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Le baroudeur stéphanois ize baque ! Bernard Lavilliers, un de nos meilleurs chanteurs, un de nos plus engagés aussi, et ce n'est pas peu dire. On ne compte plus, en effet, les chansons qui dénoncent, qui gueulent contre quelque chose, qui font de tristes et amers constats : Les Mains D'Or, Fensch Vallée, Les Barbares, la suite entière La Peur sur l'album Pouvoirs, San Salvador, L'Espagne, Noir Et Blanc... Une grande gueule au visage buriné et aux muscles saillants. Son dernier opus studio remontait à 2014, il s'agissait d'Acoustique, un album de reprises (parfois avec des invités : Faada Freddy, Oxmo Puccino, Jean-Louis Aubert...) de quelques unes de ses chansons les plus mémorables, à la sauce acoustique comme son titre l'indique. Et avant ça, son dernier album de chansons inédites, c'était l'année précédente, 2013, avec le remarquable Baron Samedi. Lavilliers y tricotait de magnifiques chansons à la sauce latino/world comme à son habitude. Et son habitude, justement, il l'a un peu changée pour son nouvel album, sorti fin septembre 2017 sous une pochette montrant son visage en gros plan : 5 Minutes Au Paradis. Court (41 minutes pour 11 titres), l'album est plus chanson et rock que les précédents, Baron Samedi était déjà un petit peu moins axé world que les précédents, mais restait quand même imprégné de sonorités latino/cubaines. Enregistré, comme le précédent opus, avec Romain Humeau (Eiffel), l'album a été enregistré avec notamment Florent Marchet (basse, guitare, arrangements), Humeau donc (guitares, arrangements de cordes, percussions, programmations), Fred Pallem (basse, guitare, claviers), Jeanne Cherhal au chant sur un titre en duo (L'Espoir), le groupe Feu ! Chatterton, Xavier Tribolet (claviers), Benjamin Biolay (claviers)...

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Disque d'or en décembre dernier, 5 Minutes Au Paradis est à mes yeux, et surtout mes oreilles, le meilleur album de Bernard Lavilliers depuis un sacré bon bout de temps. Je sais que je vais en surprendre pas mal parmi les fans de Nanard qui liraient ça, mais pour moi, on tient le meilleur album du bonhomme depuis 180 et O Gringo. Les précédents opus étaient, quasiment, tous remarquables (sincèrement, pas fan du tout de Champs Du Possible et Arrêt Sur Image et je trouve Solo et Carnets De Bord un peu inégaux, quant au reste, rien à dire), mais ici, c'est la perfection lavillieresque en 11 titres tous plus efficaces et beaux les uns que les autres. Des textes, évidemment, férocement engagés : Vendredi 13 revient sur les attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan, République et Stade de France. Lavilliers n'est pas sirupeux, plat comme une limande et totalement impuissant comme le sera Renaud avec sa chanson Hyper Cacher qui parlait des autres sinistres attentats de la même terrible année 2015. Ici, Lavilliers est hargneux, violent, tendu, il fait mal, ça fait mal et ça fait du bien. La Gloire, au texte puissant, parle soit de terroristes, soit de mercenaires, en tout cas, d'hommes violents. Fer Et Défaire parle de la crise de la métallurgie, Charleroi parle de la misère d'une ville belge en pleine décrépitude, Croisières Méditerranéennes n'est pas une chanson en publicité pour MSC ou Costa, mais parle des migrants, boat people qui déboulent, tant bien que mal, sur les côtes siciliennes, sont parfois victimes de naufrages, Bon Pour La Casse, comme le Il Ne Rentre Pas Ce Soir d'Eddy mais sur un autre ton, parle d'un homme convoqué par la direction, et viré, licenciement économique, et trop âgé pour trouver autre chose en attendant le temps de la retraite. Un drame de la vie.

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A côté de ça, L'Espoir, chanson finale avec Jeanne Cherhal en seconde voix, est une petite douceur inhabituelle pour Lavilliers (c'est justement pour ça qu'il la chante en duo, il ne se sentait pas à l'aise pour la chanter seul, trop optimiste pour lui), met un peu de baume au coeur en final d'un album noir de cendres et jaune fiel, les deux couleurs de son artwork. On a aussi Paris La Grise, complainte sur la ville du même nom (Paris, pas complainte, bande de cons) et Montparnasse - Buenos Aires, qui ne parle pas d'un homme voulant se rendre en Argentine mais abandonnant l'idée, suite à une panne dans la gare Montparnasse qui l'empêcherait de commencer son trip en direction de l'aéroport, ah ah ah. 5 Minutes Au Paradis, court mais intense, remarquablement bien produit et interprété par un Lavilliers en forme totale, est un chef d'oeuvre donc, un disque touchant, fort et beau, un des meilleurs du baroudeur et vraiment même son meilleur en 37 ans selon moi, ce qui n'est pas rien du tout. A écouter absolument, à moins de détester la (bonne) chanson française. A noter que je ne précise pas l'agencement des faces du vinyle non pas parce qu'il n'a pas été édité sous ce format (il l'a été), mais parce que, ne possédant que le CD, je ne sais pas vraiment où est la séparation des faces. Je dirais bien entre la chanson-titre et Vendredi 13, mais je n'en suis pas sûr, donc je laisse le tracklisting sans précisions...

La Gloire

Croisières Méditerranéennes

Charleroi

Montparnasse - Buenos Aires

Muse

5 Minutes Au Paradis

Vendredi 13

Paris La Grise

Fer Et Défaire

Bon Pour La Casse

L'Espoir