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Arthur Lee... Né en 1945, mort en 2006, métisse (père noir, mère blanche), il a fondé, en 1965, le groupe Love, un des premiers (avec les Equals) groupes multiraciaux de l'histoire du rock. Aussi bien lui (au chant, à la guitare) qu'un autre guitariste, Johnny Echols, étaient de couleur. Un groupe californien pur sucre, faisant du rock psychédélique et acide, et dont les deux premiers albums, Love et Da Capo, datent de 1966. Sur le deuxième album, une chanson mémorable (7 And 7 Is, qui sera reprise par Alice Cooper, les Ramones, Rush...), une autre vraiment magnifique (She Comes In Colors, qui aurait été une source d'inspiration des Rolling Stones pour leur She's A Rainbow de l'année suivante), et une qui entre direct dans l'histoire, Revelation, car elle dure 19 minutes et occupe toute la seconde face. Une des premières chansons (avec le Sad-Eyed Lady Of The Lowlands de Dylan et le The Return Of The Son Of Monster Magnet de Zappa et ses Mothers Of Invention, également de 1966, mais bien plus courtes que Revelation) de rock à occuper une face entière, particularité avant ça réduite au jazz et au classique. En 1967, le troisième album de Love sort, Forever Changes, une tuerie mélodique, nostalgique, mélancolique et vénéneuse, produite à la perfection, un des meilleurs albums de tous les temps, et qui fut enregistré dans des conditions difficiles (le groupe était en survie, n'arrivait pas à jouer les morceaux comme il fallait, Arthur Lee, qui se croyait sur le point de mourir au passage, a failli les remplacer par des musiciens de studio anonymes...), qui foirera au hit-parade à l'époque mais est depuis totalement réhabilité. Love explose, seul reste Lee. 1969, Four Sails et le double Out There sortent, de très bons albums, mais qui se vendront à peu près aussi bien que des fanions du PSG à Marseille. Après un False Start lui aussi pas mal, mais bideux, Love s'arrête.

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Meurtri par la mort de Jimi Hendrix (qui avait joué avec Love au cours de sessions, mais Lee, on ne sait pourquoi, effacera les bandes, à jamais ; Hendrix, cependant, est sur le premier titre de False Start), Arthur Lee se lance en solo en 1972 avec un album enregistré avec des musiciens qu'il considèrera, durant les sessions, comme une nouvelle mouture de Love  (le premieer que je vais citer en a fait partie en 1969/1970) mais ici renommés Band-Aid (jeu de mots sur le nom anglais de 'pansement'), à savoir Frank Fayad à la basse, Charlie Karp à la guitare principale (Lee à la rythmique et au chant), Don Poncher à la batterie, Clarence McDonald à l'orgue sur un titre, Craig Tarwater à la guitare, David Hull à la basse. Vindicator, c'est le nom de l'album (que j'ai découvert autrefois via mes anciennes recherches sur Love, et redécouvert via Collector de Manoeuvre), est sorti sur le label A&M (Love, c'était sur Elektra), est produit par Lee et Allan McDougall, et dure 34 minutes, pour 12 titres. Je possède une édition vinyle récente, qui offre quatre bonus-tracks (deux en fin de chaque face), non indiqués sur la pochette et les labels, édition vinyle qui, je le sais, n'est pas officielle (la réédition CD offrant ces morceaux-bonus, elle, l'est), l'album n'ayant apparemment pas été réédité en vinyle depuis des lustres. C'est pour l'anecdote inutile. L'album est souvent mal aimé des fans de Love, qui estiment qu'après les albums souvent précieux, bien produits (Forever Changes) du groupe, un tel déferlement de rock funky et gras est d'une vulgarité sans nom. Lee allait sans doute moyennement bien (par la suite, dans les années 80, Lee sombrera dans la dépression, et en 1996, sera condamné à de la prison - il en fera effectivement un peu - pour avoir utilisé une arme à feu dans un lieu public, ayant tiré en l'air ; ça, plus les diverses drogues qu'il n'a pour ainsi dire jamais cessé de prendre...), et l'album, très influencé par Hendrix, en est un témoignage.

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Sans parler de sa pochette le montrant, en peignoir rouge, perruque blonde sur la tête, à moitié pieds nus, l'air hagard et guitare en bandoulière, en train de saluer un balayeur de rues, dans un escalier. Vindicator est aussi éloigné de Forever Changes qu'il est possible de l'être. C'est un disque féroce, étrange, aux paroles souvent dingues (Hamburger Breath Stinkfinger, qui semble ne parler que d'une seule chose : le fait que la fille dont est amoureux le narrateur a les mains qui sentent le graillon poissonneux, après avoir bouffé dans un snack), aux guitares fortement wah-wah-isées, très hendrixiennes dans l'âme (comme Manoeuvre le signale, l'ambiance de l'album est globalement celle du Hendrix période Dolly Dagger), des morceaux courts (deux d'entre eux durent moins d'une minutes, il y en à même un de 17 secondes, Ol' Morgue Mouth) et à l'humour frappé et curieux. Un disque qui semble perpétuellement sur le fil du rasoir, sur le point de se rompre. Un peu comme l'état moral de Lee à l'époque, qui écrira et enregistrera une suite à ce disque, Black Beauty, qui ne sortira qu'en...2012 (sous le nom de Love), le label qui devait sortir le disque ayant fait faillite en 1973. En 1974, Lee reforme officiellement Love pour Reel To Real, album un peu moyen, et ensuite, rideau. Sa carrière solo n'aura donc pas duré longtemps, mais ce premier disque solo (en 1981, il en sortira un autre, Arthur Lee), bien qu'étrange et un peu sur le fil, est vraiment remarquable. Sad Song, Busted Feet, Everybody's Gotta Live qui, il y à quelques années, a servi de musique pour des publicités TV Sofinco, He Said She Said, He Know A Lot Of Good Women (Or Scotty's Song) sont autant de réussites de rock un peu funky, un peu hard (mais pas trop), bien 70's et coked-out, et la voix de Lee fait, comme toujours, merveille. 

FACE A

Sad Song

You Can Save Up To 50%, But You're Still A Long Ways From Home

Love Jumped Through My Window

Find Somebody

He Said She Said

Every Time I Look Up I'm Down Or White Dog (I Don't Know What That Means !)

FACE B

Everybody's Gotta Live

You Want Change For Your Re-Run

He Know A Lot Of Good Women (Or Scotty's Song)

Hamburger Breath Stinkfinger

Ol' Morgue Mouth

Busted Feet