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Un peu de roots rock au milieu de tout ce cycle hard-rock/Alice Cooper, ça va faire du bien. Mort en 2013, John Weldon Cale, alias J.J. Cale pour son nom de scène (il ne pouvait pas se présenter sous son prénom et son nom, vu que John Cale, le musicien gallois, ancien du Velvet Underground, est son homonyme, et a donc choisi J.J. comme pseudo), était un des plus grands guitaristes de blues-rock de tous les temps. Un mec discret (peu d'interviews, peu de photos, pas de déclarations choc dans les médias, pas de dérapages, pas harcèlement de la part d'une presse people qui ne devait que de loin savoir qui il était) qui, depuis 1972 et Naturally (si vous ne connaissez pas cet album, courez à la FNAC la plus proche vous le payer avant de continuer à lire ; et si vous venez de revenir de la FNAC, re-bonjour, on reprend sa place en silence, n'importunez pas les autres qui, en bons élèves, avaient déjà cet album, merci bien), usinait, dans son coin, avec, à chaque fois, un aréopage de grands musiciens, de petits albums de blues-rock bien roots, bien pépères, souvent très courts (aucun des trois premiers albums de J.J. Cale ne dure plus de 32 minutes, et tous trois contiennent 12 titres), pas toujours parfaits (Shades, en 1980, avec sa pochette parodiant le visuel des cigarettes Gitanes, ou bien Grasshopper, en 1982, ne sont pas géniaux), mais qui, tous, sonnent magnifiquement pour quiconque aime le blues-rock claptonien. Clapton, justement, un ami de toujours de J.J. Cale, qui a repris quelques unes de ses chansons (Cocaine, After Midnight), a aidé à le populariser, qui l'a convié à des concerts (j'ai entendu récemment un live de Clapton à San Diego en 2007, sur lequel J.J. participe en invité, c'est excellent), les deux ont fait un disque ensemble, The Road To Escondido en 2006, qui assure à fond dans son registre, et Clapton a participé à l'album-hommage à J.J. Cale. 

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Naturally, avec sa pochette représentant un raton laveur en bûcheron (pas une photo, bien sûr, mais une peinture), était sorti en 1972 et comprenait déjà des classiques : After Midnight, Bringing It Back que Kansas reprendra, Call Me The Breeze que Lynyrd Skynyrd reprendra, Magnolia, Crazy Mama... L'album était court (32 minutes) et parfait, magnifiquement produit, semblant couler de source comme une rivière (River Runs Deep) mais en réalité, J.J. le dira un jour, ses albums sont souvent des assemblages, il enregistre un petit bout par ci, un petit bou par là, il mixe le tout en studio, l'ensemble sonne comme une seule prise, mais c'est rarement le cas. Le succès est au rendez-vous. J.J., l'année suivante, en 1973 donc, enregistre son deuxième album, celui-ci, sorti sous une pochette blanche et portant le nom de Really. Après la très rustique pochette du premier album, un tel design, un peu moderne, correspondrait plus à un disque de rock pur, voire de hard-rock, mais pas de blues-rock tel que ce disque encore une fois très court (presque 31 minutes) et produit selon le même procédé, par le même producteur (Audie Ashworth), que Naturally. Really offre encore une fois du remarquable : Lies, Changes, Mojo, Ridin' Home, Right Down Here, et a été enregistré essentiellement aux studio Muscle Shoals de Sheffield, en Alabama. Parmi les nombreux musiciens, trop nombreux pour les citer tous ici, on peut citer tout de même Kenney Buttrey (batterie), Barry Beckett (piano électrique), Charlie McCoy (harmonica), Gary Gilmore (basse), Jimmy Johnson (guitare rythmique), la plupart ne jouent que sur un titre ou deux, ce qui était déjà le cas pour les musiciens apparaissant sur le précédent opus. 

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Laid-back à mort, cool et musicalement sublime, Really n'est peut-être pas aussi grandiose que Naturally, mais ce volet central de la trilogie inaugurale de J.J. Cale (ses trois premiers albums, en effet, sont souvent considérés comme un tout), peut-être le moins grandiose des trois d'ailleurs, n'en demeure pas moins un excellent petit album de blues-rock. La voix voilée, discrète, et la guitare (sèche ou électrique) de J.J. Cale font des merveilles. Cet album est typiquement du genre à écouter le matin au réveil, ou bien est idéal en fond sonore pour de la relaxation, une bonne séance de lecture ou un apéro entre potes. Ce n'est pas de la musique qui demande de la concentration, ni qui exige d'être longuement disséquée, c'est pas du rock progressif, c'est pas du rock d'ailleurs, c'est juste du blues-rock très rustique (pas forcément dans sa production, mais dans les morceaux en eux-mêmes), magnifiquement charpenté et enregistré. On peut aimer Genesis et J.J. Cale, ce n'est pas incompatible. Après tout, toute la musique qu'on aime, elle vient de là, elle vient du blues, non ?

FACE A

Lies

Everything Will Be Alright

I'll Kiss The World Goodbye

Changes

Right Down Here

If You're Ever In Oklahoma

FACE B

Ridin' Home

Goin' Down

Soulin

Playin In The Street

Mojo

Louisiana Women