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Cet album, abordé dans le bouquin de Manoeuvre (Collector, 2017) mais que je connaissais déjà, est incontestablement le meilleur album (avec le live On Tour With Eric Clapton de 1969, un Clapton qui brille ici par son absence) de Delaney & Bonnie (& Friends). Il date de 1971 et est le quatrième album studio (et cinquième tout court avec le live précité et que j'ai abordé ici récemment) du duo/couple de folksingers américains bien connus pour avoir souvent collaboré (leurs musiciens, surtout, ont été de vrai passe-partout, allant à gauche à droite au fil des sessions) avec des artistes majeurs de leur époque tels Clapton ou Joe Cocker. Motel Shot, tel est le nom de ce disque assez correctement généreux (45 minutes), sorti sous une pochette des plus rebutantes montrant une porte de chambre de motel (la chambre 11, apparemment !), et le macaron en haut à gauche n'était pas une étiquette, mais est directement imprimé sur la pochette. Au dos, une vue, dans une photo en ovale, d'une chambre de motel. On sent le concept arriver ? En fait, l'album, qui d'une prédominance unplugged, est censé avoir été enregistré de nuit, dans une ou plusieurs chambres de motels, sur la route, pendant une tournée du groupe. Il n'en est en fait rien, l'album a été enregistré non pas en motel, mais dans le salon de la maison de l'ingénieur du son Bruce Botnick (Doors, notamment, et qui a donc participé à l'enregistrement de l'album, produit par Delaney & Bonnie), salon qui, petit et feutré, possédait une atmosphère similaire à celle des fameuses chambres de motel dans lesquelles le groupe avait l'habitude de jouer, pour se défouler, entre deux dates.

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Verso de pochette vinyle

Si Eric Clapton (qui puisera au sein des Friends de Delaney & Bonnie les musiciens qui formeront, en 1970, Derek & The Dominoes : Radle, Gordon, Whitlock) n'apparaît pas du tout sur Motel Shot, on peut quand même citer un impressionnant aréopage de stars, ici : Duane Allman, des Allman Brothers (et de Derek & The Dominoes), joue de la slide sur trois titres (Come On In My Kitchen, Goin' Down The Road Feelin' Bad et Sing My Way Home), Joe Cocker pose des voix de choeur sur Talkin' About Jesus et Where The Soul Never Dies (Cocker prendra avec lui ls musiciens de Delaney & Bonnie pour sa monumentale tournée Mad Dogs & Englishmen), Leon Russell (qui collaborera sur cette même tournée, avec Cocker, et lui piquera ses musiciens en final) est aux claviers, Jim Keltner est à la batterie, Carl Radle à la basse, Bobby Whitlock pose des voix, Clarence White (des Byrds) joue de la guitare, Gram Parsons aussi, Bobby Keyes est au saxophone, et Dave Mason (de Traffic) joue de la guitare. Delaney aussi, en plus du chant, et Bonnie chante. Comme on le voit, du beau linge, parmi la crème de la crème du son folk-rock américano-britannique de l'époque. Un album sur lequel joue au moins deux de ces musiciens est une réussite assurée. Motel Shot, constitué en bonne partie de reprises d'airs traditionnels (Will The Circle Be Unbroken, Rock Of Ages, Goin' Down The Road Feelin' Bad) et de quelques morceaux signés du duo (Long Road Ahead, Never Ending Song Of Love), ne fait pas défaut à cette théorie.

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L'ambiance de cet album remarquablement enregistré est unique : bien qu'enregistré en 'studio' (un salon, même dans la maison d'un ingénieur du son, ne peut être considéré comme un studio), l'album possède une atmosphère live. Un son chaleureux, vivant, il ne manque que des applaudissements et on est dans une de ces émissions MTV Unplugged qui ont fait florus dans les années 90. Mais ce live a 20 ans d'avance sur elles ! C'est une authentique, une pure merveille que je suis heureux et fier de posséder en vinyle, pressage américain ATCO d'époque, à label jaune, pochette ouvrante rigide au grain de carton unique, avec feuillet des paroles. Et que j'ai reçu encore à moitié emballé du blister d'époque, de plus (que j'ai retiré afin d'admirer l'intérieur de pochette, qui n'est certes pas inoubliable (ce n'est pas la photo ci-dessus), mais possède les crédits de l'album. Motel Shot est un des meilleurs albums de folk (et de country) de son époque, un chef d'oeuvre intemporel parfait de bout en bout, mais en même temps, avec un tel assemblage de musiciens (Russell, Radle, Keltner, Mason, Allman, White...), comment ne pas réussir son coup ? Je ne peux que conseiller ardemment cette écoute ! D'autant qu'il me semble que la version CD (je ne la possède pas), sortie sous une pochette radicalement différente (le duo sur scène, en action, en noir & blanc) est riche en bonus-tracks !

FACE A

Where The Soul Never Dies

Will The Circle Be Unbroken

Rock Of Ages

Long Road Ahead

Faded Love

Talkin' About Jesus

FACE B

Come On In My Kitchen

Don't Deceive Me (Please Don't Go)

Never Ending Song Of Love

Sing My Way Home

Goin' Down The Road Feelin' Bad

Lonesome And A Long Way From Home