K1

Revoici les Kinks. Avec un disque qui, généralement, dans leur discographie des plus imposantes et inégales, fait office de petit mal-aimé. Pas aussi mal aimé que les deux Preservation (1973 et le double de 1974), ou que Schoolboys In Disgrace (1975), mais quand même un disque dans l'ensemble méconnu et un peu négligé. Il est sorti en 1971, il fait suite au succès commercial et critique de leur Lola Versus Powerman & The Moneygoround, Part 1 (lequel ne sera jamais suivi d'une seconde partie), et il s'appelle Muswell Hillbillies. Sa pochette montre le groupe, au look assez hippie à l'époque (cheveux longs, barbes, fripes), en train de se picoler une petite mousse au comptoir d'un pub bien british du quartier londonien de Muswell Hill (le nom du pub, qui était un lieu familier de Ray Davies et ses proches ? L'Archway Tavern, dans le nord de Londres ; et le nom de l'album, on le voit, est un jeu de mots sur le quartier londonien), sous le regard interloqué, intrigué ou tout simplement hostile (du genre c'est qui ces jeunes cons) de la faune locale, ambiance choc des générations et des cultures. Le titre de l'album (aussi celui d'une des chansons, mais cette fois-ci, mis au singulier) peut se traduire par 'les péquenauds de Muswell'. C'est un album plutôt généreux : 43 minutes, pour 12 titres. Pas généreux en tubes, en revanche : il n'y en à aucun, aucune chanson n'est, ici, de la trempe commerciale de, disons, Apeman, Lola ou Waterloo Sunset. L'album ne sera pas un retentissant succès commercial, on s'en doute.

K2

Pochette dépliée

Pour beaucoup de monde, le dernier chef d'oeuvre des Kinks, c'est le précédent opus (je ne compte pas la bande-son du navet Percy), ce Lola... immense de 1970. Permettez-moi d'en douter. Pour moi, Muswell Hillbillies, disque de country-rock mémorable, est assurément le dernier chef d'oeuvre du groupe de Ray Davies, en tout cas le dernier d'une série de cinq tueries totales, de Something Else (1967) à ce disque. La suite sera des plus déplorables, en dépit de deux bons opus, Schoolboys In Disgrace et surtout Sleepwalker. Cet album (Muswell Hillbillies, hein) est le premier album du groupe sur le label RCA, après des années chez Pye Records. Ce qui explique qu'en CD, on trouve ce disque et les suivants sur un autre label (en l'occurrence Koch Records, hébergé par Universal/UMC) que pour les précédents, qui sont, eux, chez Sanctuary. Bon, ça, c'est de la cuisine interne. Musicalement, l'album, il vaut vraiment quoi ? Car si moi, j'en parle comme du dernier grand (mais alors grand !) album des Kinks, ça ne veut pas forcément dire que c'est le cas. Après tout, souvenez-vous : je suis le mec qui, il n'y à pas si longtemps, a dit du bien du Self Portrait de Bob Dylan. Mais non, vraiment, ce Muswell Hillbillies est une magnificence rock countrysante de 20th Century Man à Muswell Hillbilly, en passant par Alcohol, Have A Cuppa Tea, Here Come The People In Grey et Acute Schizophrenia Paranoia Blues. Toujours baignées du fameux humour typiquement british (les Kinks est vraiment le groupe le plus anglo-anglais d'Angleterre, plus encore que les Beatles), les chansons de cet album parlent souvent de la vie en Angleterre, des dérives, de la pauvreté (voire la misère affective et sociale), des abus divers (Alcohol), de l'oppression de notre monde...

K3

Certaines chansons, aussi, semblent parler d'éléments personnels, des bribes de chansons autobiographiques, telles que la chanson-titre, dans laquelle un chanteur sans nom, Ray Davies lui-même en fait, est forcé de quitter sa maison londonienne pour gagner un coin de banlieue stérile, sans âme et envergure, Muswell Hill (pour celles et  ceux qui ne connaissent pas bien la géographie de Londres, la ville est très grande, étendue, et constituée, dans sa périphérie, de petites villes, telles Epping et sa forêt, qui sont, administrativement, considérées comme des quartiers de la ville ; un peu comme si, à Paris, on considérait les villes de la petite couronne comme des quartiers de la capitale au lieu de villes), ce qui ne lui plaît que modérément, car il doit dire adieu à ses amis, et a l'impression qu'on veut le changer en lui faisant changer de lieu de vie. C'est une des chansons les plus country d'un album qui, dans l'ensemble, et malgré les cuivres qui apparaissent de ci de là, possède une vraie ambiance à la Exile On Main St. (les chansons acoustiques de l'album des Stones, je veux dire, album qui, en 1971, était en pleine enregistrement dans une cave de villa de la Côte d'Azur), à la Byrds de la même époque. Si aucune chanson n'est un tube, toutes sont vraiment sublimes, on s'attardera sur les paroles, heureusement présentes dans le livret CD (je ne possède pas cet album en vinyle, c'est une de mes priorités que de me choper un exemplaire d'époque, et je ne sais donc pas si les paroles y étaient proposées), et on écoutera Muswell Hillbillies avec plaisir, avec passion, l'album ayant toujours quelque chose à nous faire (re)découvrir, d'écoute en écoute, je m'en rends compte depuis les quelques 4 ou 5 ans que je le connait. Mémorable !

FACE A

20th Century Man

Acute Schizophrenia Paranoia Blues

Holiday

Skin & Bone

Alcohol

Complicated Life

FACE B

Here Come The People In Grey

Have A Cuppa Tea

Holloway Jail

Oklahoma U.S.A.

Uncle Son

Muswell Hillbilly