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On l'a vu récemment, le précédent album de Joni Mitchell, The Hissing Of Summer Lawns en 1975, n'a pas été super bien reçu par la presse, qui critiquera ses sonorités très jazz/lounge. Il sera par la suite totalement réhabilité, et ce n'était que justice, l'album étant une pure merveille, un de ses sommets absolus (dans une carrière qui, jusqu'à présent, n'a absolument pas déçu, une belle progression que celle de Joni, de sa folk intimiste des débuts à ce que l'on peut désormais appeler du jazz-rock un peu d'avant-garde). Ayant, en 1975/1976, fait partie de la Rolling Thunder Revue de Bob Dylan (tournée itinérante à la bohémienne, afin de promouvoir son album Desire), Joni a profité de la tournée, et d'un voyage qu'elle a, personnellement, effectué au travers des USA, du Maine (côte Est, frontière avec le Canada) à Los Angeles (côte Ouest, le total opposé en diagonale), entre 1975 et 1976, pour composer et écrire les chansons qui finiront sur son album suivant, son neuvième (et huitième studio), sorti en novembre 1976 : Hejira. La pochette de l'album, sublimissime, la montre chaudement vêtue, dans un paysage hivernal, avec en surimpression une route qui se prolonge au loin, la mythique open road. Au dos, et à l'intérieur de la pochette ouvrante, des patineurs sur la glace. L'ambiance générale est froide, hivernale, wimwerderssienne, jarmuschienne, aussi. 

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Généreux (il dure 52 minutes, il n'y à que 9 titres), Hejira est un album dont le titre est dérivé de l'arabe, signifie 'rupture' et le terme Héjire est, dans le Coran, utilisé pour parler de la migration du prophète Mahomet de la Mecque à Médine. Pas de concept ici, ceci dit, le terme a été choisi par Joni pour ses sonorités, et pour son sens, elle voulait quelque chose qui puisse signifier "s'en aller avec les honneurs". Comme si elle envisageait une fin de carrière, ce qui ne sera pas le cas. Si le précédent opus a été mal reçu par la presse (mais se vendra bien), Hejira sera, lui, moins vendu que les précédents (tout en se classant 13ème aux USA) mais sera très bien reçu par la presse. Soit les rock-critics se sont faits à son nouveau style, soit ils ont tout simplement changé leur fusil d'épaule. Musicalement, marquant sa première collaboration avec le bassiste de jazz-rock Jaco Pastorius (un génie de la fretless bass) de Weather Report, Hejira est un disque prenant, intérieur, un peu aventureux (mais attendez d'écouter l'album suivant !), et vraiment pas très commercial. Si le premier morceau, Coyote (que Joni interprétera live au cours du fameux concert final du Band, The Last Waltz, en 1976 justement, concert collectif filmé par Scorsese qui en a fait un film en 1978), qui parle d'un homme à femmes que certains ont dit être l'acteur et poète Sam Shepard, est un morceau plutôt entraînant, le reste est franchement contemplatif. D'une beauté irréelle, aussi. Rarement un album aura été aussi beau, aussi sublime même, de son contenant à son contenu, que cet Hejira. Lequel a été enregistré avec notamment Victor Feldman, John Guerin, Max Bennett, Larry Carlton, Tom Scott (ces quatre-là sont membres du L.A. Express), Chuck Findley...un certain Neil Young, je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de lui (il est Canadien), joue de l'harmonica sur le sensationnel et envoûtant Furry Sings The Blues, morceau sur le guitariste et chanteur de blues Furry Lewis (qui n'appréciera pas qu'on utilise son nom dans une chanson ; hé, mec, c'est déjà bien qu'on fasse une chanson sur toi, non ?). 

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Amelia (sur l'aviatrice Amelia Earhart), Hejira (sur la relation, et surtout la fin de la relation, que Joni a eue avec son batteur John Guerin, un morceau qui fut apparemment difficile à écrire), Song For Sharon (morceau de plus de 8 minutes sur une jeune femme hésitant entre mariage et vie libre de célibataire), Refuge Of The Roads (sur une petite retraite de 3 jours dans un centre de méditation bouddhiste dans le Colorado, où elle en a profité pour se libérer de son addiction à la cocaïne) sont autant de pures merveilles, qui font définitivement de cet album de 1976, encore une fois produit par elle-même sans l'aide de personne (depuis son troisième album, qu'elle poduit seule ses disques), un des plus immortels trésors de la discographie de Joni Mitchell, sans doute même, en y réfléchissant bien, le meilleur album qu'elle a fait dans les années 70, et son meilleur album tout court. J'ai en fait vraiment du mal à choisir entre les albums qu'elle a fait de 1974 à 1977, ma période préférée d'elle, mais Hejira force tout simplement le respect. Le meilleur album de 1976 ? Avec le Bowie et le Wonder, oui, certainement !

FACE A

Coyote

Amelia

Furry Sings The Blues

A Strange Boy

Hejira

FACE B

Song For Sharon

Black Crow

Blue Motel Room

Refuge Of The Roads