GB1

Parlez d'un super-groupe : que des pointures, ici, ou presque (des noms un peu moins connus que d'autres, mais sur les onze membres, oui onze, on a quand même six musiciens qui, dans leur domaine, sont des légendes du rock). C'est un peu ça, un super-groupe : un assemblage, le plus souvent éphémère (ici, ça ne tiendra que deux albums, tous deux en 1970), de musiciens de génie, pour un résultat souvent espéré, attendu comme le Messie, et qui, une fois sur deux, déçoit. Soit sur le coup, soit sur la durée. Ce premier album du Ginger Baker's Air Force, éponyme, décevra peut-être sur le coup, mais est aujourd'hui des plus réputés, même si, hérésie, beaucoup de classements du style der best discothèque of die welt l'oublient. Ce super-groupe a vu le jour en 1969, après la séparation d'un autre super-groupe, Blind Faith, lequel avait été crée, en 1969, après la séparation d'un autre super-groupe, Cream. Petit rappel. En 1969, Cream se sépare. Jack Bruce part de son côté, Eric Clapton et Ginger Baker (batterie), de l'autre, ensemble. Avec Stevie Winwood (chant, claviers, guitare, basse au sein de l'Air Force), qui vient de quitter Traffic, et Ric Grech (basse, violon) qui a fait de même avec Family, ils fondent Blind Faith, qui fera un album éponyme immense en 1969 et quelques concerts avant de splitter. Clapton, à fond dans l'héroïne, fondera Derek & The Dominoes après avoir fait un album solo. Baker, Winwood et Grech restent groupir et le premier cité fonde son groupe a lui, l'Air Force, auquel il convie Grech et Winwood (on a donc quasiment tout Blind Faith dans le groupe, de même qu'on avait quasiment tout Cream dans Blind Faith). 

GB2

Recto de pochette !

Mais aussi le guitariste et chanteur Denny Laine (ex Moody Blues, futur Wings), le saxophoniste et flûtiste Chris Wood (de Traffic), les batteurs et percussionnistes Phil Seamen et Remi Kabaka, la chanteuse Jeanette Jacobs, le claviériste, saxophoniste et chanteur Graham Bond (Baker, mais aussi Jack Bruce, firent partie de son Organization avant de fonder Cream), et les saxophonistes Bud Beadle Harold McNair. Ouf. Produit par Ginger Baker, et Jimmy Miller (qui avait produit Blind Faith, mais aussi Traffic, et connaît donc au moins la moitié des zigotos du groupe), enregistré par notamment Roy Thomas Baker qui, par la suite, produira Queen et les Cars, Ginger Baker's Air Force, sous sa pochette signée Martin Sharp (qui avait signé les artworks de certains albums de Cream), est un double album de 78 minutes et 8 titres, deux par face. Sa pochette ouvrante est à l'envers, le titre de l'album apparaissant au verso, et la photo ci-dessus est donc le volet de droite, le recto. C'est aussi un live, enregistré au Royal Albert Hall (no shit !) le 15 janvier 1970, et l'album sortira fin mars de la même année. En fin d'année, le groupe sortira un deuxième opus, studio et simple (intitulé comme le premier, mais avec un '2' en plus, évidemment), qui est moins explosif et tuant, mais tout de même, pas mal de groupes du même genre s'en contenteraient bien en tant que meilleur album). Puis Baker splitte son Air Force et s'envole pour l'Afrique, où il restera quelques années (Nigeria, si je ne m'abuse), collaborant avec notamment Fela Kuti, en grand amateur de musique africaine qu'il est (ce qui se ressent pas mal avec son Air Force : outre son batteur/percussionniste africain, Remi Kabaka, un des morceaux au moins, Aiko Biaye, aurait très bien pu être enregistré et interprété par Fela Ransome Kuti, tant il sonne africain, et c'est Graham Bond qui chante dessus). Le premier opus contient donc 8 titres, deux par face, inutile donc de dire que la majorité d'entre eux sont très longs. Précisément, 5 d'entre eux dépassent les 10 minutes (13 minutes pour les deux plus longs, dont Aiko Biaye).

GB3

Ginger Baker

Le plus court est une reprise étonnante (vu le groupe et leur style, très jazz-fusion world, c'est pas étonnant) de Man Of Constant Sorrow, un standard de la folk, ici long de presque 4 minutes. Deux des morceaux sont des soli de batterie que les fans de Cream et/ou Blind Faith connaissent : Toad (de Cream), ici long de 13 minutes, ici constitué de trois performances, des trois batteurs ; et Do What You Like (de Bind Faith), ici long de presque 12 minutes (soit trois minutes de moins que la version initiale), interprétée par Winwood comme dans Blind Faith, un morceau-fleuve permettant aux musiciens de s'étendre. Ce premier opus de l'Air Force est un régal de presque 80 minutes remarquablement bien produites, le son est parfait. Les musiciens assurent dans leurs parties (des soli de batterie tuants sur Aiko Biaye, Toad, notamment ; des parties de saxophone et de flûte remarquables ; des vocaux impeccables, Laine offrant un Man Of Constant Sorrow sublime), et si ce groupe n'a pas été un super best-seller, il a quand même fait partie des projets musicaux les plus originaux, fous même, de son époque, et ses deux albums, celui-ci surtout, sont des essentiels à toute discothèque rock et jazz (ici, c'est un peu des deux, avec pas mal de world aussi) se respectant, et Dieu sait que ça se respecte ! Je possède un pressage anglais d'époque en état tout simplement PARFAIT de ce double album, c'est un des joyaux de ma collection. Avis aux amateurs de délires musicaux, l'Air Force est là, et vous attend les bras grands ouverts.

FACE A

Da Da Man

Early In The Morning

FACE B

Don't Care

Toad

FACE C

Aiko Biaye

Man Of Constant Sorrow

FACE D

Do What You Like

Doin' It