AC7

Vous en connaissez beaucoup, vous, des hymnes générationnels ? Polnareff avec Sous Quelle Etoile Suis-Je Né ?, les Who avec My Generation, Big Star avec Thirteen, les Pistols avec Seventeen... et Alice Cooper, évidemment, Alice Cooper avec I'm Eighteen, qui résume si bien cette période de la vie. Selon la légende, c'est en chantant la chanson du Coop' que Johnny Rotten aurait été engagé pour faire partie des Sex Pistols. Cette chanson est le fer de lance du troisième album du bonhomme et de son groupe, un album qui sort en 1971 sous une pochette noir & blanc mais pas sobre pour autant : on y voit les cinq membres (Alice et ses musiciens) vêtus de fringues improbables, devant un grand spot de lumière. Au dos, c'est kif kif, sur fond blanc, et à l'intérieur de la pochette ouvrante, le regard outrancièrement maquillé d'Alice, en gros plan, les membres du groupe se reflétant dans ses pupilles. Troisième album, et déjà le look est là, l'attitude trash aussi, les effets scéniques gore aussi probablement. Troisième album, et ça y est, Alice fait appel à un producteur canadien de génie, un certain Bob Ezrin, tout jeune encore, pas encore auréolé du succès des albums qu'il allait faire usiner (ceux d'Alice, évidemment, mais aussi The Wall de Pink Floyd, Dure Limite de Téléphone, le premier opus solo de Peter Gabriel...Berlin de Lou Reed aussi, mais celui-là, en revanche, ne sera pas un gros succès à sa sortie, ce n'est que bien plus tard qu'il sera apprécié à sa juste valeur).

AC8

Love It To Death ('aimer ça à la mort'), tel est le titre de ce troisième opus qui, déjà, nous balance tout. En 37 petites minutes, en 9 titres ahurissants, on a ici la fièvre du hard-rock à tendance shock-rock/glam, du lourd de chez lourd, et ça commence en fanfare avec Caught In A Dream avant de nous offrir I'm Eighteen. L'album se paie le luxe de contenir non pas une, mais trois immenses chansons cultissimes du Coop' : I'm Eighteen donc, dont on ne se lasse pas, mais aussi le long Black Juju qui achève la première face sur 9 minutes de tuerie baroque et trash, et enfin, les 6 minutes inoubliables, tuantes, de Ballad Of Dwight Fry, l'histoire d'un homme enfermé dans un asile psychiatrique, très certainement pour sa santé, mais il ne rêve que d'en sortir. Quelques années plus tard, suite à ses addictions, Alice sera lui aussi interné dans un asile, pour une cure de détox. Il en sortira avec les bases de son album From The Inside (1978) qui reste un de ses meilleurs, et un de ses plus personnels (à la différence d'autres artistes rock, Alice n'a jamais eu le moindre problème à mettre ses problèmes personnels en avant, il ne cache rien, assume tout). Mais son obsession pour la folie est déjà bien présente via ce morceau en plusieurs temps, vrai petit opéra de la folie en 6 minutes, incontestablement le sommet de l'album.

AC9

La production est excellente, bien nerveuse comme il faut, tout au plus reprochera-t-on aux versions CD de ne pas sonner aussi bien que les vinyles, aucune remastérisation digne de ce nom n'ayant été faite, c'est un simple transfert vinyle/CD (merci Warner). Infiniment plus réussi que les deux précédents opus qui étaient très psychédéliques, Love It To Death marque un nouveau départ pour un Alice Cooper débarrassé de l'ombre de Zappa. La suite n'en sera que plus redoutable : la même année, Killer, avec sa pochette tapageuse représentant un boa sur fond rouge sang et son lettrage morbide, enfonçera complètement ce troisième opus pourtant remarquable de bout en bout (Sun Arise, Hallowed Be My Name). Pour un fan de hard-rock, c'est une écoute des plus indispensables !

FACE A

Caught In A Dream

I'm Eighteen

Long Way To Go

Black Juju

FACE B

Is It My Body

Hallowed Be My Name

Second Coming

Ballad Of Dwight Fry

Sun Arise