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Un titre d'album bien étrange, pas vrai ? En réalité, cet album s'appelle Imperial Bedroom (de même que pour Less Than Zero sur le premier opus d'Elvis Costello, ce titre sera aussi, par la suite, celui d'un roman de Bret Easton Ellis, qui rajoutera un 's' au titre, cependant), mais aussi bien sur la pochette que sur les labels, le titre de l'album apparaît avec les lettres des deux mots imbriquées les unes dans les autres, en majuscules et en noir pour le premier, et en minuscules et en bleu pour le second. IbMePdErRoIoAmL, donc. Sorti en 1982, cet album est ssez généreux : il offre 50 minutes de musique (déjà, pas mal !) pour, en tout, 15 titres (mais les albums d'Elvis Costello, bien souvent, possèdent au moins 12 ou 14 titres, Get Happy ! en possède même 20, et n'est que simple album !). Si le plus long dépasse les 5 minutes (et heureusement pour nous, ce morceau, Man Out Of Time pour ne pas le citer, est assurément un des meilleurs non seulement de l'album, mais de la carrière d'Elvis Costello), la durée moyenne des chansons de cet Imperial Bedroom (oui, j'ai décidé de ne plus utiliser le charabia de lettres entremêlées, vous voilà rassuré(e)s) est de 2,30 minutes. Cet album fait suite à deux disques sortis en 1981 : Trust et Almost Blue, ce dernier étant un disque de reprises de standards de la country, Elvis et ses Attractions y reprenaient Hank Willians, Merle Haggard et autres Gram Parsons, exercice de style amusant à défaut d'être original (enfin, concernant Elvis, si, un peu quand même) et, surtout, pleinement convaincant. On notera qu'une des chansons d'Imperial Bedroom s'appelle Almost Blue, mais elle n'a pas été écrite ou enregistrée durant les sessions de l'album de reprises, et n'est d'ailleurs pas une reprise. 

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Verso de pochette vinyle (la bande rose sur le côté droit est un obi publicitaire disposé de manière jetable sur la pochette et spécifique aux éditions japonaises)

Elvis Costello est donc, ici, encore une fois, entouré de ses Attractions : Steve Nieve aux claviers et à l'accordéon (un peu de guitare sur le deuxième titre) et aux arrangements, Bruce Thomas à la basse, Pete Thomas (lequel, malgré son nom de famille il est vrai ordinaire, n'a aucun lien de parenté avec le précédent cité) à la batterie, et il assure, de son côté, outre le chant, la guitare et un peu de piano. L'album est produit par le fameux ingénieur du son Geoff Emerick (Beatles, McCartney solo...)et a été enregistré aux studios AIR de Londres. Plus ou moins qualifiable selon le terme de pop baroque teintée de new-wave, Imperial Bedroom est un des meilleurs, je veux dire des tous meilleurs, je veux dire des tous, tous meilleurs albums d'Elvis Costello, un album sensationnel qui, il fut un temps, le temps d'une opération promotionnelle, était, en vinyle réédité (et au même titre que d'autres albums de Costello), vendu au prix de 9,99€, comment passer à côté, je vous le demande (je n'y suis pas parvenu) ? Bien qu'il faille quelques écoutes attentives pour définitivement accrocher aux mélodies de ces chansons la plupart du temps fort courtes (The Loved Ones, Beyond Belief, Boy With A Problem) et qui, vu leur nombre (15 !), semblent au début, comme pour tout album aussi généreux en terme de morceaux, se noyer dans la masse. C'est un fait : prenez un album avec peu de chansons (mais, donc, des chansons très longues), comme Aja de Steely Dan (7 titres), et prenez un album rempli de chansons (l'exemple est ici exagéré, mais prenez Pink Flag de Wire, qui offre 21 titres, pour 35 minutes). Deux albums de 1977, d'ailleurs, mais on s'en fout, c'est un détail. On se souvient plus facilement des mélodies des chansons de l'album de Steely Dan que de Wire, lors de la première écoute, car on met plus de temps à écouter ces chansons que celles de l'album de Wire, sur lequel les titres se fracassent les uns à la suite des autres. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y à rien à retenir chez Wire, au contraire, mais ça nécessitera plusieurs écoutes attentives.

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Hé bien, Imperial Bedroom, dans un sens, c'est pareil. Ce n'est qu'au bout de plusieurs écoutes que la beauté des 15 titres vous sautera à la gorge comme pour vous dire ah, tu te réveilles, maintenant ! Pas trop tôt, connard ! alors que la première écoute, souvent, est du genre agréable (rares sont les albums de Costello à être des épreuves auditives ; bien qu'ayant un style bien à lui, sorte de croisement entre la pop baroque et/ou jazzy, la new-wave et le punk, ses albums sont dans l'ensemble accessibles), mais on sait qu'on réécoutera l'album pour vraiment être sûr d'en penser quelque chose. Ca m'a fait ça, au début, mais maintenant, Imperial Bedroom est un des albums des années 80 que je réécoute le plus souvent, rien que pour Shabby Doll, Man Out Of Time, The Town Cryer et Little Savage. Mais j'ai envie de tout citer. Ce disque de pop baroque, enregistré en même temps que le Tug Of War de Paul McCartney (Emerick a bossé comme ingénieur du son, en parallèle, sur l'album de Macca, lequel Macca, en 1989, collaborera avec Elvis, qui lui signera quelques chansons), et pour lequel aucune chanson ne fut, auparavant, jouée en concert contrairement aux usages costelliens, est assurément un chef d'oeuvre total, un des meilleurs, si ce n'est le meilleur, des albums du Buddy Holly déglingué. Désormais bien sage avec ses albums de soul/jazz (il est marié à Diana Krall, une des nouvelles 'diva' du jazz/swing), Costello était encore, en 1982, un de ceux sur lesquels il fallait vraiment compter. Difficile d'aimer la musique des années 80 (je ne parle pas de la new-wave à la Duran Duran, hein, mais la vraie bonne musique 80's de qualité) si on fait l'impasse sur ce disque...

FACE A

Beyond Belief

Tears Before Bedtime

Shabby Doll

The Log Honeymoon

Man Out Of Time

Almost Blue

...And In Every Home

FACE B

The Loved Ones

Human Hands

Kid About It

Little Savage

Boy With A Problem

Pidgin English

You Little Fool

Town Cryer