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Quoi ? Seulement deux albums du génial Dr. John sur le blog ? Me suis-je dit récemment. En lisant le livre de Manoeuvre, Collector, plus précisément, dans lequel Phil Man aborde ce génial artiste louisianais par le biais de l'album que j'aborde aujourd'hui, album que je connaissais déjà mais que je n'avais toujours pas abordé. Je n'avais abordé, de Dr. John (Malcolm 'Mac' Rebennack de son vrai nom) que les albums Gris-Gris, de 1968 (son premier opus, étrange et génial) et son Dr. John's Gumbo de 1972 (encore plus génial), le premier de ses albums pour lesquels il a abandonné son nom de scène à rallonge, qu'il utilise ainsi, pour l'album que j'aborde ici, pour la dernière fois, vu qu'il s'agit de l'album fait avant Gumbo. Le nom de scène à rallonge, c'est Dr. John, The Night Tripper. L'album en question, sorti en 1971 sous une magnifique pochette, c'est The Sun, Moon & Herbs. L'album a été enregistré entre Miami (Criteria Studio) et Londres (Trident Studio) dans la seconde moitié de 1970, et est sorti en août 1971 dans une forme assez différente de celle qui était prévue à la base. Le disque est simple, long de 39 minutes (pour seulement 7 titres), mais il devait, à la base, être triple ! La maison de disques de Dr. John, ATCO (filiale d'Atlantic), estimera que ce n'était pas une bonne idée de sortir un triple album de rock psychédélique teinté de blues et d'ambiances vaudoues. On peut regretter ce choix radical, ou estimer qu'ils ont eu raison. 

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L'album a été enregistré avec les musiciens habituels de Dr. John (qui, en plus du chant, joue du piano, de l'orgue, de la guitare et des percussions), à savoir John Boudreaux (batterie) et Tommy Ferone (guitare rythmique), mais The Sun, Moon & Herbs (le titre est sans doute une preuve que l'album devait être triple, et sans doute conceptuel) a aussi bénéficié de la participation de quelques pointures : Eric Clapton, Carl Radle (basse)), Graham Bond (saxophone), Bobby Keyes (idem), Jim Price (trompette), Mick Jagger (choeurs), Jim Gordon (batterie), Bobby Whitlock (choeurs), les choristes Tammy Lynn et Doris Troy, le claviériste Ronnie Barron, le trompettiste Wayne Jackson, le percussionniste Calvin 'Fuzzy' Samuels... Produit par Dr. John et Charles Green, enregistré avec notamment Roy Thomas Baker en tant qu'ingénieur du son, l'album a été le premier vrai succès commercial de Dr. John, il a atteint le Billboard 200, se classant en 184ème position, ce qui n'est certes pas une place de choix, mais quand même, aucun autre album du bonhomme, avant ça, n'avait été classé. L'album est un parfait exemple de soul vaudoue, Dr. John est de la Nouvelle-Orléans et adore tout ce qui est vaudou, créole, et il est toujours parvenu à nous transporter dans cet univers si particulier, tribal et poisseux, quelque peu inquiétant et totalement enivrant, avec ses albums qui respirent bon le gumbo de crevettes et la chaleur tropicale des bayous de Louisiane. 

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Difficile de retirer un titre de l'ensemble, The Sun, Moon & Herbs, qui aurait peut-être été un fiasco total s'il avait été triple (un disque aurait été sur le soleil et le matin, un autre sur la lune et la nuit, et un autre sur...les herbes ? La drogue ?) ou aurait, qui sait, été le sommet absolu de Dr. John, est tel qu'il est un remarquable et méconnu album que le chanteur à la voix éraillée (proche de celle de Leon Russell, je trouve) interprète avec passion et efficacité. Ecoutez Craney Crow, par exemple, ou Black John The Conqueror... Après ce disque génial mais chelou, Dr. John abandonnera son personnage de prêtre vaudou, de Voyageur Nocturne, pour ne devenir qu'un simple Dr. John, il livrera des albums majeurs (Dr. John's Gumbo, avec Junco Partner que les Clash reprendront, ou Iko Iko ; In The Right Place), perdant un peu de la folie tribale des premiers albums, mais s'assurant une place de choix dans le monde du rock et de la soul. Je pense personnellement que tous les albums du mec sont à écouter, plusieurs fois, tellement ils transportent l'auditeur dans un autre monde. 

FACE A

Black John The Conqueror

Where Ya At Mule

Craney Crow

FACE B

Familiar Reality (Opening)

Pots On Fiyo (Filé Gumbo)/Who I Got To Fall On (If The Pot Get Heavy)

Zu Zu Mamou

Familiar Reality (Reprise)