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Le retour du Capitaine Coeur-de-Boeuf sur le blog ! Bon, j'ai bien peur que ça ne soit que pour cet album, en fait (et à la rigueur la réécriture de la chronique d'un des albums que j'avais, autrefois, abordé ici), mais c'est l'intention qui compte. Captain Beefheart, Don Van Vliet de son vrai nom, était (il est mort en 2010) un artiste multi-tâches : chanteur, musicien, peintre, auteur-compositeur, poète, et ami de Frank Zappa (enfin, ami/ennemi, les deux avaient des relations parfois houleuses, genre on s'engueule/on se réconcilie/on se ré-engueule/on se voit plus pendant des années/on se réconcilie, ce genre). Californien, en plus. Ayant passé les dernières années de sa vie (il s'est retiré de la musique après l'album Ice Cream For Crows, qui date de 1982) dans le désert de Mojave, à se reposer et à peindre, Beefheart a commencé sa carrière musicale en 1967 avec Safe As Milk, suivi de Strictly Personal en 1968, deux albums très accessibles par rapport à ses troisième et quatrième albums, sortis en 1969 et 1970, j'ai nommé le double Trout Mask Replica et le simple Lick My Decals Off, Baby, deux bordels musicaux absolus, collages dadaïstes d'idées, de bribes de chansons, de délires free-jazz (Zappa a produit, dans la douleur, le double album de 1969 ; à la même époque, Beefheart déclame le texte barré de Willie The Pimp, sur le Hot Rats de Zappa), très complexes, de vrais chefs d'oeuvre qu'il vaut mieux écouter dans le calme, patiemment, et pas trop souvent parce que sinon, ils peuvent rendre fous. En 1971, Mirror Man, un long album (une cinquantaine de minutes, et seulement quatre titres) de blues psychédélique sort. Changement assez radical par rapport aux deux précédents. Et en 1972, deux albums. Le premier, The Spotlight Kid, sort en janvier, un petit chef d'oeuvre de blues-rock, assez accessible. Si je dois refaire une chronique de Beefheart ici, ça sera celle de cet album. Et le second, c'est cet album, qui sortira en octobre de la même année : Clear Spot.

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Cet album, bien souvent vendu en CD en pack 2 for 1, couplé, sur le même disque, avec The Spotlight Kid (et avec le visuel de The Spotlight Kid en visuel principal, comme si Clear Spot était, sur le CD, un bonus-track gigantesque pour l'album), cet album a été produit par Ted Templeman, à l'époque producteur des Doobie Brothers, et futur producteur, par la suite, de Van Halen, Montrose, Little Feat, Van Morrison, Nicolette Larson. Cet album de Beefheart est une de ses premières productions (et sa seule production pour Beefheart). C'est un des albums les mieux produits de Beefheart, un des plus accessibles aussi, et, autant le dire, un des meilleurs. Mon préféré, aussi, devant Trout Mask Replica qui fut, cependant, mon premier Beefheart (et rien que pour ça, il compte énormément pour moi) et reste probablement son meilleur. Long de 37 minutes, Clear Spot contient 12 titres, et est sorti sous une pochette originale : une grande housse de plastique transparent à l'intérieur de laquelle est glissé le disque, et un feuillet rigide proposant d'un côté le visuel de l'album (une photo de Beefheart, avec un drôle de chapeau chinois, et d'une autre personne, penché au-dessus d'une console de production, et deux autres personnes (ingénieur du son, producteur ?) en train de manoeuvrer les boutons de la console) et de l'autre côté, les crédits. Cet album a été réédité en vinyle sous son design d'époque, la pochette plastique rigide (à l'intérieur de laquelle j'ai glissé le disque dans une sous-pochette plastifiée, car je ne suis pas sûr que le contact du vinyle avec le plastique soit très recommandé sur la durée), ce qui est cool, après tout ils auraient pu le rééditer sous une conne de pochette cartonnée reprenant les infos et atwork du feuillet...

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Mais c'est de l'anecdote... Retour à l'album. Comme je l'ai dit, c'est un disque remarquablement bien produit (Ted Templeman débutait certes sa longue carrière, mais il assure franchement bien), et un des plus accessibles de Beefheart. Rien à voir avec les 28 titres alambiqués au possible de Trout Mask Replica, il n'y à que la voix si particulière, à la Howlin' Wolf, de Beefheart, pour se rendre compte qu'on a affaire au même artiste. Cet album renferme quelques unes des plus belles (oui : belles) chansons du zigoto : My Head Is My Only House Unless It Rains est un blues calme et apaisant, doux comme un agneau ; Too Much Time, avec ses choristes soul, est un régal presque pop ; Clear Spot, Low Yo Yo Stuff, Sun Zoom Spark, Golden Birdies sont, eux, du Beefheart pur jus, très proche des chansons de The Spotlight Kid. On a aussi quelques (rares) chansons aux titres bien alambiqués : Big Eyed Beans From Venus, Her Eyes Are A Blue Million Miles... Accessible mais se méritant quand même (ça a beau être l'album le plus facile d'accès de Beefheart, ce dernier n'en demeurait pas moins un artiste loin d'être aussi accessible et pop que, disons, Fleetwood Mac !), Clear Spot se révèlera progressivement, au fur et à mesure des écoutes, l'album n'est pas très long, aucune des chansons n'est longue, ça aide pas mal. Ce disque, pour Beefheart, c'est un peu comme Apostrophe (') ou Over-Nite Sensation pour Zappa, un disque qui peut aider à entrer dans l'univers si particulier du Capitaine, mais qui ne se livrera pas tout de suite tout de même, ça reste à part. Il n'empêche, c'est à découvrir absolument, rien que pour Low Yo Yo Stuff et My Head Is My Only House Unless It Rains...

FACE A

Low Yo Yo Stuff

Nowadays' A Woman's Gotta Hit A Man

Too Much Time

Circumstances

My Head Is My Only House Unless It Rains

Sun Zoom Spark

FACE B

Clear Spot

Crazy Little Thing

Long Neck Bottles

Her Eyes Are A Blue Million Miles

Big Eyed Beans From Venus

Golden Birdies