JM31

Charles Mingus était un des meilleurs jazzmen de l'Histoire. Né en 1922, il était contrebassiste et pianiste, chanteur aussi (disons, scatman), et a publié, tout du long de sa carrière, des albums aussi extraordinaires que Oh Yeah, The Black Saint And The Sinner Lady, Tijuana Moods, Mingus Ah Um, Pithecanthropus Erectus, ou bien encore un des meilleurs albums lives de l'histoire du jazz, The Great Concert Of Charles Mingus. Il est mort en janvier 1979. Cet album est le dernier projet sur lequel il a bossé, et ce n'est pas un de ses albums, mais, vous l'avez deviné, un album de Joni Mitchell, encore elle. Il faut dire que le très acariâtre jazzman, coincé dans un fauteuil roulant depuis 1977 suite à une maladie invalidante (une sclérose), avait adoré le dernier album de Joni, sorti d'ailleurs en 1977, Don Juan's Reckless Daughter, sur lequel jouaient quelques jazzmen (Wayne Shorter, Jaco Pastorius, des membres du L.A. Express de Tom Scott). Et notamment Paprika Plains, longue pièce montée de 16 minutes, orchestrale et sublime. Mingus exprimera ainsi le désir, un jour, de collaborer avec Joni, il aimerait bien qu'elle mette des mots sur sa musique. Il n'en fallait pas plus. En 1978, et jusqu'à la fin de la vie de Mngus, les deux vont ainsi faire cet album, avec des musiciens tels que Wayne Shorter, Herbie Hancock (qui n'avaient pas recollaboré ensemble depuis 1974), Jaco Pastorius, Don Alias, Peter Erskine, Emil Richards... Excusez du peu ! D'autres sessions, antérieures, considérées comme détruites (mais ayant pour certaines refait surface en bootlegs), furent faites avec John McLaughlin, Stanley Clarke, Jan Hammer, Tony Williams, John Guerin, Gerry Mulligan... Excusez vraiment du peu !!

JM32

Mingus, dernier album de Joni sur Asylum, est sorti en juin 1979, cinq mois après la mort de Mingus, et lui est, évidemment dédié. Le légendaire musicien a pu écouter tout ce qui a été fait, sauf God Must Be A Boogie Man, écrit peu de temps après sa mort. Court (37 minutes), l'album, dont la pochette recto comme verso, plus l'intérieur de pochette, est ornée de peintures représentant Mingus et/ou Joni (peintures faites par Joni elle-même, également, comme à son habitude, productrice), offre 11 titres. Parmi ces 11 titres, 5, indiqués en gras dans le tracklisting en bas, sont des extraits audio, non musicaux, des bribes de conversations, parfois tellement courtes qu'ils sont subliminaux (les deux de la face A font 1 minute ; les trois de la face B font, respectivement 7, 11 et 3 secondes !!). De là à dire qu'ils sont là pour faire croire, faussement, que l'album contient beaucoup de morceaux (car ils sont officiellement indiqués au verso, et on a d'ailleurs la retranscription, dans l'intérieur de pochette, avec les paroles des chansons, de ce qui est dit dans ces snippets), il n'y à qu'un pas. Mais on pardonne à Joni, parce que les six morceaux sont, tous, remarquables. Evidemment, c'est du jazz. Du pur. D'ailleurs, à l'exception de God Must Be A Boogie Man, tous sont des chansons écrites à partir de thèmes composés par Mingus, autrefois (Goodbye Pork Pie Hat, qui était dédié à Lester Young, saxophoniste de jazz mort en 1959). 

JM33

On le sent, l'alchimie entre Mingus et Joni est bien là. Il faut vraiment aimer le jazz pour aimer Mingus, album très à part dans la discographie de Joni Mitchell (bien que disque de collaboration, cet album n'est pas officiellement inclus dans la discographie du jazzman, uniquement dans celle de la Canadienne), renfermant peu de chansons, mais toutes sont de parfaites petites réussites : The Wolf That Lives In Lindsey (sur lequel on entend des hurlements de loups ; des vrais, ou une imitation ?), The Dry Cleaner From Des Moines (sur ce morceau, les cuivres ont été arrangés par Pastorius), Sweet Sucker Dance... Quant aux passages parlés, Funeral est assez amusant (mais, aussi, un peu poignant, vu le sujet : le futur enterrement de Mingus...), on y entend Mingus rigoler sur cette fatalité qu'est la mort et proclamer, dans l'hilarité générale, qu'il veut enfoncer Duke Ellington avec ses funérailles, se faire enterrer en Inde... Ces morceaux parlés, ces raps (tels qu'ils sont crédités sur la pochette) ont été enregistrés au cours d'une fête d'anniversaire de Mingus, en présence de Joni et des musiciens, et ont été enregistrés par la femme de Mingus, Sue. Ils participent vraiment à l'atmosphère si particulière de cet album vraiment à part, franchement réussi et touchant, peut-être pas un des sommets de la carrière de Joni, mais un bel hommage envers un grand nom du jazz.

FACE A

Happy Birthday 1975

God Must Be A Boogie Man

Funeral

A Chair In The Sky

The Wolf That Lives In Lindsey

FACE B

I's A Muggin'

Sweet Sucker Dance

Coin In The Pocket

The Dry Cleaner From Des Moines

Lucky

Goodbye Pork Pie Hat