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J'adore Jimi Hendrix, mais cet album de 1975, Crash Landing, désolé, je ne peux pas. Non seulement il est musicalement d'une médiocrité à faire peur, mais il est aussi totalement immoral, en tout cas un immense foutage de gueule qui en a fait, assez rapidement, un des albums les plus controversés de tous les temps, et c'est essentiellement pour parler de ça que j'ai eu envie de l'aborder, cet album. Hendrix est mort en 1970, on le sait. Il n'a eu le temps de faire que trois albums studio avec son Experience, plus un live (Band Of Gypsys) avant de mourir. Depuis, il ne s'écoule pas une année sans qu'un produit estampillé Hendrix ne sorte : live (à Woodstock, Wight, Berkeley, Monterey, Fillmore West, Barneville-Carteret, Miami, Berkeley, Winterland, Atlanta, cherchez l'intrus), best-of, et surtout, dès 1971, compilation d'inédits. Au départ, ces compilations, il y en à eu 12, bientôt 13, à ce jour, étaient vraiment constituées d'inédits, même si on devait les trouver sur des bootlegs sortis soit du vivant du Voodoo Chile, soit juste après sa mort. The Cry Of Love et Rainbow Bridge, tous deux en 1971, furent les premiers albums studio posthumes, tous deux vraiment bons, suivis en 1972 par War Heroes qui, déjà, est moins réussi et pertinent, puis on aura, en 1974, l'encore moins réussi Loose Ends, qui marquera la fin de la première période des albums studio posthumes hendrixiens.

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Verso de pochette vinyle

Celui qui les agençait, un certain Mike Jeffery, décèdera dans un crash d'avion, et c'est un certain Alan Douglas qui reprendra les rènes, en 1975, avec Crash Landing, un album dont le titre est aussi celui d'un morceau de Hendrix, mais on ne saurait passer sous silence le fait qu'en choisissant d'appeler ainsi cet album, Douglas a fait un jeu de mots dégueulasse et cynique sur les conditions de son obtention des pleins pouvoirs concernant cet album : un accident d'avion, un atterrissage en crash (traduction du titre) ayant entraîné la mort du précédent 'gérant' de l'héritage musical hendrixien. Hum. Comme si ça ne suffisait pas, Crash Landing, dont seule la pochette montrant Hendrix en action et un petit zoziau comme prêt à atterrir sur sa guitare est à mettre dans la colonne positif du bilan (le lettrage sur le recto, aussi, assez distingué), est un disque effroyablement court, 28 minutes (8 titres seulement) et rempli de merde. Le pire, surtout, et ce là que le projet est des plus controversés, c'est que Douglas, se rendant compte que ce qu'il restait à commercialiser des inédits d'Hendrix ne valait pas tripette (si Hendrix avait jugé bon de sortir ces trucs-là de son vivant, il l'aurait fait, et si ces morceaux avaient été jugés bons par ceux ayant sorti les premiers albums posthumes, ils auraient été placés sur ces premiers albums posthumes, vous ne croyez pas ?), et il a, consciemment, décidé de réenregistrer les parties rythmiques et d'accompagnement par de nouveaux musiciens (il a heureusement laissé intact la voix et la guitare du mort, encore heureux), ce qui représentait certes un sacré boulot surtout en 1975 (pas facile de réenregistrer l'accompagnement en se basant sur des bandes, il faut coller au tempo), mais est, quand même, des plus déplorables et douteux.

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C'est ainsi que l'on entend Jeff Mironov (guitare rythmique), Bob Babbitt (basse), Allan Schwartzberg (batterie), Jimmy Maelen (percussion) sur des morceaux, en remplacement de, notamment, Billy Cox, Mitch Mitchell et Noel Redding. Comment a-t-on pu oser effacer du mix le batteur et le bassiste de l'Experience (respectivement Mitchell et Redding, tous deux morts), le bassiste de Band Of Gypsys (Cox) et les remplacer par des musiciens certes bons (Schwartzberg, Maelen, Babbitt participeront, à la même époque, à des albums d'Alice Cooper, dont je parle régulièrement en ce moment), mais qui n'ont jamais joué avec Hendrix de leur vie et ne font que dénaturer des morceaux qui, déjà, n'étaient pas forcément bons (Peace In Mississippi, Captain Coconut), ou dans de bonnes versions (Stone Free Again, With The Power, qui ne sont que des resucées de Stone Free et Power Of Soul) ? Rien n'est à sauver de ce disque hideux, atroce, un pur foutage de gueule pour le fan et, d'une manière générale, l'acheteur, d'autrefois ou de maintenant (je ne sais pas si on trouve facilement le CD de ce disque, mais il est possible de se le procurer en vinyle d'occasion ; si vous le souhaitez pour votre collection, ne dépensez pas trop cher, ça ne le vaut absolument pas). Non seulement ça dure moins de 30 minutes, ce qui est merdique même si les morceaux n'avaient pas été massacrés par Douglas comme il l'a fait (28 minutes d'inédits, ça sent vraiment à mort les fonds de tiroirs poussiéreux, l'air de dire qu'on va publier ce qu'il reste et qu'il reste d'ailleurs pas grand chose), mais en plus, le contenu musical est bidouillé. Si Douglas n'avait pas de quoi faire un disque viable, ce qui était très certainement le cas, j'aurais personnellement préféré qu'il ne fasse rien, bordel, plutôt que ça ! (fin du coup de gueule, et de la chronique).

FACE A

Message To Love

Somewhere Over The Rainbow

Crash Landing

Come Down Hard On Me

FACE B

Peace In Mississippi

With The Power

Stone Free Again

Captain Coconut