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Comme j'ai l'intention de vous proposer un petit cycle Deep Purple, consacré à des albums qui n'avaient pas encore été abordés ici (il en manque pas mal, d'ailleurs, sur le blog, mais ce petit cycle ne les abordera pas tous, seulement trois ou quatre d'entre eux), il fallait bien commencer par le plus ancien des albums que je comptais aborder, et manque de bol, ça tombe sur un mauvais cru du Pourpre : cet opus sorti en 1990 sous une pochette bien plus belle que le disque qui est dedans (ce qui en dit long, car entre nous, sans être horrible, cette pochette n'est pas d'une beauté renversante, hein ?). Cet album s'appelle Slaves And Masters, et il fait suite à The House Of Blue Light (1987), deuxième album sorti depuis le retour du groupe en 1984 avec Perfect Strangers. Entre 1984 et 1987, c'était le retour du groupe dans sa formation MkII, celle de l'époque 1970/1973, que beaucoup jugent la meilleure, en tout cas celle des albums In Rock, Machine Head et du double live Made In Japan. Mais ces deux albums de reformation n'étaient pas des plus intéressants, surtout le deuxième, celui de 1987, qui verra Ian Gillan (chant) se barrer encore une fois (ce mec n'a eu de cesse de partir/revenir : à l'heure actuelle, et depuis 1992, il est à nouveau chanteur dans le groupe !), après la tournée, immortalisée par le live Nobody's Perfect en 1988. Deep Purple se retrouve sans chanteur, et là, Ritchie Blackmore (guitare et mauvais caractère) a une idée que lui seul, probablement, a probablement dû trouver de génie : engager Joe Lynn Turner.

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Joe Lynn Turner, les connaisseurs en hard-rock 80's le savent peut-être, c'est le chanteur qui a tenu le micro au sein de Rainbow entre 1981 et 1983 (la fin de carrière du groupe). Et Rainbow, ais-je besoin de le (re)dire, c'est le groupe que Blackmore a fondé en 1975 après avoir quitté Deep Purple. Le premier chanteur de Rainbow, c'était Ronnie James Dio, futur shouter de Black Sabbath (1980/1982), par la suite qui a monté son propre groupe, Dio. Après Dio, il y à eu Graham Bonnet en 1980, puis Joe Lynn Turner, le temps de deux/trois albums flirtant très méchamment avec le hard FM à la Foreigner (le timbre de voix de Turner est à rapprocher de celui de Lou Gramm, chanteur iconique de Foreigner), ce qui n'est pas un reproche, j'aime Foreigner, mais quand on connaît les précédents albums de l'Arc-en-Ciel, on grimace un peu, c'est clair. Au sein de la dernière formation de Rainbow, Roger Glover, bassiste de la période MkII de Deep Purple, faisait partie des meubles. Lui aussi a probablement dû trouver que l'idée de Blackmore était viable. Les deux autres (le claviériste Jon Lord, le batteur Ian Paice) ont probablement fermé leurs claque-merdes pour ne pas être remplacés par des types tels que Tony Carey ou Bobby Rondinelli. C'est ainsi que Joe Lynn Turner, avec son look de chanteur de hard FM, déboule, en 1989/1990, dans le groupe, qui enregistre cet album, Slaves And Masters, qui sortira en fin d'année 1990. L'album dure 47 minutes, pour 9 titres. Il est produit par Roger Glover, il ne me reste plus qu'un paragraphe pour parler de son contenu musical, mais croyez-moi, c'est amplement suffisant, et peut-être même trop.

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Turner au centre, Blackmore tout à droite, qui semblait déjà se demander pourquoi il avait eu l'idée de l'engager...ou alors on venait de lui raconter une blague désopilante...

A sa sortie, ce disque sera très mal accueilli par la presse, et les fans crieront au scandale, un peu comme, j'imagine, certains fans de Black Sabbath avaient dû gueuler en écoutant l'album de 1983 avec Ian Gillan (Born Again, pourtant très bon malgré sa production), estimant que le groupe ne pouvait pas se permettre d'engager un aussi mauvais chanteur que Turner. Enfin, mauvais, non...pas compatible avec Deep Purple. La tournée de l'album (1991) sera l'occasion pour le groupe de défendre les morceaux, qui ne seront plus jamais joués live par le groupe par la suite, quand, en 1992, Gillan reviendra au chant. Les chansons, que valent-elles ? On a deux titres vraiment bons, The Cut Runs Deep et Love Conquers All, mais ce sont bien les seuls, le reste étant un amas de dégoulinures hard FM du niveau des pires albums de Rainbow et Foreigner, la production est  par ailleurs très très datée, et indigne (pas pour le son, mais pour les arrangements, pompeux et caricaturaux) de Deep Purple. Des titres comme Breakfast In Bed, Too Much Is Not Enough ('trop, c'est pas assez', ben voyons) et Truth Hurts sont particulièrement déplorables. Rien ou presque n'est à sauver de ce marasme qui n'a jamais vraiment été reconnu comme un album de Deep Purple, aussi bien par Jon Lord et Ian Paice que, tiens, Roger Glover, qui a certes produit le bordel mais semblait donc, au final, ne pas en faire grand cas. Je ne sais pas ce que Blackmore en pense, mais je sais que Joe Lynn Turner, lui, estime que Slaves And Masters est le dernier grand disque du groupe, super bien écrit, produit et interprété (tu m'étonnes, John, qu'il est bien écrit, hein : Turner a des crédits sur tous les titres !), un jalon du genre, quoi, ce qui me fait me demander à quelle drogue il carbure. Il faut en tout cas qu'il en change, et vite, car c'est apparemment pas la bonne !

King Of Dreams

The Cun Runs Deep

Fire In The Basement

Truth Hurts

Breakfast In Bed

Love Conquers All

Fortuneteller

Too Much Is Not Enough

Wicked Ways