé au standard Youngblood. Medley qu'il interprète comme il se doit, le temps de 16 minutes puissantes occupant toute la cinquième face de ce triple live sorti en 1973 et intitulé Leon Live. Ce triple live capté au Long Beach Arena le 28 août 1972 offre le meilleur de Russell en solo, morceaux composés par le bonhomme comme reprises (de Dylan, notamment). Il est tellement rempli de grands moments, ce live (et possède, en plus, une impeccable qualité audio), que c'est un scandale qu'il ne soit pas plus connu que ça, il n'a même pas de page Wikipédia à son nom, et quand je cite ce site encyclopédique collectif, je parle du Wiki anglophone, plus complet que le francophone. Rien que trouver des images de qualité et de taille suffisante, pour cet album, fut compliqué. Plus compliqué que de trouver un exemplaire vinyle en parfait état (pressage Shelter d'époque ; Shelter est un labal co-fondé par Russell, et sur lequel J.J. Cale, notamment, a sorti des disques ; un des groupes de Russell s'appelait The Shelter People), entre parenthèses. Comme je l'ai dit, les grands moments abondent, notamment ce Mighty Queen Medley inaugural, le Medley : Jumpin' Jack Flash/Youngblood de la face E qui offre une version encore plus longue et puissante du même medley que Russell chantait au cours du Concert For Bangladesh, ou bien ce classique russellien absolu qu'est Delta Lady, sans oublier le très gospelien (les choristes !!) Great Day, le court Queen Of The Roller Derby, Medley : Of Thee I Sing/Yes I Am et It's All Over Now, Baby Blue (reprise de Dylan), Alcatraz, Sweet Emily...

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Se démenant comme un chef derrière son piano, chantant avec ardeur, passion et avec sa si particulière et haut-perchée (comme son chapeau !) voix, Leon Russell livre, ici, tout du long de ces presque deux heures de concert, une prestation bluffante. Leon Live est un des meilleurs lives que je connaisse, et comme je l'ai dit plus haut, le simple fait qu'il ne soit pas plus connu est une vraie insulte à la musique. Je le précise ici, non, ce triple live n'est pas dans le bouquin de Manoeuvre dont je ne cesse, régulièrement, d'aborder les albums qu'il a chroniqués, albums que je découvre ou redécouvre ; ceci dit, Leon Live aurait très bien pu en faire partie, il fait partie des albums oubliés, en péril presque. On y trouve du rock bluesy et soul, des passages gospel de toute beauté, des morceaux sublimes interprétés avec passion, reprises ou originaux (Russell couvre une bonne partie de son répertoire d'alors, pas mal d'extraits de ses albums Leon Russell, Leon Russell & The Shelter People et Carney), des musiciens de grand talent, des choristes parfaites, un son génial, aucun temps mort... C'est juste génial, un des meilleurs lives de rock de la décennie, à découvrir absolument ! Il existe en (double) CD, au passage, ce qui est une consolation : bien que peu connu, Leon Live a quand même été édité sous ce format ! Il n'a en revanche pas été réédité en vinyle, et le CD, d'une qualité égale au vinyle, n'est pas remastérisé avec des bonus-tracks, ne rêvez pas. Mais peu importe le format, c'est une acquisition indispensable, surtout si vous avez aimé Mad Dogs & Englishmen !

FACE A

Mighty Quinn Medley : 

a) I'll Take You There

b) Idol With The Golden Head 

c) I Serve A Living Savior

d) The Mighty Quinn (Quinn, The Eskimo)

Shoot Out On The Plantation

Dixie Lullaby

FACE B

Queen Of The Roller Derby

Roll Away The Stone

It's Been A Long Time Baby

Great Day

Alcatraz

FACE C

Crystal Closet Queen

Prince Of Peace

Sweet Emily

Stranger In A Strange Land

FACE D

Out In The Woods

Some Day

Sweeping Through The City

FACE E

Medley : Jumpin' Jack Flash/Youngblood

FACE F

Medley : Of Thee I Sing/Yes I Am

Delta Lady

It's All Over Now, Baby Blue