R-1736885-1327100837

J'ai parlé récemment de Scott Walker pour une compilation reprenant ses reprises de Jacques Brel (il en faisait genre une ou deux par album dans les années 60), compilation sortie en 1981. Voici maintenant un autre album du bonhomme, mais cette fois-ci, pas en solo. A la base, Walker faisait partie des Walker Brothers, un trio vocal qui étaient tout sauf des frangins, au passage, et dont l'album ici présent, sorti en 1978, bien des années après leur précédent opus, est leur dernier. Il s'appelle Nite Flights, et c'est probablement un des plus grands albums de rock dépressif et post-punk qui soient. Les Walker Brothers, constitués de Scott Walker (Noel Scott Engel de son vrai nom), Gary Walker (Gary Leeds) et John Walker (John Maus), faisaient de la pop dans les années 60, et se sont séparés en 198. Scott Walker a entamé, l'année précédente, une carrière solo toujours en cours, même si rien depuis 4 ans. En 1975, les faux frangins (qui ont choisi de s'appeler Walker Brothers pour le fun) se reforment, avec l'album No Regrets, assez countrysant, suivi en Lines en 1976 et, enfin, en 1978, de ce Nite Flights très différent de leur production habituelle (mais pas trop éloignée de ce que Scott faisait à l'époque et fera par la suite). Enregistré vraisemblablement en un mois (février) et sorti en juillet de la même année 1978, sur le label GTO Records, cet album est produit par Scott Walker et Dave MacRae, et contient 10 titres, pour 38 minutes. 

CS598014-01B-BIG

Les quatre premiers titres, qui sortiront aussi sur un EP à part, sont signés Scott Walker ; Gary Walker interprète le dernier titre de la face A et le premier de la B, et le reste de l'album est signé John Walker. Trois interprètes et auteurs différents, trois voix différentes, et donc, trois styles différents, voilà qui devrait faire de Nite Flights un album bancal, inégal, bâtard. Aussi curieux que cela puisse paraître, il n'en est rien, même si l'album mélange évidemment les styles. Les quatre premières chansons, celles de Scott (parmi lesquelles Nite Flights, que Bowie reprendra à la sauce urban dance en 1993 sur son inégal mais fort sympathique Black Tie White Noise), sont sombres comme l'Eurotunnel de nuit lors d'une panne d'électricité. Expérimentaux, sombres (et la voix rauque et grave de Scott augmente leur noirceur), anxiogènes aussi, ils sont indescriptibles. The Electrician semble avoir inspiré Bowie pour Lodger, et a inspiré Ultravox pour leur Vienna (selon Midge Ure, chanteur du groupe). Fat Mama Kick (dédié à Bertrand-Henri Lévy, sur la pochette, une erreur de nom, il s'agit bien de notre BHL national sans qui les tartes à la crème n'auraient aucune utilité) est limite tribal, Shutout est une intro démentielle à l'album, et Nite Flights, avec ses arrangements quasiment luxuriants et sa basse virale (en partie jouée par Scott, qui était bassiste à la base), est inoubliable, Bowie saura s'en rappeler, même si sa version est inférieure à l'originale. 

walkr

Scott Walker

Les 16 minutes de ces quatre chansons sont assurément le meilleur de l'album, mais Nite Flights se poursuit franchement bien : les deux chansons de Gary Walker sont très bien, Death Of Romance, avec son saxophone langoureux très soft-rock, est un peu gentillet, mais agréable. Den Haague, qui ouvre la face B, est plus sombre, mais rien de comparable avec les quatre premiers titres. John Walker assure totalement avec ses quatre chansons, qui achèvent l'album. Des titres parfois sombres comme la nuit, qui peut écrire une chanson intitulée Disciples Of Death, ou Child Of Flames ? Cette dernière, qui achève l'album, possède un rythme...disco, oui, disco, des plus réjouissants, bien que ça interpelle au départ. Rhythms Of Vision, Fury And The Fire (sur lesquelles Scott participe aux vocaux derrière John) sont de pures tueries. Mention spéciale aux deux dernières de l'album, Fury And The Fire, au rythme intense, et Child Of Flames, que l'on retiendra longtemps (en partie parce que c'est la dernière chanson, mais aussi parce qu'elle aurait pu être un petit tube à l'époque). Nite Flights, bien qu'un peu dispersé en raison de ses trois cycles de chansons différentes (même si Gary Leeds ne chante que deux chansons, qui ne totalisent que 7 minutes, presque 8, sur les 38 de l'album, autrement dit, rien), n'en demeure pas moins un excellent album, un des meilleurs de 1978 (pas la meilleure année pour le rock), et un de mes préférés de la fin des années 70, aussi. Difficile à trouver, car l'album, s'il a été réédité en vinyle et est disponible en téléchargement, n'a pas été réédité en CD depuis des éons, mais c'est totalement recommandé !

 FACE A

Shutout

Fat Mama Kick

Nite Flights

The Electrician

Death Of Romance

FACE B

Den Haague

Rhythms Of Vision

Disciples Of Death

Fury And The Fire

Child Of Flames