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Troisième album des Stranglers, et déjà des changements en perspective dans leur son. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que cet album mérite bien son titre : Black And White ! Long de 38 minutes pour 12 titres, cet album est en effet, à l'époque (1978), sorti sous une pochette uniformément bichrome, blanc au recto, noir au verso, et ça s'appliquait aussi au disque : la face A est appelée face blanche, et la B, la face noire. Pour les sillons, je veux dire, car les premiers pressages de l'album, en plus de proposer un 45-tours bonus (les morceaux ont été rajoutés sur la réédition CD, je le précise), propoaient le 33-tours en bicolore : blanc marbré de noir pour la face A, et noir pour la face B. Tout un concept... Surtout quand on sait que, musicalement les deux faces se ditinguent très bien l'une de l'autre. En revanche, aucun changement quant au groupe, c'est toujours, par ordre de gauche à droite sur la pochette, Jean-Jacques Burnel  à la basse et au chant, Hugo Cornwell au chant et à la guitare et à la tête baissée, Jet Black à la batterie et Dave Greenfield aux claviers. C'est aussi le troisième album produit par Martin Rushent, et comme c'est leur troisième album, ça veut dire que...non, vous le savez : il les produit depuis leurs débuts, voilà, quoi !

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Face A du vinyle

Relativement mal accueilli à sa sortie par une presse assez conditionnée par les deux précédents opus du groupe, Black And White marque le début d'une nouvelle orientation musicale : la new-wave. Attention, je ne parle pas de new-wave dansante et pop à la Duran Duran ou Talk Talk (encore que ces derniers soient des géants qui méritent mieux que d'être affiliés à la new-wave), mais de new-wave arty, la première new-wave, le post-punk, similaire à des groupes tels que Gang Of Four, Magazine, Talking Heads et autres Wire. Rattus Norvegicus (IV) et No More Heroes, les deux premiers albums du groupe étaient, eux, malgré les claviers très doorsiens et chelous de Greenfield, férocement punk dans l'âme (tous deux datent de 1977, de plus), avec des chansons méchantes, aux paroles souvent limite (misogynie, racisme, virulence), et même le comportement scénique et hors-scène des Stranglers, et leur look (on les surnommera longtemps les men in black) sera raccord à leur musique. Black And White, lui, propose une face à peu près du même acabit que les deux précédents opus, la A, avec des morceaux aussi féroces et punk que Nice'n'Sleazy (qui, sur scène, le temps d'une prestation remarquée et controversée à Battersea, sera illustrée par un strip-tease intégral d'effeuilleuses sur scène, et de membres du public dans la foule, occasionnant des arrestations pour outrage aux moeurs et exhibition), Tank ou le long (5 minutes) et mémorable Toiler On The Sea, sans oublier un Sweden (All Quiet On The Eastern Front) que le groupe réenregistrera en...suédois, pour le marché suédois, sous le nom de Sverige (là aussi, présent sur le CD en bonus-track ; marrant à écouter, sans plus).

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On a aussi la face B, plus proche de ce que le groupe fera dès l'album suivant (l'immense The Raven en 1979), avec des morceaux tels que Death And Night And Blood, qui s'inspire du Japonais Yukio Mishima, qui se fit hara-kiri ; ou bien Enough Time, Curfew et Threatened, qui sont brutaux, sombres, nihilistes, et musicalement assez étranges. Toute la face B est d'ailleurs d'une étrangeté totale, nettement moins accessible (et à mes oreilles, moins réussie aussi, mais pas ratée pour autant) que la A, avec In The Shadows en point d'orgue. Je peux comprendre que les critiques à l'époque aient estimé que l'album était moins bon que les deux précédents, car personne ou presque ne pouvait s'attendre que les Stranglers virent de bord comme ça (de ce fait, l'album suivant sera nettement mieux accueilli, le chemin ayant été balisé par Black And White), mais je pense aussi qu'elles (les critiques d'époque) ont quand même été un tantinet trop virulentes vis-à-vis de cet album noir & blanc qui, vraiment, compte parmi les albums les plus intéressants du groupe. Encore une fois, des sonorités étranges (les claviers) qui font qu'il faut parfois du temps pour accrocher, mais les Stranglers ont ça de génial que c'est un groupe tellement intéressant qu'une fois le cap franchi, ils deviennent vite indispensable à l'équilibre musical (et c'est une phrase bien lourde et mal conçue, ça, les mecs, vous trouvez pas ?). Un petit Stranglers, de temps en temps, ça dépote grave, en d'autres termes !

FACE A (White Side)(surlignez ce qui précède)

Tank

Nice'n'Sleazy

Outside Tokyo

Sweden (All Quiet On The Eastern Front)

Hey ! (Rise Of The Robots)

Toiler On The Sea

FACE B (Black Side)

Curfew

Threatened

Do You Wanna ?

Death And Night And Blood

In The Shadows

Enough Time