K1

L'Âge d'Or des Kinks a officiellement pris fin en 1971 avec Muswell Hillbbillies, remarquable album de country-rock à la Kinks, assurément un de leurs meilleurs albums, même s'il ne se vendra pas des masses et sera globalement assez moyennemetn accueilli par la presse (ce n'est que bien après qu'il sera réhabilité). CCet album, que j'aborde aujourd'hui, date de juste après, c'est l'album suivant. Par conséquent, l'Âge d'Or étant révolu, fini, terminé (et il ne reviendra pas), ce disque serait, donc, selon toute logique, raté, non ? Hé bien...Rhââ, je suis emmerdé. Everybody's In Show-Biz, sorti en 1972, ne fait pas partie des oeuvres majeures de la bande à Ray Davies (chant, guitare), ça, c'est clair, mais ce disque, sorti à l'époque en tant que double album (de 70 minutes, pour 21 titres ; la versio nCD rajoute deux bonus-tracks et, malgré cela, tout tient sur un seul disque), n'est pas pour autant une merde. C'est, on peut le dire, l'ultime sursaut du groupe avant une plongée déplorable dans les horreurs absolues de la médiocrité musicale. Après ce disque, Ray Davies va enfoncer son groupe dans des projets totalement cons qui, à l'exception d'un sublime et miraculeux Sleepwalker en 1977 (et éventuellement du très correct et sous-estimé Schoolboys In Disgrace en 1975), ne marcheront pas du tout et restent encore aujourd'hui parmi les pires trucs jamais pondus par un groupe de rock important. Je veux parler de ces albums conceptuels totalement branques que sont Preservation Act 1 et Act 2 (les deux albums suivants des Kinks), et de Soap Opera. Et l'après Sleepwalker ne sera pas terrible aussi, avec Low Budget, Give The People What They Want, Misfits...

K2

Verso de pochette (ici, une réédition)

Empereurs de la lose, les Kinks ont littéralement cramé leur potentiel à partir de 1973. Mais certains fans intransigeants estiment cependant que cet Everybody's In Show-Biz - Everybody's  A Star (titre complet, même si seulement la première partie du titre apparaît sur la tranche et si l'album n'est référencé qu'avec sa première partie de titre) est la première pierre de l'édifice merdeux que le groupe de Ray Davies s'apprête à bâtir. Double album, sorti sous une criarde pochette verte, cet album contient un disque studio de 10 titres et un disque live (capté au Carnegie Hall de New York les 2 et 3 mars 1972, juste avant que le groupe n'entre en studio enregistrer les morceaux inédits de l'album) de 11 titres. Si le double album fait 70 minutes, le disque live en lui-même ne représente que 33 minutes en tout. Le son y est très bon (compte tenu de l'époque et de l'acoustique du Carnegie Hall - voir comment sonne le quadruple live de 1971 de Chicago, enregistré au même endroit - c'est plutôt satisfaisant), la setlist, qui démarre sur un Top Of The Pops (de l'album Lola Versus Powerman And The Moneygoround, Part 1 de 1970) gigantesque au riff introductif me faisant vraiment penser à celui du Highway To Hell d'AC/DC avec 9 ans d'avance, fait la part belle aux morceaux de Muswell Hilbillies (sur les 11 titres du live, 5 font partie de l'album), on a quelques délires (Banana Boat Song, alias Day-O, morceau popularisé par Harry Belafonte, est interprété ici dans une courte version de 1,40 minute, assez parodique ; Lola, qui dure aussi longtemps et achève le disque, est tout simplement le refrain de la chanson interprétée par la foule ; Mr. Wonderful, morceau issu d'une comédie musicale de Broadway des années 50, est une reprise quasiment parodique de 40 secondes), Ray Davies, juste avant Muswell Hillbilly, présente son groupe, et se présente lui-même comme étant Johnny Cash... Qu'est-ce qu'on se marre. 

K3

Le disque live est correct, le groupe semble ne pas se prendre du tout au sérieux, n'interprète aucun de ses tubes (même s'ils les ont peut-être interprétés sur scène, on ne trouvera, ici, pas de You Really Got Me, pas de All Day And All Of The Night, pas de Victoria, pas de Lola mis à part cette version chantée par le public, pas de Apeman), et en ces temps où un groupe de rock sortira un double (voire triple) live, eux ne livrent, dans cet exercice de style, que 33 petites minutes, que l'on considèrera plus comme un gigantesque bonus du disque studio que comme le second disque de l'album. Même si ça m'étonnerait que Everybody's In Show-Biz ait été vendu au prix d'un simple à l'époque (en CD, vu que tout tient sur un seul disque, c'est le cas, on trouve cet album à moins de 7 €)... Le disque studio, lui, qui dure dans les 37 minutes et contient 10 titres, ouvre le bal, et contient une des plus belles, si ce n'est la plus belle chanson des Kinks, rien que ça, oui, plus belle encore que Waterloo Sunset : Celluloid Heroes. Longue de 6,20 minutes (de loin de morceau le plus long de tout le double album), elle achève le disque studio avec élégance, et aborde la vie, le destin des héros d'antan, des stars d'antan, citant notamment Greta Garbo, Bela Lugosi, Bette Davis et Rudolph Valentino. Le reste du disque studio est dans l'ensemble d'un niveau très correct (Motorway, Sitting In My Hotel, Maximum Consumption), mais on a peu de morceaux vraiment prenants, j'avoue avoir vraiment aimé Here Comes Yet Another Day et You Don't Know My Name, mais seul Celluloid Heroes marquera l'auditeur. Ce n'est pas raté comme le seront les albums suivants, mais après une telle série de grands albums (de Something Else en 1967 à Muswell Hillbillies en 1971), c'est peu dire que cet Everybody's In Show-Biz, malgré Celluloid Heroes et un disque live assez intéressant, est un disque secondaire dans la discographie du groupe. Un dernier sursaut d'orgueil, on peut dire, même si, en tant que sursaut d'orgueil, faire un double album à la fois live et studio ressemble plus à de la belle démonstration de suffisance typiquement britannique. Quand on pense que l'album suivant sera un projet conceptuel (en deux albums dont un double ; donc, trois disques) en forme d'opéra-rock avec personnages, et doté d'un scénario totalement invraisemblable et incompréhensible, Preservation, on se dit que le groupe va plonger vraiment bien pas (une seule chanson sera à retenir des trois disques : Sweet Lady Genevieve). Rétrospectivement, Everybody's In Show-Biz a des allures de chef d'oeuvre en péril, à côté !

FACE A

Here Comes Yet Another Day

Maximum Consumption

Unreal Reality

Hot Potatoes

Sitting In My Hotel

FACE B

Motorway

You Don't Know My Name

Supersonic Rocket Ship

Look A Little On The Sunnyside

Celluloid Heroes

FACE C

Top Of The Pops

Brainwashed

Mr. Wonderful

Acute Schizophrenia Paranoia Blues

Holiday

FACE D

Muswell Hillbilly

Alcohol

Bana Boat Song

Skin & Bone

Baby Face

Lola