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J'ai pas mal parlé de Bob Seger il y à environ un an/un an et demi, il est temps d'en reparler un brin, le temps de cet album. Je me le suis enfin chopé en vinyle, et je suis content, car il est vraiment pas évident à dénicher, celui-là. Contrairement à pas mal d'albums de Seger, il est disponible en CD, même s'il ne doit pas être super évident de trouver le CD maintenant (réédité en 2005, pas à grands renforts de publicité vous vous en doutez), et c'est un des plus anciens albums de Seger disponibles (hum) sous ce format. Et pas mal des albums suivants sont introuvables en CD, s'ils l'ont jamais été. Bref, si vous voulez découvrir Bob Seger, armez-vous de patience, écumez les sites web et conventions, écoutez les morceaux sur YouTube... Mais n'allez pas à l'Espace Culturel du Leclerc de votre coin (il y à forcément un Leclerc dans votre coin, ces trucs-là se reproduisent comme des lapins obsédés sexuels) ou vous en ressortirez le portefeuille plein, mais l'esprit vide de tout espoir. Bon. J'avais parlé, souvent, ici, de Seger comme du Springsteen du pauvre. Originaire de Detroit, Michigan (l'album a été enregistré dans le Michigan, aux studios Pampa de Warren), le mec possède pas mal de points communs avec Bruce Springsteen : un chant habité, des textes engagés (Feel Like A Number), une adoration des masses populaires, des concerts dans lesquels il donne tout et même plus que tout à son public, des albums solides, un ton éminemment rock, dénué de toute fioriture.

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Désolé pour le shrinkwrap autour de la pochette (pas une photo perso)...Verso de pochette vinyle

Mais Seger n'aura pour ainsi dire jamais connu le vrai, grand succès, pas de tube à son actif, pas de tournée mondiale triomphante (il a tourné en-dehors des USA, évidemment, mais il ne fera jamais le Parc des Princes), à l'inverse du Boss. En fait, il y à un autre chanteur auquel je pense beaucoup, de plus en plus même, en pensant à Bob Seger : Johnny Hallyday. Même amour des masses à son sujet, même goût très sûr pour le bon vieux rock qui tabasse les familles, même volonté de tout donner sur scène...Et là aussi, un dieu dans son pays (Seger, aux USA, en tout cas dans les années 70/80, c'était vraiment quelque chose), et un mec connu, mais comme ça, sans plus, dans le reste du mon dentier. Hallyday a repris, en français, une chanson que Seger, sur cet album de 1972, Smokin' O.P.'s, reprend aussi, If I Were A Carpenter de Tim Hardin ; Hallyday reprendra, en français aussi, Old Time Rock'n'Roll (Le Bon Vieux Teps Du Rock'n'Roll), chanson issue de son album Stranger In Town de 1978 (Hallyday la reprendra l'année suivante sur son album Hollywood). Fin de la digression Seger/Hallyday, lequel second cité a sûrement dû user ses exemplaires des albums du premier cité, lequel premier cité n'a pas dû écouter les albums du second cité (c'est comme ça). L'album que je veux aborder date donc de 1972, il est sorti d'abord sur le label Palladium avant d'être réédité sur Capitol peu de temps après. Sa pochette est une parodie des paquets de clopes Lucky Strike, et le titre de l'album est une allusion au fait que, sur les 9 titres (pour 34 minutes), 7 sont des reprises. Smokin' O.P.'s se comprend : 'Smokin' Other People's cigarettes', allusion au fait de taxer des clopes à quelqu'un sans jamais s'acheter de paquet soi-même. Ici, de taxer des chansons à d'autres sans en écrire soi-même (enfin, si, les deux dernières, la ballade Someday et le musclé Heavy Music, sont signées Seger).

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Entouré de très bons musiciens (David Teegarden à la batterie, Skip Knape à la basse, orgue et divers claviers, Mike Bruce à la guitare, Bongo Eddie aux percussions, Jack Ashford aux percussions aussi, Pam Todd et Crystal Jenkins aux choeurs) et étant lui-même à la guitare et piano en plus du chant, Bob Seger, pas encore moustachu/barbu mais ça n'allait pas tarder, livre ici un disque quasiment constitué de reprises, donc, mais attendez de voir les reprises. En entrée de jeu, on a un mash-up de deux reprises du grand Bo Diddley : Bo Diddley et Who Do You Love (laquelle n'est pas créditée sur la pochette). Déjà, ça envoie le bois encore mieux qu'une scierie vosgienne fonctionnant à plein rendement. D'autres grands moments de vrai rock qui tue sont au programme : Let It Rock de Chuck Berry (que Seger interprètera souvent live, généralement en final, toujours dans des versions étendues bien remarquables), Turn On Your Love Light, son propre Heavy Music... Jesse James est un air traditionnel que Seger interprète avec fougue, la même chanson sera, 13 ans plus tard, reprise à leur sauce par les Pogues sur leur Rum, Sodomy & The Lash. Les autres morceaux sont plus calmes, Someday et Humming Bird (du regretté Leon Russell, un des plus belles chansons que je connaisse, sérieux) sont sublimes, If I Were A Carpenter est sublimement interprétée aussi, et Love The One You're With, chanson de Stephen Stills, est ici revampée à la sauce soul, grâce à des choeurs féminins incroyables, un des meilleurs moments de l'album (et qui fait suite à la chanson demandant 'Qui aimes-tu', ce qui n'est pas anodin). Au final, Smokin' O.P.'s est un des meilleurs albums de Seger. Les trois albums suivants du bonhomme seront eux aussi de vraies merveilles : le rarissime Back In '72 de 1973 (pendant longtemps introuvable, quasiment jamais repressé en vinyle pendant des années), Seven de 1974 et Beautiful Loser de 1975. La suite sera également de qualité jusque dans la première partie des années 80, après, j'avoue avoir un peu lâché, et quant aux albums du tout début de carrière, avant Smokin' O.P.'s, ces albums sont encore plus difficiles à trouver, mais dans l'ensemble très très bons (Noah, Mongrel), bien que parfois très rugueux ! De toute façon, tout Seger, de ses débuts à son double live Nine Tonight de 1981, est remarquable donc vous avez de quoi faire, mais privilégiez la période 1972/1975 tout de même. Que ces albums merveilleux soient aussi peu connus, et aussi difficiles à trouver, qu'ils n'existent (quasiment) pas, ou plus, en CD, est une vraie insulte à la face du rock.

FACE A

Bo Diddley/Who Do You Love

Love The One You're With

If I Were A Carpenter

Humming Bird

FACE B

Let It Rock

Turn On Your Love Light

Jesse James

Someday

Heavy Music